Deux fils, deux enterrements à Natanya : Donner du sens à l'insensé

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Deux fils, deux enterrements à Natanya : Donner du sens à l'insensé

« Fragment sur fragment » La famille Spiegel, entre deuil et foi

Un drame sur la plage de Netanya

Un vendredi comme les autres, il y a environ trois semaines. Deux frères entrent dans l'eau sur la plage de Netanya, sans l'aide des secours. En quelques minutes, ils ont disparu. Issachar Dov, dit Dovi, l'aîné, est retrouvé dans un état critique. Il décède quatre jours plus tard. Avraham Yeshayahu, le cadet, ne sera retrouvé qu'au terme de dix jours de recherches intensives. Deux fils. Deux enterrements. Un seul foyer brisé, à Ramat Shlomo, dans le cœur de Jérusalem.

Dans une interview exclusive accordée à la chaîne 14, la famille Spiegel a accepté de témoigner. Non pas pour raconter l'indicible, mais pour partager quelque chose de plus rare encore : une foi intacte, une acceptation qui défie le désespoir.

« Une fracture sur une autre »

C'est Manny Katz, le beau-frère des deux garçons, qui cherche les mots pour décrire ces heures d'agonie sur la plage. « Nous étions brisés, anéantis. C'était une fracture anormale. Une fracture sur une autre… D'un côté, où est D-ieu ? De l'autre, c'était comme si nous étions face à un ours, dans un état de détachement de l'âme, un moment hallucinatoire. » La violence de cette image dit tout ce que la langue peine à contenir.

Dans la maison du quartier de Ramat Shlomo, habituellement emplie des sons de la Torah, un silence inhabituel s'est installé depuis ces événements. Un silence lourd, mais habité. La douleur y côtoie quelque chose d'inattendu : une sérénité qui n'est pas résignation, mais conviction profonde.

Le père : donner un sens à l'insensé

Le rabbin Shlomo Spiegel, étudiant à la yeshiva Mir, est un homme qui vit dans la Torah. Face à la perte de ses deux fils, il n'a pas renoncé à chercher un sens. Il en a trouvé un, à sa manière, dans la durée même du drame. « Ici, pour une raison inconnue, le décret était formulé de telle sorte qu'il s'étendait sur une longue période. Jusqu'à sa mort, jusqu'à ce qu'on retrouve l'autre garçon nous avons eu dix jours de repentir. Apparemment, cette forme du décret, le Saint, béni soit-Il, voulait vraiment inclure tout le monde. »

Ces dix jours d'attente et d'angoisse collective, le rabbin les lit comme un don fait au peuple tout entier une invitation au recueillement, à la prière, à la solidarité. Et il conclut avec une formule qui résume toute la philosophie de sa maison : « Nous devons les remercier de leur vivant… et aussi après leur mort. Nous comprenons alors que tout vient du ciel. »

La mère : accepter ce qu'on ne comprend pas

La Rebbetzin Shoshana Spiegel est enseignante, figure respectée du monde éducatif de Jérusalem. Dans l'épreuve, elle se révèle d'une force tranquille, presque surnaturelle. Sa voix tremble, mais les mots sont assurés : « Ce que le Saint, béni soit-Il, a voulu, Il l'a fait, et nous acceptons sa volonté, bénie soit-Il, avec raison et amour, même si nous ne la comprenons pas. Nous savons que c'est pour notre bien et pour celui du peuple d'Israël. »

Elle tient ensuite à remercier chaleureusement tous ceux qui se sont mobilisés : « Merci au peuple d'Israël pour sa mobilisation exceptionnelle, tant dans ses recherches que par les dons spirituels qu'il nous a prodigués et qu'il continue de nous envoyer sans cesse. » Le flux de visiteurs ne s'est pas tari  rabbins, personnalités publiques, voisins  et chacun, dit-on, repart plus fort qu'il n'est arrivé.

La rencontre de deux deuils

Parmi ceux qui sont venus réconforter la famille, une présence a particulièrement marqué les esprits : la mère d'Asher et Yaakov Pelai, ces deux frères tués dans l'attentat au camion-bélier de Ramot. Deux mères endeuillées, deux histoires tragiques, une même ville. Cette rencontre silencieuse a valeur de symbole celui d'une Jérusalem qui porte ses deuils sans jamais s'y laisser engloutir.

Transformer la douleur en lumière

Plutôt que de se refermer sur leur peine, la famille Spiegel a choisi d'agir. Elle a décidé de financer l'écriture d'un rouleau de la Torah à la mémoire de Dovi et d'Avraham Yeshayahu. L'intention est claire : « transformer la douleur personnelle en lumière pour tous », perpétuer le souvenir des deux jeunes hommes à travers un acte sacré, vivant, porteur de sens pour les générations futures.

Ce choix dit beaucoup sur la façon dont cette famille traverse le deuil  non pas en se perdant dans la question du pourquoi, mais en répondant au vide par la création, par la foi, par le don.

Une leçon venue du fond de l'abîme

Il y a des familles dont le malheur nous enseigne quelque chose sur la condition humaine. Celle des Spiegel est de celles-là. Dans la maison de Ramat Shlomo, la Torah n'est pas seulement un texte étudié elle est une manière d'habiter la réalité la plus cruelle.
La foi n'y efface pas la souffrance ; elle lui donne un cadre, une dignité, un avenir.

Deux fils sont partis en une semaine. Un rouleau de la Torah sera écrit. Et dans ce geste-là, quelque chose résiste à la mort.

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