Ba Mikat Bat Yam, Épisode 6 : Vivre dans un monde parallèle en Israël

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Ba Mikat Bat Yam, Épisode 6

Ba Mikat B — Bat Yam, Épisode 6

La sirène hurle dans la nuit. Alerte missile. Il est 3 h du matin. Je n’arrive même pas à bouger. L’esprit embrumé, je vérifie où devrait tomber le missile à fragmentation : Hertzlia. Nord.
Pas le centre. Je me dis que c’est hors de portée, et je me rendors.

Quelques minutes plus tard, la sirène retentit . L'inquiétude m'éteint.
Ça va tomber à Bat Yam. Je me lève d’un coup.

Je cherche désespérément mes baskets. 92 secondes avant l’impact.
Je n’ai que 92 secondes. Trop tard. Je me plaque contre le mur de la porte d’entrée , seul mur porteur de l’appartement.

L’explosion est folle, terrifiante. L’onde de choc me traverse. Impact à Holon, à quatre kilomètres de Bat-Yam.

Je reprends mes esprits et retourne me coucher. Je suis vidée. À peine assise, une nouvelle sirène rugit, cette fois sans alerte préalable.
Une logique terrible m’effleure : un impact réussi appelle un autre missile sur la même trajectoire Holon, ou juste avant. Finalement, l’explosion se fait à Tel Aviv. Gros dégâts signalés.

Je ne suis même pas sortie de mon appartement, pas un seul pas dans les escaliers. Mais je suis épuisée. J’entends mes voisins débattre, estimer l’intensité de l’impact. Je me recouche pour de bon.

La vie reprend son rythme, suspendue au son des alertes et des sirènes. Et pourtant, dehors, il fait beau, très beau. La mer est un peu agitée, mais sur la Riviera de Bat Yam, les gens prennent leur petit‑déjeuner comme si de rien n’était.

Où sont nos peurs ? Où est notre vie ? La réalité, est‑ce les missiles qui fracturent nos nuits, ou celle où des Israéliens, sortis d’un magazine de mode, font leur footing et savourent un petit‑déjeuner copieux bercés par la brise marine ?

Je dirais : les deux.

Il est 13 h 30 quand l’alerte retentit sur nos smartphones. Je suis déjà habillée, prête pour le marathon habituel jusqu’au Miklat : descendre et remonter trois étages.

Je croise Ahouva dans l’escalier. C’est elle, la responsable du VAAD, celle qui veille à l’organisation de l’immeuble, qui fait que chaque étage dispose de lumière, que l’ascenseur ne reste jamais trop longtemps en panne. Elle est la Mefakedet - l'adjudant en chef de la bonne marche de l’immeuble.

Elle est assise sur un tabouret, au seuil de sa porte , avec un pansement sur le dos de la main qu'elle tente d'ajuster

Je m’arrête et lui demande ce qui lui est arrivé.

« Je me suis ébouillantée », dit‑elle en haussant les épaules.

« Tu veux voir ? »

Je hoche la tête. "Petite, je voulais être médecin"  dis je en riant (en plus c'est vrai)

Le pansement cache une zone rouge, fragile. Puis, avec un sourire fatigué, elle enchaîne :

"Tu voulais être médecin ? Alors regarde !"

Elle remonte le bas de son pantalon jusqu'à la hauteur de la cuisse , des grandes zones claires apparaissent tout au long de la jambe je comprends qu'elle a été brûlée au 3eme degrés.

Elle m'explique

« Je faisais un couscous. Au lieu de soulever la marmite pleine de bouillon brûlant, j’ai attrapé le couscoussier par la mauvaise partie. Tout le bouillon m’est tombé dessus.
Greffe de peau, 16 jours d’hôpital. Alors ce que j’ai maintenant sur la main… on peut dire que c’est juste un petit baiser de ce souvenir »

Et elle rit. Cette auto‑dérision, cet humour juif bleu‑blanc, sincère, sans filtre, qui transforme la douleur en anecdote.

Je reprends ma descente vers le Miklat.

Une explosion me surprend. Je m’arrête, j’attends. Je remonte. Encore Tel Aviv.

Une fois de plus, la vie continue suspendue, haletante, réelle.

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi