Israël : quand le diagnostic d’un enfant révèle l’autisme de sa mère

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Israël : quand le diagnostic d’un enfant révèle l’autisme de sa mère

« Je voulais crier dans les rues : je ne suis pas juste bizarre. Je suis autiste ! »

À 40, 44 et 38 ans, trois femmes ont reçu un diagnostic d’autisme à l’âge adulte, suite à l’identification de leurs enfants sur le spectre. Ce diagnostic a donné sens à des décennies de difficultés non expliquées. 

L’autisme invisible chez les adultes : un diagnostic tardif mais libérateur

Pendant des années, des femmes ont senti qu’elles “n’étaient pas comme les autres”, sans jamais comprendre exactement pourquoi. Elles ont appris à masquer, à s’adapter, à imiter ce qu’elles pensaient être “normal” socialement. Elles ont vécu avec des symptômes qui n’avaient jamais été reliés à l’autisme — jusqu’au jour où un enfant a été diagnostiqué sur le spectre, révélant un miroir inattendu.
Pour beaucoup, c’est ce moment précis qui a déclenché la question : et si c’était aussi mon cas ? 

Selon la psychiatre Dr. Yifat Hendel, mère elle-même d’un enfant avec un trouble de la communication, de nombreuses femmes “à haut fonctionnement” ne sont jamais diagnostiquées plus jeunes parce qu’elles apprennent à camoufler leurs signes.
Elles analysent leur propre comportement, imitent des habitudes qui semblent socialement acceptables et affinent ce qu’il faut “faire” pour ne pas se faire remarquer.
Mais ce camouflage constant épuise. Lorsque ces femmes assistent à un diagnostic de leurs enfants, elles reconnaissent soudain des similitudes frappantes avec leurs propres expériences un déclic qui conduit souvent à un diagnostic personnel. 

L’histoire d’Etty Avital : comprendre sa différence après des décennies de doutes

Etty Avital, 40 ans, originaire de Yavne, n’a appris qu’il y a trois ans qu’elle était autiste.
Avant cela, des diagnostics de bipolarité, de trouble borderline de la personnalité et de TDAH avaient jalonné son parcours, sans jamais expliquer le fond du problème.
Ce n’est qu’après que ses deux fils ont été identifiés “sur le spectre à haut fonctionnement” qu’elle a compris qu’elle partageait les mêmes défis qu’eux isolement social, difficultés à se connecter avec les autres, incompréhension récurrente en milieu professionnel. 

« Quand mon plus jeune a été diagnostiqué, j’ai eu un choc. Tout s’est éclairé, » raconte-t-elle. Elle évoque l’isolement ressenti depuis l’enfance, les rencontres sociales épuisantes, et ces moments où elle préparait des scripts de conversation pour survivre à un simple appel téléphonique.
Aujourd’hui entrepreneure et directrice d’une académie de storytelling, elle dit maîtriser mieux son environnement structuré, clair, avec des attentes définies ce qui lui permet de fonctionner professionnellement sans l’épuisement constant d’autrefois. 

Sur le plan personnel, elle décrit les défis durables : hypersensibilité au bruit, difficulté à maintenir des tâches prolongées, besoin de solitude pour recharger, voire des moments où elle doit s’isoler dans l’obscurité pour se ressourcer. Elle reconnaît aussi une compréhension profonde de ses enfants, partageant avec eux des préférences et des difficultés sensorielles. 

Le témoignage de Chen Hartov-Sdavon : vivre et travailler en tenant compte de ses besoins

Pour Chen Hartov-Sdavon, 44 ans et mère de deux garçons, le diagnostic est survenu après que son fils cadet ait été identifié “sur le spectre”. Elle décrit son enfant comme exigeant une précision extrême  comme un café exactement préparé  une métaphore qu’elle utilise pour expliquer comment les routines précises procurent un sentiment de contrôle face au chaos. 

Avant même le diagnostic, elle savait que quelque chose la rendait différente : sensibilité accrue, difficulté avec les grands groupes, incapacité à performer dans des évaluations traditionnelles de personnalité pour un emploi. Une carrière d’indépendante dans les relations publiques lui a permis de travailler à son rythme. 

Elle dit aujourd’hui comprendre ce dont elle et son fils ont besoin : un environnement ordonné, une routine claire, une seule réunion par jour maximum. Cette structure, explique-t-elle, réduit radicalement le stress. Elle a aussi appris à ne pas “lutter contre” les intérêts spécifiques pour elle, les poupées Barbie, puis plus tard la mode — qui caractérisent souvent l’autisme lorsqu’il n’est pas encore identifié. 

Mikhal Berkowitz Bar : autiste et mère depuis toujours consciente de sa différence

À 38 ans, Mikhal Berkowitz Bar savait qu’elle était différente dès l’enfance. Aujourd’hui mère de trois filles, elle a reçu son diagnostic à l’âge de 25 ans, bien avant d’avoir des enfants. Ses souvenirs d’enfance  jouer seule dans le sable pendant des heures, ne pas comprendre les codes sociaux à l’école, et traverser l’université en onze ans racontent une vie à côté des normes sociales. 

« Je suis autiste, et je n’aime pas qu’on m’appelle autrement, » affirme-t-elle. Elle a intégré l’autisme dès le début dans l’éducation de ses filles, y voyant non pas une faiblesse mais une réalité à partir de laquelle construire une vie. Elle souligne l’importance d’adapter l’environnement : nourriture spécifique, température et obscurité pour dormir, gestion des stimuli sensoriels autant de besoins qu’elle nomme ouvertement, sans honte. 

Dans sa vision, les personnes autistes ne doivent pas être “combattues”. Elles ont besoin d’un cadre accueillant et compréhensif plutôt que de s’efforcer de se conformer à des normes sociales qui ne leur conviennent pas. 

Quand le diagnostic devient outil d’explication et d’affirmation

Dans cet article de Ynet, psychologue et clinicienne dressent une liste de signes courants d’autisme non diagnostiqué chez les adultes : sentiment chronique d’être différent, fatigue extrême après des interactions sociales, difficulté à exprimer des émotions, aversion pour les grands groupes, rigidité face aux changements, hypersensibilité sensorielle, et un investissement constant pour paraître “normal et intégré”. Ces indicateurs, dit-elle, peuvent aider les femmes qui s’interrogent après l’observation de leurs propres enfants. 

Ce qu’illustrent les récits d’Etty, Chen et Mikhal, c’est que pour ces femmes, l’autisme n’a jamais été une “étiquette” tardive, mais une clé essentielle à la compréhension d’une vie entière de difficultés, d’ajustements et, finalement, d’acceptation.

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