Assassiné le 7 octobre, ce médecin israélien que la science a refusé de faire taire

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Assassiné le 7 octobre, ce médecin israélien que la science a refusé de faire taire

La science plus forte que la mort : l’étude du Dr Daniel Levi Ludmir, assassiné le 7 octobre, enfin publiée

Il n’a pas vu son travail aboutir. Mais la science, elle, a tenu parole. Plus d’un an après l’assassinat du Dr Daniel Levi Ludmir, jeune médecin ORL tué le 7 octobre 2023 alors qu’il soignait des blessés dans la clinique dentaire du kibboutz Be’eri, l’étude qu’il avait initiée a été publiée dans une revue médicale internationale de premier plan. Une publication posthume, arrachée de haute lutte, qui dit autant la valeur scientifique de ses résultats que la détermination morale de ceux qui ont refusé que son nom soit effacé.

Un médecin, un engagement, une mort en service

Né le 16 janvier 1989 à Lima, au Pérou, immigré en Israël, Daniel Levi Ludmir était interne en ORL au Soroka Medical Center, affilié au groupe Clalit. Avec son épouse Lihi Levi Ingber et leurs deux enfants, Ama et Liam, il s’était installé à Be’eri à l’été 2022. Il assurait les gardes médicales du kibboutz.

Le matin du 7 octobre, alors que les tirs du Hamas retentissent, Daniel est chez lui avec sa famille. À 7h30, il reçoit l’appel du paramédic Amit Man z״l : la clinique dentaire est devenue un poste de secours improvisé. Daniel s’y rend. Pendant des heures, il soigne, rassure, agit. Il tient sa femme informée par messages. À 13h58, il envoie le dernier. Deux minutes plus tard, il est assassiné, vraisemblablement par une grenade à fragmentation lancée par les terroristes. Il avait 34 ans.

Une recherche interrompue, puis reprise

Avant d’être tué, Daniel menait une étude rare et sensible sur un sujet peu exploré : la sécurité de la chirurgie de l’apnée obstructive du sommeil chez les nourrissons et les très jeunes enfants. Un travail entamé durant sa résidence, dans le cadre d’une thèse de sciences fondamentales, sous la direction du Pr Daniel Kaplan et du Dr Dani Yefet.

L’apnée du sommeil est fréquente chez l’enfant. Elle se manifeste par des ronflements, des pauses respiratoires nocturnes, et peut altérer la croissance, le développement cognitif et le langage. Chez les enfants de plus de deux ans, l’adénoïdectomie – l’ablation des végétations adénoïdes – est une intervention courante. Mais avant cet âge, la prudence domine : peur des complications, hospitalisations prolongées, passage en soins intensifs. Résultat : des listes d’attente longues et des enfants qui continuent de souffrir.

Daniel voulait répondre à une question simple et dérangeante : opère-t-on trop tard, par excès de crainte ?

Une promesse tenue

Avant de partir pour un séjour de recherche de dix-huit mois en Angleterre, le Dr Oren Ziv, médecin senior à Soroka, fait une promesse à la veuve de Daniel : terminer l’étude et la publier. Les données existaient. Daniel les avait collectées et transmises avant le 7 octobre.

Le Dr Ziv reprend le travail, rouvre les tableaux Excel, recrute des résidents proches de Daniel, analyse les chiffres, finalise le manuscrit. Quelques mois plus tard, il annonce à Lihi que l’étude est prête.

Mais le parcours éditorial se transforme en épreuve morale.

Des refus qui ne trompent personne

L’article est soumis à plusieurs revues médicales internationales. Certaines le rejettent sans même l’évaluer. Motif invoqué : la dédicace jugée « trop locale ». Elle mentionne pourtant un fait incontestable :

« Dédié à la mémoire de notre cher Dr Daniel Levi, assassiné le 7/10/2023 alors qu’il soignait des patients à la clinique du kibboutz Be’eri. »

Pour le Dr Ziv, le diagnostic est clair : « Ce n’est pas un débat scientifique. C’est un rejet idéologique. Quand un article rigoureux est refusé à cause d’une phrase de mémoire, ce n’est pas de la neutralité, c’est un malaise face à Israël, et oui, cela relève de relents antisémites. »

Finalement, la persévérance paie. L’étude est acceptée par la revue Clinical Otolaryngology. Elle est publiée la veille de ce qui aurait été le 37ᵉ anniversaire de Daniel. Une coïncidence que personne n’avait calculée. Une date qui bouleverse.

Ce que montre l’étude, concrètement

L’étude est rétrospective et porte sur 419 enfants opérés sur dix ans au centre médical Soroka.

– 61 nourrissons de moins d’un an

– 147 enfants âgés de 1 à 2 ans

– 211 enfants de plus de 2 ans, servant de groupe témoin

Les chercheurs ont comparé la durée d’hospitalisation, les admissions en soins intensifs, les retours aux urgences, les complications (saignements, fièvre, déshydratation) et les réopérations.

Le résultat est clair et dérange les dogmes établis : il n’existe pas de différence significative de complications entre les moins de deux ans et les plus âgés. Les nourrissons restent hospitalisés un peu plus longtemps, mais sans sur-risque majeur. La seule différence notable concerne une probabilité légèrement plus élevée de repousse des végétations, impliquant parfois une seconde intervention ultérieure.

Autrement dit : la chirurgie est globalement sûre avant deux ans, à condition d’un suivi rigoureux et d’une information claire des parents.

Pourquoi cette étude change la pratique

L’intérêt de cette publication dépasse largement l’hommage. Elle ouvre des perspectives concrètes :

– réduire les délais d’attente

– éviter des mois, parfois des années, de souffrance respiratoire chez l’enfant

– limiter l’impact sur le développement, la croissance et le langage

– permettre, dans certains cas, une prise en charge en ambulatoire, sans soins intensifs systématiques

Dans un système de santé sous tension, ces conclusions sont loin d’être anecdotiques.

Une trace qui ne s’efface pas

« Après la mort, il reste peu de choses », dit le Dr Ziv. « Au-delà du souvenir, laisser une empreinte académique au nom de Daniel était essentiel. Je suis convaincu que cela comptait pour lui. »

Pour Lihi, la publication est à la fois une fierté immense et une douleur ravivée. « C’est un rappel brutal de tout ce qu’il aurait encore pu apporter à l’humanité. » La famille a choisi de marquer son anniversaire comme il l’aurait voulu : entourée d’amis, autour d’un barbecue, entre rires et larmes.

Le Dr Daniel Levi Ludmir z״l n’est pas seulement une victime du 7 octobre. Il est aussi, désormais, un nom inscrit dans la littérature médicale internationale. Un médecin tombé en soignant. Un chercheur dont le travail continue de sauver, autrement, des vies.

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