Moran Atias face à la meute : Hollywood, menaces voilées et refus de s’excuser d’être israélienne

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Moran Atias face à la meute : Hollywood, menaces voilées et refus de s’excuser d’être israélienne

Actrice israélienne installée à Hollywood, habituée aux plateaux internationaux et aux rôles puissants, Moran Atias ne s’attendait pas à ce qu’un geste culturel devienne un acte de rupture.

En acceptant de présenter un prix du cinéma en Israël, elle a déclenché une tempête : messages WhatsApp glaçants, reproches de collègues, mises à distance feutrées, soupçons idéologiques.
Dans cet entretien sans fard, elle répond point par point, sans posture ni calcul, à ceux qui voudraient transformer la culture en tribunal politique.

Elle parle du prix à payer, de Hollywood qui observe et sanctionne en silence, de l’art sommé de choisir son camp, et de ce refus intime de s’excuser d’être israélienne. Une parole droite, ferme, dérangeante, qui dit moins une polémique qu’un basculement.
Interview accordée au média israélien Mako

« On veut faire de la culture un champ de bataille »

Moran Atias face à la polémique : WhatsApp en feu, Hollywood frileux, Israël sous procès idéologique**

Mako :

Vous êtes au cœur d’une tempête depuis votre décision de présenter le nouveau Prix du cinéma israélien soutenu par le ministère de la Culture. Aviez-vous anticipé une telle violence ?

Moran Atias :

Non. J’avais anticipé des critiques, pas une déflagration émotionnelle et idéologique. Ce que j’ai vécu ces derniers jours sur WhatsApp, dans des échanges privés devenus soudain hostiles, m’a montré à quel point tout geste culturel est aujourd’hui interprété comme une déclaration de guerre politique.

Mako : Parlons de ces messages. Qui vous a écrit ?

Atias : De tout. Des inconnus. Des collègues. Des gens avec qui j’ai travaillé pendant des années. Certains me demandaient comment j’osais. D’autres me disaient que je me “grillais”. Il y avait de la colère, parfois du mépris, parfois une froide déception. Ce n’était pas un débat, c’était un procès.

Mako : Votre tort, selon eux, serait d’avoir accepté un rôle dans un événement associé au ministre de la Culture, Miki Zohar. Que leur répondez-vous ?

Atias : Je leur réponds que la culture n’appartient pas à un ministre, pas plus qu’à un camp politique. Présenter un prix de cinéma, ce n’est pas signer un programme gouvernemental. C’est honorer des créateurs, des scénaristes, des réalisateurs, des acteurs, qui travaillent parfois dans des conditions impossibles.

Mako : Mais le climat est explosif. Beaucoup accusent ce prix d’être une tentative de reprise en main idéologique du cinéma israélien.

Atias : Justement. C’est là que le débat devient malsain. On ne parle plus d’œuvres, on parle de pouvoir. On ne juge plus un film, on juge la légitimité morale de ceux qui montent sur scène. Quand la culture devient un test de pureté politique, elle meurt.

Mako : Vous avez prononcé une phrase très forte : « Quand on transforme la culture en outil d’attaque politique, nous perdons tous. » Qui vise-t-elle ?

Atias : Tout le monde. La droite, la gauche, les artistes, les institutions. Cette logique détruit le dialogue. Elle transforme chaque événement culturel en piège. Soit tu te soumets à une ligne idéologique, soit tu es disqualifié. Ce n’est plus de l’art, c’est un tribunal.

Mako : Cette polémique s’inscrit dans un contexte plus large : depuis le 7 octobre, toute prise de parole israélienne à l’étranger est scrutée, parfois sanctionnée. L’avez-vous ressenti à Hollywood ?

Atias :Oui. Il faut être honnête. Dire publiquement “je soutiens Israël” n’est plus neutre. Ce n’est plus une opinion, c’est un marqueur à risque. Des portes se ferment plus doucement, des conversations changent de ton. Rien d’officiel, rien d’écrit, mais on le sent.

Mako : Avez-vous payé un prix professionnel ?

Atias : Probablement. Mais le vrai prix aurait été de me taire par calcul. Je ne suis pas une militante professionnelle, je suis une actrice israélienne. Je ne vais pas m’excuser d’exister ou de venir d’ici.

Mako : Vous avez aussi réagi à des figures internationales très engagées contre Israël, comme Angelina Jolie. Pourquoi ?

Atias : Parce que parler d’Israël depuis des plateaux occidentaux, sans jamais venir ici, sans rencontrer les gens, c’est facile. J’aimerais que ces voix viennent voir la complexité, la douleur, les contradictions. Le cinéma devrait créer des ponts, pas des slogans.

Mako : Certains vous accusent d’être instrumentalisée par le pouvoir politique israélien.

Atias : C’est une accusation commode. Elle permet de déshumaniser mon choix, de le vider de toute sincérité. Comme si une femme israélienne n’avait pas le droit d’agir par conviction personnelle sans être un pion.

Mako : Que révèle cette affaire, selon vous, sur l’état de la société israélienne et du monde culturel ?

Atias : Une peur immense. Peur d’être catalogué. Peur de perdre sa place. Peur de parler. La culture israélienne est riche, diverse, contradictoire. Si on commence à l’écraser sous des étiquettes politiques, on la trahit.

Mako : Regrettez-vous votre décision ?

Atias : Non. Ce que je regrette, c’est que présenter un prix de cinéma soit devenu un acte courageux. Cela devrait nous alerter tous.

Mako : Un dernier mot pour les artistes qui hésitent aujourd’hui à s’exprimer ?

Atias : Je leur dirais ceci : si nous laissons la peur décider à notre place, alors la culture n’a plus aucune raison d’exister. L’art n’est pas là pour rassurer les foules, mais pour dire la vérité, même quand elle dérange.

 

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