7 octobre : scènes de massacre, corps brûlés et silence imposé – le journal censuré d’Ayelet Dayan

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7 octobre : scènes de massacre, corps brûlés et silence imposé – le journal censuré d’Ayelet Dayan

“Nous avons identifié les restes d’une femme brûlée et fondue dans l’asphalte. J’ai reconnu un collier et des cheveux. Je n’ai pas cru mes yeux”

Archéologue habituée aux strates de destruction antiques, Ayelet Dayan s’est retrouvée face à une réalité sans équivalent le 7 octobre. Maisons encore fumantes, véhicules calcinés, restes humains mêlés aux gravats, objets personnels fondus ou arrachés aux corps.
Dans son journal, elle a consigné ce qu’elle a vu, tout en sachant que tout ne pourrait pas être publié. Entre ce qui a été documenté et ce qui a dû être tu, son témoignage dévoile la violence brute des scènes découvertes sur les lieux du massacre.

Témoignage du docteur Ayelet Dayan archéologue en chef du projet d’identification des disparus du 7 octobre, Ynet.

La mission la plus lourde de l’histoire de l’État

La docteure Ayelet Dayan, archéologue spécialisée dans les couches de destruction vieilles de deux mille ans, s’est vue confier l’une des tâches les plus pénibles jamais demandées à l’autorité des antiquités : retrouver et identifier les restes des Israéliens disparus lors de l’attaque du 7 octobre 2023. Ce qu’elle a trouvé dépasse de loin les pires scénarios de terrain auxquels elle avait été confrontée auparavant.

Son équipe est descendue en force dans les zones dévastées autour de Gaza, scrutant les ruines de kibboutzim, des voies, des routes et des maisons, à la recherche de signes de vie parmi les décombres encore chauds. Là où d’ordinaire l’archéologie traite des vestiges asséchés de civilisations anciennes, l’équipe de Dayan s’est retrouvée face à une réalité crue, immédiate, marquée par l’odeur du sang, des tissus et de la chair humaine.

Journal intime au cœur du désastre

Dayan a tenu un journal pendant toute l’opération. Elle dit qu’écrire lui permettait d’organiser ses pensées et de les mettre à distance, afin d’être en mesure de répondre précisément à toute question future. Par mesure de confidentialité, les noms et numéros des maisons ont été retirés du livre final, pour que seules les familles ayant demandé directement à l’armée d’être contactées puissent savoir si leurs proches ont été retrouvés.

Décrivant l’extrême violence des scènes auxquelles elle a assisté, elle raconte dans ce journal : « נוֹחַזִים זֶהוּת שֶׁל נַרְצַחַת שֶׁנִּשְׁרְפָה וְנִמְסָה לְתוֹךְ הָאֲסְפַּלְט. זָהִיתִי שַׁרְשׁוֹרֶת וְשֵׂיעָר. הָיָה קָשֶׁה לְהַאֲמִין », ce qui se traduit par : « Nous avons identifié les restes d’une femme brûlée et fondue dans l’asphalte. J’ai reconnu un collier et des cheveux. Il était difficile de croire ce que nous voyions. »

Des officiers supérieurs sont venus observer ces découvertes, témoignant de l’impact de ces trouvailles. Elle a soigneusement séparé les bijoux et les tissus dans des boîtes, et l’équipe a depuis évité cette portion de route, par respect pour les traces encore visibles.

Dans la zone de l’asphalte et plus loin

En novembre 2023, Dayan relate qu’ils ont été appelés à la section 232, près d’un virage exposé au tir ennemi. Après une progression à pied depuis une zone plus sûre, elle a accepté de visionner, pour la première fois, une vidéo montrant des véhicules en flammes, afin de mieux orienter leurs recherches. Sur place, ils ont retrouvé le sceau et le téléphone portable d’un des disparus.

Un parallèle avec Pompéi : tragique et contemporain

Pour expliquer l’ampleur des destructions et la nature du terrain, Dayan évoque Pompéi, la cité romaine ensevelie sous les cendres. À la différence que là où Pompéi est figée depuis des millénaires, les sites qu’elle inspecte sont encore récents, encore empreints d’odeurs et de textures que rien ne prépare un archéologue à affronter.

À mesure que l’opération progressait, Dayan a structuré sa documentation : notes, tableaux Excel, courriels, photos et descriptions. Son objectif déclaré est de préserver ces informations comme preuve incontestable des événements, même devant des tribunaux, hors de toute remise en cause par des technologies ou des récits altérés.

L’intensité quotidienne d’une mission absurde

Elle confie : « בקושי הייתי בבית. יצאנו מוקדם בבוקר, 04:30 או 05:00, חזרתי ב-23:00 בלילה… כאן זה מוות » soit : « Je n’étais presque jamais à la maison. Nous partions tôt le matin, 4 h 30 ou 5 h, et je revenais à 23 h. Je me déshabillais, prenais une douche. Les chaussures restaient dehors, le matériel aussi. Impossible de les amener à l’intérieur. En archéologie classique on ne traite pas d’âcre poussière et de restes humains. Ici, c’est la mort. »

Ce qu’elle a vu et ce qui ne pouvait pas être écrit.

Ce que Dayan et son équipe ont trouvé ne se limite pas à l’unique femme dont les restes ont fondu dans l’asphalte. Ils ont été déployés dans plusieurs zones frappées lors de l’attaque du 7 octobre, notamment les kibboutzim, le site du festival Nova et des portions de la route 232, où ils ont cherché à repérer les dépouilles et objets personnels des disparus.

Sur ces terrains, ils ont observé des véhicules carbonisés, des restes humains encore incrustés dans des cendres ou des débris, des ossements fragmentés, des tissus carbonisés, des bijoux séparés des corps, ainsi que des effets personnels tels que téléphones retrouvés sur les lieux pour aider à l’identification.

Dayan a décrit « des lieux qui étaient jusqu’à récemment des paradis et qui sont maintenant détruits », marqués par la présence persistante de sang, de tissus humains et de l’odeur âcre de la mort, éléments totalement étrangers aux fouilles archéologiques classiques.

Elle a expliqué que son équipe a dû transformer des communications dispersées (messages WhatsApp, notes, photos) en une documentation systématique – tableurs, courriels, descriptions détaillées – afin de garantir que les données soient conservées même si elles étaient difficiles à relater ou à publier en raison des règles de confidentialité et de censure qui exigent d’effacer les identifiants personnels (noms, numéros de maison) pour protéger les familles, sauf si celles-ci ont demandé à être contactées.

Dayan rapporte également que la gestion de ces découvertes se heurtait à des contraintes imposées par des autorités, qui l’ont avertie que certaines descriptions explicites seraient difficiles à publier telles quelles, compte tenu de la sensibilité des scènes et de la nécessité de retirer toute donnée pouvant révéler l’identité ou heurter des lecteurs, ce qui a conduit à la suppression de détails précis dans les versions rendues publiques de son journal.

Mémoire, reconstruction et lutte contre l’effacement

Le journal et la documentation de Dayan accompagnent aujourd’hui les opérations de reconstruction dans les zones affectées. Elle décrit des débats au sein des kibboutzim sur ce qu’il faut préserver et ce qu’il faut détruire, certains estimant qu’il faut effacer les traces tandis que d’autres souhaitent commémorer. Dayan penche pour la mémoire, tout en reconnaissant la nécessité d’un équilibre défini par les communautés elles-mêmes.

Alors que la guerre touche à sa fin, elle affirme que certains acteurs cherchent à effacer toute trace du 7 octobre. Pour elle, archéologues et scientifiques doivent s’en tenir à l’enregistrement rigoureux des faits. « אין פה מקום לפוליטיקה », dit-elle, soit : « Il n’y a pas de place pour la politique ici. Pour présenter la vérité historique, nous devons montrer les découvertes telles qu’elles sont. » L’un de ses objectifs est de publier le journal également en anglais pour contrer la négation et les accusations internationales.

Elle rapporte des incidents lors de conférences à l’étranger où des participants ont brandi des slogans accusant Israël de génocide, soulignant l’enjeu qu’elle voit dans la reconnaissance des faits documentés par son équipe.

Cet entretien et ces témoignages s’inscrivent dans l’exposition “Tequma min ha-efer” (Renaissance des cendres), qui met en lumière le rôle des archéologues dans cette mission unique et tragique.

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