Dieu compte les larmes des femmes de Fanny Levy

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Fanny Levy Dieu compte les larmes des femmes

Fanny Levy Dieu compte les larmes des femmes

Fanny Levy Dieu compte les larmes des femmes

Roman ou témoignage ? Un peu des deux, comme dans la plupart des livres .
Une histoire à huis clos.
Ici, il s'agit de Paprika un auteur en devenir et de son mari qui en est à son 4 ème mariage.
Il se voit délaisser progressivement au profit d'un clavier caressé et aimé plus que tout.
Dans le refuge tranquille du silence d'une chambre, c'est tout l'univers de Paprika que l'on découvre.

Gronde alors la révolte de cet homme qui se pense trahi, elle fait face à cette violence, à ce mari qui s'est juré de l'aimer et de la chérir jusqu'à la fin de sa vie, mais ne supporte pas de la partager.

Pourtant, il ne le sait pas, c'est à ce prix qu'elle peut accepter de continuer à vivre avec lui, de compromis en compromissions ,ce qui la sauvera est l'écriture.

L'insulte, la violence elle ne les supporte qu'en s'accrochant à la pensée que tôt ou tard elle pourra se consoler dans les bras apaisants de cette solitude obligatoire de l'écriture.

Elle a compris que pour supporter ce qui n'est pas compatible avec soi , il faut trouver un diluant à la vie, une forme de création personnelle qui remplace la parole, qui efface les invectives, afin d'éviter, à tout prix ce qui brise l'intérieur.

Coûte que coûte sauver cet intérieur créateur.
Quelle importance si l'extérieur est banni, frappé, insulté, on ne se connecte jamais avec, ce qui compte est le fond jamais la forme, nulle part, et encore moins quand il s'agit d'écrire.

Paprika tentera pourtant d'être une épouse parfaite, aimante, mais jamais assez, l'absence trop présente, se vit comme un mépris pour son mari. Mais enfin pour qui se prend-elle cette femme qui passe ses journées à écrire ? Qui cela peut bien s'intéresser d'ailleurs à ce qu'elle écrit ? Alors que moi se lamente-t-il je fais tout dans cette maison.

Il se voit trahi ! Il lui avait fait promettre à l'aube de leur union, de  rester prés de lui , de ne pas à son tour le quitter comme les autres... N'a-t-elle pas rempli sa part de contrat ? N'est-elle pas là ?
Paprika comprendra au fil des pages que son "addiction" la rend esclave de son mari.

Où irait elle d'ailleurs si  elle partait comme il le lui demande à chaque crise ?
Alors elle accepte , elle se replie un peu plus à chaque fois, moins apparaitre,  et pourquoi pas disparaître ? C'est pourtant cette non-présence qui est l'origine de cette violence...
Elle rend à sa façon les coups, sur son clavier, dans ces instants là, elle s'estime libre, détachée de la réalité déjà écrite avec les mots des autres.

Mais si le véritable esclavagiste n'était autre que l'écriture ? N'est ce pas un domaine où l'exigence se veut aveugle? Où chaque jour, malgré les pieds en sang, on se doit de rechausser ses pointes et de continuer à faire ses exercices à la barre, malgré la souffrance endurée.

C'est la répétition qui fait le maître dit-on il est en de même dans cette discipline infernale, se mettre tous les jours au travail , qu'il vente , tempête,  saigne , qu'il frappe...pourvu qu'il m'accorde quelques moments de grâce et d'oubli pour que je puisse me remettre à écrire.

L'écriture n'est-elle pas capable de vous engloutir vivante, d'effacer votre présence, votre propre essence à l'autre.  Et si la violence de David n'était en réalité qu'une thérapie ? Un message d'alerte,un Ô secours ... un message d'amour "N'oublie pas de m'aimer !" car David ne sait pas écrire, il ne sait que crier, hurler, frapper. Sa vie ne connaît ni répit ni échappatoire.
il est en lutte perpétuelle,avec lui-même ,avec les autres, avec elle...
Il souffre dans le bruit pendant qu'elle é"crit" dans le silence. 

Un livre merveilleusement écrit, l'écriture de Fanny Lévy est nourri du message juif, cette sagesse millénaire qui émeut, qui rattache à ses propres valeurs, une centralité qui semble indispensable à la violence de la vie.

C'est encore cette sagesse qui les sauvera car l'amour n'est rien d'autre que sagesse.

Claudine Douillet

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Edition Orizons 27,55 euros

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