Allemagne : Jusqu’au dernier,71 ans aprés,deux ex-gardiens d’Auschwitz sont jugés

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Pour avoir été complices dans l'extermination des Juifs , deux anciens SS d’Auschwitz s’apprêtent à répondre devant la justice allemande. Une volonté du pays de juger «jusqu’au dernier» les criminels nazis.

A partir de jeudi et jusqu'au 20 mai, Reinhold Hanning, 94 ans, comparaîtra devant un tribunal de Detmold ouest, tandis que Hubert Zafke, 95 ans, sera jugé à partir du 29 février à Neubrandenburg nord-est, non loin de Berlin.

Pour le procureur de Dortmund Andreas Brendel, L’âge n’a aucune importance. Il estime que la justice allemande «doit aux victimes et à leurs proches» de poursuivre les crimes du IIIe Reich.

Une quarantaine de rescapés de la shoah et de descendants de victimes  sont venus d’Israël, des Etats-Unis, du Canada ou d’Angleterre pour se porter parties civiles. Plus de 70 avaient assisté l’an dernier au procès d’Oskar Gröning, ancien comptable d’Auschwitz condamné à quatre ans de prison en juillet 2015.

«Même 71 ans après la libération d’Auschwitz, les blessures des survivants sont encore à vif. Nombre d’entre eux sont hantés chaque jour par les horribles expériences qu’eux et leurs proches ont endurées», rappelle à l’AFP Ronald Lauder, président du Congrès mondial juif.

La peine de Hanning et Zafke peut aller jusqu'à quinze ans de prison pour «complicité de meurtres aggravés».

Pour le moment, Gröning n’a pas été incarcéré et attend l’examen de son pourvoi par la Cour fédérale allemande d’ici la fin de l’année.

Auschwitz

Auschwitz

Les jours tranquilles que ces accusés ont coulé dans l’Allemagne d’après-guerre, sont terminés. Certes il n’existe aucune preuve d’un geste criminel précis mais des reproches : avoir été les «rouages» du camp emblématique de la Shoah, qui n’aurait pu exterminer 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, sans l’implication de tout le personnel.

Jeune ouvrier engagé en juillet 1940 dans les Waffen SS, parti combattre dans les Balkans puis sur le front russe, Hanning a été transféré début 1942 à Auschwitz. Membre des Totenkopf, unité SS sanglée dans un uniforme à tête de mort, il était affecté au camp de base Auschwitz-I tout en surveillant à l’occasion la rampe d’arrivée de Birkenau, dit Auschwitz-II.

Ses tours de garde l’impliquent dans «au moins 170.000 morts» entre janvier et juin 1943 : ce calcul mêle les nouveaux arrivants gazés à Birkenau, dont la majorité des femmes et la totalité des enfants, les exécutions sommaires et les sélections dites «secondaires», visant à éliminer les déportés trop faibles pour continuer à travailler.

Hubert Zafke, fils de paysan engagé à 19 ans dans les Waffen SS, s’est lui aussi battu à l’Est avant de rejoindre en octobre 1943 le «service sanitaire» d’Auschwitz. D'après l’accusation, il a été de garde à Birkenau lors de l’arrivée de 14 convois à la fin de l’été 1944, dont 3.681 occupants ont été immédiatement gazés.

Parmi eux se trouvaient Anne Frank et sa famille. Rendue mondialement célèbre par son journal, l’adolescente néerlandaise est morte en mars 1945 après son transfert à Bergen-Belsen.

Deux autres suspects attendent leur procès. Il s’agit d’Ernst Tremmel, 93 ans, ancien garde d’Auschwitz jugé à partir du 13 avril à Hanau ouest, et de Helma Kisser, 92 ans, ex-radiotélégraphiste du même camp, dont l’état de santé doit encore être évalué.

L'enqête vise également trois autres SS d’Auschwitz, de même que trois ex-gardiens de Majdanek, camp d’extermination lui aussi situé en Pologne occupée, et trois anciens membres de la division SS Hitlerjugend impliquée dans le massacre de 86 civils à Ascq dans le nord de la France, en avril 1944.

La justice allemande se veut ferme sur ces procédures tardives.

Nathalie ZADOK

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