Les derniers criminels nazis doivent-ils être jugés ?

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Le 27 janvier 2016 au cours de la journée des victimes de l’Holocauste, une liste de neuf hommes et une femme a été révélée, ils pourraient se retrouver devant des juges en 2016 pour leur implication présumée dans des crimes nazis. Serge Klarsfeld, président de l’Association des fils et filles des déportés juifs de France donne son point de vue sur ces jugements tardifs.

Pour Serge Klarsfeld, de tels jugements ont un sens plus de 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale. Il rappel qu'il y a 40-50 ans, la société allemande, composée de personnes qui avaient vécu le nazisme, était contre le jugement des criminels de cette période.

Elle n’avait pas conscience des crimes commis contre les juifs.Des juges trop cléments vis-à-vis d’elle et des pouvoirs publics allemands. Et pourtant, à cette époque vivaient encore des criminels importants pour lesquels on pouvait trouver des témoins et des documents.

C'est dans une nouvelle ère qu'aujourd'hui la société allemande a pris conscience des crimes commis pendant la période nazie, et elle les assume.

Serge Klarsfeld rappel les liens solides avec Israël, l’Allemagne ne doit pas subir des réparations pour les survivants de l’Holocauste,ainsi que du point de vue des criminels. Il explique que des gens très âgés, qui avaient entre 17 et 24 ans au moment des faits et occupaient des fonctions subalternes se retrouvent impliqués.

C'est avec une grande difficulté que les magistrats trouvent les moyens juridiques de les juger.En effet, il s’agit de crimes pour lesquels il n’y a plus aujourd’hui ni témoins ni documents.

Avant le procès Demjanjuk en 2009, les accusés étaient jugés pour leur implication personnelle dans les faits incriminés. Désormais,il est suffisant pour les juger, qu’ils aient appartenu à une organisation criminelle. Leur implication personnelle n'est plus a prouver, Ils sont automatiquement accusés sauf s’ils réussissent à prouver leur innocence.

Un point positif pour les Allemands, qui ont le désir de juger les anciens criminels nazis. Le soucis majeur est que cela se fait sans preuve et ne relève pas des principes d’une justice équitable. Très peu de témoins vivants pour s’intéresser à des gens qui ont occupé des fonctions subalternes, comme des gardiens de camp. Et quand bien même, ceux-ci ont souvent une mémoire défaillante. Des preuves écrites manquent également en raison du caractère subalterne des personnes incriminées.

En 2014, la justice Allemande n'a pas voulu juger un ancien mitrailleur impliqué dans le massacre d’Oradour-sur-Glane en juin 1944. Une affaire qui aurait pu créer un incident diplomatique entre la France et l’Allemagne si celui-ci avait été acquitté.

Pour Serge Klarsfeld, on est face à des accusés qui sont aujourd'hui très âgés parfois plus de 95 ans. C’est un processus maladroit qui va continuer jusqu’à la disparition des dernières personnes impliquées. Pour lui, une décision de la Cour fédérale allemande pourrait annuler les précédentes décisions de justice.

Il restera alors un sentiment de malaise car l’évolution de ces affaires ne peut pas donner une pleine satisfaction à ceux qui veulent voir des jugements aboutir.

Il n'est pas s'en rappeler que tout au long des années 50, les questions concernant le jugement de ces crimes ont été mises de côté.

Déportés dans camp d'Auschwitz en 1945
Déportés dans le camp d'Auschwitz en 1945 © A. SVERDLOV / RIA NOVOSTI / AFP

C'est à la fin des années 50, que la situation a évolué avec la création en 1958 de l'office central d’enquête sur les crimes du nazisme à Ludwigsbourg.

Celui-ci a centralisé les recherches menées par les systèmes judiciaires des Länder (régions de la République fédérale d’Allemagne, NDLR). 6000 personnes ont ainsi été recensées. Mais faute de personnel et de moyens, l’office n’a pu mener que 600 enquêtes.

En 1958, un procès a permis de juger à Ulm 10 membres des Einsatzgruppen, responsables de la "Shoa par balles" dans les territoires occupés. Puis entre 1963 et 1965 a eu lieu à Francfort le "procès d'Auschwitz", initié par le procureur de la ville, Fritz Bauer. Ces deux actions judiciaires ont eu une action pédagogique auprès de l’opinion allemande.

Dans le même temps, on a assisté à la naissance d’un certain esprit critique lié à la réaction des jeunes contre la génération de leurs parents. Avec la question : «Qu’avez-vous fait à l’époque du nazisme ?»

Ce qui a renforcé la difficulté de juger les criminels nazis c'est le soucis juridique.Car au départ, la loi allemande permettait de juger seulement les auteurs de crime pouvant être confrontés à leurs victimes, et les coupables d’assassinat aggravé. Avec une prescription au bout de 20 ans.

Depuis 2002, la notion "des crimes contre l'humanité" prend désormais en compte la dimension collective de l’extermination, avec une gradation des responsabilités.

Permettant ainsi,  d'élargir le champ des recherches, et juger les sous-fifres, ceux qui n’étaient pas responsables au premier niveau. L'administration nazie fonctionnait ainsi. En 2011, un ancien garde du camp de Sobibor en Pologne, John Demjanjuk a pu être jugé. Pour les historiens, ce processus permet d’aider à déterminer l’échelle des responsabilités.

Oskar Gröning

Oskar Gröning

Oskar Gröning, l'un des derniers nazis jugés en Allemagne.Âgé de 93 ans, "le comptable d'Auschwitz" a été condamné à quatre ans de prison pour son rôle dans l'extermination
de 300 000 juifs.

Nathalie ZADOK

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