Le « vivre-ensemble » marseillais est mort

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Pendant des décennies, on a vanté les mérites du « vivre-ensemble » marseillais. Il est vrai que les relations inter-ethniques et inter-religieuses y étaient traditionnellement plus apaisées qu'ailleurs en France.

Mais tout a changé en quelques courtes années. Après l'attaque islamiste du début de la semaine contre Benjamin Amsellem, le procureur de la République, Brice Robin, a révélé que 70 incidents antisémites avaient été recensés en 2015. La majorité des incivilités commises dans l'agglomération sont des insultes et gestes antijuifs perpétrés par de jeunes musulmans, notamment aux abords des écoles confessionnelles.

Après l'agression antisémite à Marseille, le vivre ensemble remis en question.

Après l'agression antisémite à Marseille, le vivre ensemble remis en question.

Le 17 novembre, un lycéen a été condamné à 10 mois d'incarcération pour des propos inqualifiables tenus lors d'une journée de réflexion scolaire après les carnages parisiens du 13 novembre. Il voulait « kalacher » les Juifs, « responsables » à ses yeux des attentats. L'agresseur d'un groupe de fidèles se rendant à la synagogue a également écopé d'une lourde peine : 4 ans ferme. Il avait poignardé l'un d'eux à l'automne dernier en lançant : « Sales Juifs, fils de p..., je vais tous vous crever ». En outre, un tribunal a jeté en prison un Marseillais qui avait insulté les soldats en faction devant la grande synagogue. Rappelons enfin qu'un professeur de l'école Yavné a été frappé au couteau à la mi-novembre, tandis qu'un rabbin, son fils et un ami ont été agressés un shabbat matin de décembre en plein centre-ville, sur la Canebière. Le malfrat a écopé de 2 ans et demi d'incarcération.

Tout au long de l'année 2015, les observateurs ont été surpris par l'absence de réactions après les attentats islamistes de janvier, puis de novembre. Cependant, il est évident que Marseille « n'est pas Charlie ». Le 11 janvier 2015, la manifestation républicaine était clairsemée, et selon les témoins, aucun fils ou petit-fils d'immigrés maghrébins ne s'était déplacé. Les caricatures du journal satirique étaient et sont toujours ressenties comme blasphématoires par la plupart, sinon la totalité des musulmans. Après les tueries du 13 novembre, où les terroristes ont pourtant frappé indistinctement dans la foule, seule une poignée de 2 000 personnes a manifesté sur le Vieux-Port son soutien au peuple de Paris.

Les ghettos de la cité phocéenne sont parfois hermétiquement fermés et livrés à tous les trafics, en particulier celui de la drogue. L'errance des jeunes, dont la majorité est au chômage, est totale et les élus ont démissionné, laissant les quartiers sensibles à l'abandon.

Lorsqu'on interroge les Marseillais musulmans, ils ont le sentiment qu'il existe une discrimination de fait à leur encontre. Un « 2 poids, 2 mesures » surprenant, puisqu'ils ont l'impression que les Juifs sont indûment protégés par l'armée et pas eux, alors que les chiffres sont là : ce sont bien les actes antisémites qui montent en flèche dans l'agglomération et non les délits islamophobes.

Guil Zenou, directeur de 2 écoles juives de la métropole provençale, Yavné et Gan Ami, a d'ailleurs affirmé dans la presse, après l'agression de Benjamin Amsellem : « Le curseur en matière de haine des Juifs est très élevé chez nous ». « Cela fait des années qu’on dit aux élèves de ne pas prendre le métro avec la kippa ou de mettre une casquette dessus », a précisé Elsa Charbit, directrice de Radio JM, la fréquence juive locale.

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