France :L'anti-terrorisme en état de mort clinique

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Longtemps considéré comme excellent, l’antiterrorisme français est aujourd’hui en état de mort clinique.

L’enquête des attentats du 13 Novembre avance, mais les défauts de surveillance des auteurs, les mauvais choix opérationnels et la lourdeur du dispositif antiterroriste sont, une nouvelle fois, pointés du doigt. Un enquêteur, encore meurtri par les images des massacres du Bataclan et des terrasses parisiennes, s’exclame : « Donc, on ne fait rien ? On attend que ça recommence ? »

Antiterorisme

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L’absence totale de remise en question affichée au sein du ministère de l’intérieur et du gouvernement avec la déclaration de Manuel Valls à plusieurs reprises choque . « Je veux saluer encore une fois le travail exceptionnel de nos services de renseignement »Manuel Valls le 19 novembre, après la mort à Saint-Denis du coordonnateur probable des attentats, Abdelhamid Abaaoud – que les dits services de renseignement croyaient pourtant en Syrie.

Le sentiment d’impuissance, devant l’inéluctable progression d’une violence connue, documentée, médiatisée. Face au système actuel  qui est né d’une période où les attentats étaient autrement plus nombreux, les années 1980. L’année 2015 marque néanmoins un cap d’autant plus brutal que la France – hors Corse – avait été épargnée par le terrorisme pendant une longue période, de 1996 à 2012. Cent trente morts en plein Paris, trois commandos coordonnés, des attaques kamikazes.

Mort Parce que Juif, De 2012 à 2015, il y a l’affaire  sept morts, dont trois enfants assassinés de sang-froid , à Toulouse et Montauban , il y a les leçons tirées des failles du renseignement que le tueur a révélées, et notamment la création de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et le renforcement du renseignement territorial, il y a deux lois antiterroristes, en 2012 et 2014.

Et puis il y a le massacre de Charlie Hebdo et la prise d’otages de l’Hyper Cacher, les 7 et 9  janvier, et la loi sur le renseignement, adoptée par le Parlement en juin.

Des réformes de structure ou modifications législatives ?  certaines  se sont révélées inutiles, comme la création d’une infraction d’«  entreprise individuelle terroriste  » – n’a changé les deux piliers de la lutte antiterroriste : l’infraction d’«  association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste  » et le cumul judiciaire-renseignement au sein d’un même service.

Ces terroristes ont une stratégie de harcèlement, y compris via les menaces qu’ils laissent fuiter. "Si l’on se met à raisonner en termes de cibles potentielles d’attentat et pas en termes de réseaux, on va s’épuiser  », se défend une source proche des services de renseignement.

Dans le cadre de son rôle judiciaire, la DGSI a également été alertée sur les menaces qui visaient la France. Ainsi, Reda Hame, interpellé début août de retour de Syrie, qui assure que l’Etat islamique va viser des «  cibles faciles  », comme par exemple, «  des concerts  ». «  La DGSI a bien sûr ces éléments dans le viseur, mais comme tout le reste.

Le nombre de dossiers judiciaires antiterroristes a été multiplié par cinq entre 2013 et 2015, de 34 à 188, et le nombre de mis en examen par dix, pour atteindre plus de 230 personnes. Cela signifie des dizaines d’auditions, de gardes à vue, d’actes de procédures.

Depuis 2012, à chaque attentat, le même constat – Mohamed Merah était connu mais sa dangerosité mal évaluée, la surveillance des frères Kouachi avait été interrompue parce qu’ils ne paraissaient plus dignes d’intérêt – déclenche la même réaction politique à contretemps. Plutôt que d’encourager les services à cibler davantage, les ministres successifs poursuivent le fantasme d’un suivi exhaustif – tout en rappelant qu’il est impossible lorsque le pire se produit.

Depuis les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, c’est la création de l’état-major opérationnel de prévention du terrorisme, qui centralise sous l’autorité du ministre les informations des services, et la création du fichier des signalés pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste, qui rassemble plus de 11  000 noms. Trop pour être utile. «  Les agents passent des heures à remplir des kilomètres de fiches  », dénonce un policier.

Pourtant, dans la discrétion, la DGSI s’est donné les moyens d’un meilleur ciblage. Depuis quelques mois, la cellule «  Allat  », du nom d’une déesse syrienne préislamique, traite des objectifs de la zone irako-syrienne. Les huit principaux services français sont réunis dans une même pièce. «  Chacun amène ces objectifs, chacun apporte ses billes et peut se connecter à ses bases de données. Le travail est extrêmement opérationnel  », explique une source.

Dans le cas des attentats de Paris, la DGSE a au moins fourni un renseignement, mais trop tard pour qu’il puisse être exploitable. Lors de la surveillance d’une cible en Syrie, le service a découvert des conversations avec une femme en France. Elle est inconnue, jusqu’à début novembre, lorsque les agents se rendent compte qu’il s’agit d’une cousine d’Abdelhamid Abaaoud, Hasna Aït Boulahcen.

La DGSI est alertée et découvre ainsi, bien tardivement, l’existence de la famille française de l’une de ses cibles numéro un. Nous sommes le 12  novembre, veille des attentats. Et c’est finalement un témoin, après les attentats, qui mettra la police judiciaire sur la piste d’Hasna Aït Boulahcen et d’Abdelhamid Abaaoud – tous deux morts le 18 novembre lors de l’assaut du RAID sur un appartement de Saint-Denis.

«  La difficulté, résume une source proche du renseignement, c’est qu’il faut à la fois être sur Yassine Salhi, qui du jour au lendemain décide de décapiter son patron, et sur Abaaoud. On a 3 000 agents pour 4 000 objectifs. Et encore, à Paris et Saint-Denis, il y a parmi les auteurs des Belges et des hommes que nous n’avons même pas encore identifiés. Nous n’avons pas des structures qui ont été pensées pour un tel phénomène de masse.  »

Nathalie ZADOK

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