Artiste juive : Esther Fayant - hantise des lieux et des corps

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Esther Fayant artiste juive

Esther Fayant - hantise des lieux et des corps

A travers ses photographies intimes agencées autour de portraits, de carnets de voyage et d’intérieurs la Genevoise Esther Fayant pose la question de ce qu’on voit et dans quel véritable « spectacle » cette vision s’inclut. De telles prises fascinent par leur mélancolie impalpable, leur humour discret et leur solitude extensive et lumineuse.

Entre - par exemple le des arpents de lumière où une nimbe de couleur pâle - la photographe construit un espace cage. Les barreaux en restent élastiques toutefois afin que celle qui est saisie puisse passer à travers.

Chaque cliché reste donc béant et fermé. L'inclinaison du temps y demeure imperceptible.

La simple courbe d’un visage féminin et l’ombre qui la souligne dit combien la créatrice ne se permet pas la moindre digression, le moindre geste fantôme. Créer revient à identifier par la prise plastique quelque chose de subtil qu’il ne convient pas de détruire mais d’isoler, de retenir en une sorte d’état pur entre du désir face à la capacité de destruction du quotidien.

L’ombre se distingue du référent par ce qu’elle le fait apparent « perdre ».

Néanmoins par cet effet surgit une ostentation subtile, elle participe à la présence du corps érotisé. Elle s’y dépose sans le recouvrir par ce que le corps a perdu : sa couleur, son épaisseur, sa tactilité. Pour autant elle inclut paradoxalement un plus d’éros. Le corps devient double : dans les effets d’ombre surgit ce que l’image en sa lumière ne pourrait montrer.

Esther Fayant résout de la sorte la relation au corps dans l’altérité plutôt que dans l’identité. L’ombre devenant l’autre du corps elle permet de le pénétrer. Le principe retenu par l’artiste s’y donne comme principe de changement et de mouvement.

Dès lors l’altérité n’est plus associée à la ressemblance ou la similitude mais à la différence et la disparité. L’ombre devient l’aspect tangible de l’éros. Il montre la distance qui s’insère forcément entre le réel et sa représentation. La photographe remplace cette dernière par sa « re-présentation ».

Ce déplacement est essentiel. Il ne retranche rien. Au contraire. Il ajoute au corps sa dimension invisible.

Jean-Paul Gavard-Perret

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