Un musée, à Berlin, dédié à George Grosz, un rêve ?

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Le voeu le plus cher de Marty Grosz, le fils du peintre et dessinateur George Grosz (1893-1959) ? Qu'un jour, les oeuvres de son père puissent être rassemblées dans un musée qui lui soit dédié, à Berlin. C'est de Berlin, en effet, qu'est originaire l'artiste dont la vision violemment satirique de la société bourgeoise de son époque dérangea le régime nazi - qui ne tarda pas à répertorier son art comme "dégénéré". C'est à Berlin qu'il vécut jusqu'à son départ pour New York, en 1932, un an avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler.

Mais Marty Grosz, 79 ans, guitariste de jazz parmi les plus réputés, lui-même né à Berlin avant la fuite de sa famille et qui vit aujourd'hui à Philadelphie, n'a que peu d'espoirs de voir son rêve se réaliser avant que, pour lui, "il ne soit trop tard". Car, pour pouvoir créer ce musée consacré à son père, il faudrait que d'autres établissements, parmi les plus prestigieux au monde, commencent par lui restituer leurs toiles du maître. Ce que le Musée d'art moderne de New York (MoMA), le Musée Bridgestone de Tokyo ou le Musée d'art moderne de Vienne, entre autres, ne semblent pas prêts à faire.

Ces institutions estiment être les propriétaires légales des oeuvres du peintre qu'elles détiennent. Ces tableaux ont pourtant été vendus dans les années 1930, après avoir été pillés par le régime nazi (qui en confisqua 285 en tout, dont la plupart furent brûlés). Le galeriste juif Alfred Flechtheim, auquel Grosz avait confié, avant de partir pour les Etats-Unis, ses toiles mettant en scène de hideux spéculateurs, des officiers cyniques ou d'extravagantes prostituées, avait été obligé de s'en défaire avant de fuir à son tour. Sur les 70 oeuvres dispersées, certaines sont toujours considérées comme disparues, une trentaine se trouvent en la possession de ces musées.

"Mon père serait honoré de savoir que son oeuvre est exposée en permanence au MoMA depuis cinquante ans", explique Marty Grosz, qui, prenant appui sur l'Accord de Washington (lequel a établi, en 1998, que les oeuvres d'art confisquées par les nazis devaient être restituées à leur propriétaire), se bat depuis dix ans pour que ces travaux lui reviennent. Il envisage d'en appeler à la justice.

Le guitariste de jazz se rappelle combien, en 1952, George Grosz fut choqué de se retrouver, dans ce même MoMA, face à son portrait du poète Max Hermann Neisse, sans qu'il en ait été informé et sans qu'il ait "jamais touché un centime pour cela".

Outre la misère dans laquelle il était plongé, George Grosz avait très douloureusement vécu l'annonce de la perte de son oeuvre restée en Allemagne. D'après Ralph Jentsch, responsable de la Fondation George-Grosz, déterminée à "réparer cette injustice", il ne s'en était même jamais remis, sombrant peu à peu dans la folie et l'alcoolisme.

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