Un appel pour la mémoire des fusillés du Mont-Valérien

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Entre le 23 mars 1941 et le 12 août 1944, 1 014 Résistants et otages ont été tués au Mont-Valérien. 125 venaient de l'Ouest. Un centre d'information et une exposition leur rendront hommage.

Louis était serrurier en Bretagne. Lucien, exploitant agricole en Normandie. Marcel, garçon de café en Pays-de-Loire. Il y avait aussi des maçons, des étudiants, des marins, des ouvriers à l'arsenal de Brest, aux chantiers navals de Blainville-sur-Orne... Tous ces hommes dont on connaît peu de choses de leur vie, étaient d'abord des résistants, membres des Francs-tireurs et partisans français, du Parti communiste français, d'autres réseaux comme Confrérie Notre-Dame, ou des otages. Tous ces hommes furent exécutés par des soldats allemands dans la clairière du Mont-Valérien.

Le 15 décembre 1941 fut le plus noir de ces jours noirs : soixante-neuf hommes tués en une seule journée, dont Gabriel Péri. Le 21 février 1944, ce furent les membres de l'Affiche rouge avec, à leur tête, Manoukian. La liste débuta le 23 mars 1941 avec Hubertus Beks, un hollandais. Elle s'acheva plus de deux mois après le Débarquement en Normandie, en août 1944, avec Baptistin Pauriol, inconnu également. Le plus jeune, André Engros, n'avait pas encore 17 ans. Le plus âgé fut un otage juif, Isidore Bernheim, fusillé à 72 ans. Aucune femme n'y fut conduite.

Cinq poteaux d'exécution

Sur les hauteurs de Suresnes, à l'ouest de Paris, la clairière légérement encaissée du Mont-Valérien est restée intacte. Les héros accédaient à l'endroit fatal par un petit chemin. Les mêmes arbres? Transportés dans des camions brinquebalant, ils arrivaient de France entière, condamnés à mort par un tribunal ou désignés comme otage.

Dans la chapelle - le Mont-Valérien fut un lieu de culte avant de devenir un fort militaire en 1841 - sont conservés cinq poteaux d'exécution déchiquetés par les balles, trois cercueils en bois. Ils servaient à transporter les morts au cimetière, le plus souvent celui d'Ivry-sur-Seine. Assez loin de Suresnes afin que les corps ne soient pas rapidement retrouvés et que les tombes ne deviennent lieu de pélerinage, clandestin ou non.

Le Mont-Valérien, lieu de mémoire absolu. Des cris d'oiseaux troublent un matin de silence. À l'horizon, barres d'immeubles et fumées des villes. Devenu « Mémorial de la France combattante », après le retour du général De Gaulle au pouvoir en 1958, le Mont-Valérien honore, chaque 18 juin, ces combattants de la France libre. Aujourd'hui, le site a besoin d'un geste architectural, d'un nouvel aménagement piloté par le ministère de la Défense. Pour qu'il garde sa force, qu'il s'inscrive dans le nouveau siècle. Pour que Louis, Lucien, Marcel et tous les autres résistent au temps.

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