La France tente de garder son influence sur le dossier iranien

International - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

reunionnuc.jpgRéunion du Conseil de sécurité de l'ONU, avec l'Allemagne et des représentants iraniens, au siège des Nations unies à New York, en septembre dernier, en présence de Laurent Fabius (à gauche).

Les négociations sur le nucléaire entre l'Iran et les membres du Conseil de sécurité, plus l'Allemagne, reprennent à Genève.

C'est avec une grande prudence que la France aborde le nouveau round de négociations qui s'ouvre à Genève ce mardi entre l'Iran et le Groupe «5+1» (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne).

Partagée par la précédente Administration américaine, la position française vis-à-vis de la crise de prolifération nucléaire iranienne a longtemps été l'une des plus dures. «Courageuse et réaliste» selon les uns, «dangereuse et jusqu'au-boutiste» pour les autres, cette politique française est entrée à Genève dans une zone de turbulences. D'un côté, les ouvertures faites par le nouveau président iranien, Hassan Rohani, sont, pour la première fois, porteuses d'espoir. De l'autre, l'adoucissement de la position américaine depuis l'élection de Barack Obama affaiblit, selon certains, la voix française. «À l'instar des Iraniens qui veulent la levée des sanctions, les Américains sont pressés d'en finir avec cette histoire. Les appels à la fermeté lancés par la France ne sont plus entendus. Paris n'est plus au centre du jeu», commente une source diplomatique.

En pointe sur le dossier iranien, y compris dans le domaine du renseignement, la France conserve la possibilité d'utiliser à Genève son «pouvoir de nuisance», selon les mots d'un diplomate. Irait-elle jusqu'à bloquer un éventuel compromis avec Téhéran? La crise de prolifération nucléaire iranienne est considérée comme un dossier majeur à Paris, qu'il faut régler de façon urgente et radicale s'il le faut. À Genève, les Français attendent que les Iraniens joignent le geste à la parole. Or les autorités iraniennes ont prévenu dimanche qu'elles refuseraient d'envoyer à l'étranger leur stock d'uranium enrichi, comme l'exigeaient les puissances du groupe «5+1» lors d'une précédente offre faite à Almaty (Kazakhstan) au printemps.

    «En restant sur une ligne dure, la France court le risque d'être traitée sur le dossier iranien comme elle le fut dans l'affaire syrienne»
    Un diplomate

«En restant sur une ligne dure, la France court le risque d'être traitée sur le dossier iranien comme elle le fut dans l'affaire syrienne», prévient un diplomate. Après avoir été en pointe sur la crise, prête à envoyer sa force militaire contre Bachar el-Assad, la France a finalement été «abandonnée en rase campagne», victime collatérale de l'accord américano-russe sur le démantèlement des armes chimiques. La marginalisation s'est poursuivie à l'ONU, où la résolution votée par le Conseil de sécurité ne fait pas mention d'un recours automatique à la force en cas de non-respect par le régime syrien de ses obligations.
Jouer le jeu des négociations

À Paris, on considère aujourd'hui que les négociations de Genève sont un moyen pour la France de laver l'affront syrien et de conserver son influence sur le dossier iranien. «Si nous voulons rester dans la compétition, il faut jouer le jeu des négociations. Sinon, la partie se jouera ailleurs», estime-t-on de source diplomatique. Car la tentation existe, à Téhéran et à Washington, de vouloir régler la crise de manière bilatérale. «Se rapprocher de la position américaine permettrait à la France de sortir de l'impasse et de rester présente sur le dossier», affirme une source diplomatique.

Certains estiment au contraire qu'un relâchement des pressions occidentales vis-à-vis de Téhéran, en faisant le lit de la bombe nucléaire, provoquera une crise majeure de prolifération dans la région. De toute façon, on n'en est pas encore là. À Téhéran, Hassan Rohani, dont la mission est d'obtenir la levée des sanctions qui étranglent l'économie iranienne, n'a de libertés que celles que le guide suprême lui accorde. Les gardiens de la révolution iraniens sont contre un accord qui les marginaliserait. Les Israéliens résistent à un compromis. Et dans le camp américain, le Congrès est en embuscade contre Barack Obama.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi