Israël : leur fille est à l'armée, ils votent pour la sécurité

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familleashdod.jpgArticle paru dans "Ouest-France"

Éden, 18 ans, dans l'armée israélienne pour deux ans. Elle est avec sa mère Michaëla et son beau-père, Aaron. © Ouest-France

Les Israéliens votaient hier. Michaëla et Aaron ont choisi Benyamin Nétanyahou, le Premier ministre. Arrivés de France il y a une vingtaine d'années, ils vivent à Ashdod. Ils sont de droite, comme une majorité d'Israéliens. Une famille recomposée, deux enfants, des préoccupations sociales comme n'importe quelle famille en Europe. Mais, « ici, la sécurité fait oublier tout le reste. »

La lumière a glissé sur l'horizon. L'ombre et la fraîcheur, progressivement, ont envahi le jardin. Michaëla écrase sa cigarette dans le cendrier.

Nous sommes un vendredi, fin d'après-midi. Début de Shabbat. Vingt-cinq heures durant lesquelles « on ne crée plus ». Elle dit, sous le regard de son compagnon, Aaron : « On n'est pas des Juifs vraiment pratiquants. Juste attachés aux traditions, soft par rapport au culte. »

À Ashdod, où ils vivent, la pression des religieux est moins forte qu'à Jérusalem. C'est un port coincé entre deux mondes qui bourdonnent à des années-lumière l'un de l'autre : Tel-Aviv la trépidante, la délurée, la libérale, qui ne dort jamais, est à vingt kilomètres au nord. Et Gaza, la Palestinienne, à quarante kilomètres au sud, bouillonnante, explosive, à cran.

Michaëla Benhaïm est née il y a 45 ans, à Casablanca, au Maroc où vivent toujours ses parents. Un passage par Paris et il y a vingt-deux ans, elle s'installe en Israël. « Le rêve de la diaspora - 'l'année prochaine à Jérusalem !' - je l'ai pris au pied de la lettre. » Pareil pour Aaron Éloy, 50 ans. « Il y a vingt ans, j'en ai eu marre de vendre des salons en cuir en France. Je voulais donner un sens à ma vie ! »

À première vue, Michaëla et Aaron pourraient passer pour un couple type de la classe moyenne. Une famille recomposée avec deux enfants, Éden, 18 ans, au service militaire depuis quatre mois, et Samuel, 14 ans, lycéen. Elle, anime un mensuel gratuit, « engagé à droite », destiné à la communauté française d'Israël. Lui, gère une agence de publicité. Ils gagnent « correctement » leur vie. Mais comme la classe moyenne en Europe, ils sentent rôder le déclassement.

Israël est un pays prospère et en même temps, l'un des plus inégalitaires au monde. Des riches de plus en plus riches ; des pauvres qui représentent le cinquième de la population. Un pays dont l'économie est littéralement tenue par une vingtaine de familles. Les taxes, l'électricité qui grimpe de 30 %, les loyers impossibles, les communications mobiles qui étaient, il y a peu, trois fois plus chères qu'en France. « C'est la première fois que j'ai fait un budget pour voir ce qui est prioritaire, s'agace Michaëla. Les Israéliens sont de grands consommateurs. On vit à découvert. Je vais au supermarché, je paie en six fois. »
« Fallait éliminer les terroristes »

En réalité, la vraie inquiétude, qui peut virer à l'obsession, est bien ailleurs. « Le problème de base, corrige Aaron, c'est le spectre de la future agression. Jusqu'à la paranoïa. Les Israéliens peuvent refaire le monde aux tables des cafés mais les questions de sécurité sont prioritaires et font oublier tout le reste. »

Cette fois, Michaëla a bien failli ne pas se décider pour Benyamin Nétanyahou et le Likoud, la droite conservatrice, pour qui elle vote depuis vingt ans. « Je ne voulais pas de ce cessez-le-feu, fin novembre, à Gaza. Pas dans ces conditions. Fallait éliminer les terroristes. On est tout le temps sur le qui-vive. Dans trois mois, dans six mois, ça peut repartir. Au moindre boum, je file voir les news. »

En novembre, les roquettes du Hamas, le parti islamiste qui dirige Gaza, atteignaient Ashdod. La plupart se sont désagrégées sur le dôme de fer de la défense. « Un jour, il y en a eu trente-cinq. On a passé la journée dans le miklat. » C'est l'abri, dans un coin de la maison. Une pièce de quelques mètres carrés, en béton armé, avec porte blindée et ventilation. À l'intérieur, quelques chaises en plastique, un drapeau israélien, des masques à gaz et des seringues, en cas d'attaque chimique.

Michaëla a tremblé pour sa fille Éden, militaire affectée à la surveillance de la frontière entre Gaza et l'Égypte. « J'étais hystérique. Je me demandais : où est Éden ? Que fait-elle ? Des moments, j'avais envie de dire : rendez-moi mon bébé ! Et puis je me raisonnais. Si j'ai des droits ici, j'ai aussi des devoirs. Celui de donner mon enfant à mon pays. »

Éden aurait pu passer ses deux années de service dans le civil plutôt qu'à l'armée. « Je n'ai pas hésité. J'ai grandi dans une maison très sioniste. Je voulais faire les Renseignements. Pas pu parce que mes grands-parents maternels vivent au Maroc et c'est un pays musulman. » Éden est guetteuse sur la frontière qu'elle observe quatre heures d'affilée, sur écran. « Les yeux du pays », dit sa mère. « Il n'y a pas de solution à ce conflit », marmonne Aaron. Il y a dix ans, Michaëla rêvait qu'il n'y aurait plus d'armée quand son fils serait en âge d'y aller. Elle n'ose plus y penser.

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