Les archives nazies de Bad Arolsen bientôt ouvertes aux historiens

Antisémitisme/Racisme - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Huit Etats, dont l'Allemagne et les Etats-Unis, ont lancé mercredi à Berlin le processus prévoyant d'ouvrir aux historiens un fonds d'archives retraçant les destins tragiques de 17,5 millions de victimes du nazisme, des documents restés semi-confidentiels depuis plus de 60 ans.

L'accord, approuvé sur son principe en mai dernier par les 11 Etats (dont la France et Israël) chargés de gérer ces archives en vertu d'un traité international de 1955, doit encore être officiellement signé par la Pologne, la Belgique et les Pays-Bas, puis ratifié par certains des 11 Etats, avant d'entrer en vigueur. Ce pourrait être chose faite "peut-être à la fin de l'année", selon un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères.

"Cet accord souligne l'importance du travail de mémoire, et le fait qu'il y a encore du travail à faire" en ce domaine, a déclaré lors de la cérémonie de signature le ministre délégué allemand aux Affaires européennes, Günter Gloser. Ces 47 millions de documents, issus de la scrupuleuse rigueur administrative de l'Etat nazi et aujourd'hui entreposés sur 27 km de linéaire à Bad Arolsen (centre de l'Allemagne), n'étaient jusqu'ici consultables que dans un but "humanitaire", c'est-à-dire de manière individuelle et nominative, sur requête d'une ancienne victime ou de ses ayants-droit. Les registres des camps de concentration ou autres mandats d'arrêt établis par la Gestapo avaient en effet été rassemblés et classés après guerre dans un but très pratique : retrouver les civils déportés ou soumis au travail obligatoire par le régime hitlérien, retracer leurs parcours et, éventuellement, apporter aux anciennes victimes une preuve de leur internement, afin d'ouvrir la voie à leur indemnisation.

Encore aujourd'hui, à Bad Arolsen, plus de 300 salariés permanents continuent à traiter chaque année des dizaines de milliers de demandes individuelles, en provenance d'une soixantaine de pays. Le personnel va d'ailleurs être renforcé à partir de la mi-septembre, pour mieux satisfaire les demandes des historiens. Jusqu'à récemment plusieurs Etats, dont l'Allemagne, s'opposaient à l'ouverture au public de ces documents nominatifs, en raison du caractère particulièrement sensible de certaines des informations qu'ils contiennent, comme l'homosexualité supposée ou le handicap mental de certaines victimes de la déportation. "Nous avons trouvé un compromis entre le droit du public à connaître (l'Histoire), et le droit des victimes au respect de leur vie privée", a déclaré M. Gloser, soulignant que tous les chercheurs intéressés par un accès à Bad Arolsen devront se conformer aux règles en vigueur dans leur pays sur le respect de la vie privée des victimes encore vivantes. Reste que, pour une partie de la communauté scientifique, l'accès à Bad Arolsen revêt un intérêt limité. Plusieurs historiens spécialistes du IIIe Reich avaient indiqué en mai qu'ils n'attendaient pas beaucoup de révélations de ces archives. "C'était un peu compliqué d'avoir accès aux informations stockées à Bad Arolsen, et la plupart de ce qui s'y trouve était déjà connu", a souligné de son côté l'ambassadeur de France en Allemagne Claude Martin, mercredi lors de la cérémonie de signature. "Mais il était temps d'ouvrir ces archives et de faire place aux chercheurs", a-t-il ajouté.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi