POURIM... et la question juive par Claude Layani

Fêtes, Judaïsme - le - par .
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Pourim 5775 avec Claude Layani

 

POURIM... et la question juive.

 

 

Pourim, disent les Sages du Talmud, est avec 'Hanouka la seule fête que nous continuerons de célébrer à l'époque messianique. Affirmation étonnante !... Il est vrai que les enseignements que l'on peut tirer de cette joyeuse fête sont d'une brûlante actualité: la question juive, l'antisémitisme, le silence de D.ieu.

Le livre d'Esther nous apprend que les juifs vivaient dispersés dans les cent vingt-sept provinces de l'Empire Perse et qu'ils formaient "une nation" avec des "lois différentes de toutes les autres nations..." Des lois, une justice sociale basée sur un monothéisme absolu, une doctrine d'unité tendant vers l'harmonie entre le matériel et le spirituel, vers un monde meilleur. Etre différent. Tout cela Haman, le premier ministre du roi Assuérus et sa clique d'antisémites ne pouvaient le supporter.

On ne peut manquer de remarquer que l'histoire d'Esther décrit un moment particulier tendu de la vie des juifs en terre étrangère. Ils doivent avoir deux noms (Esther et Adassa) et deux visages, deux calendriers et deux agendas, revêtir deux sortes d'habits, manger à deux tables, tenir deux genres de discours, vivre à la limite de deux mondes. En dépit de cela, ou plutôt grâce à cela ils peuvent devenir premiers ministres, princes ou reines. Leur identité juive les élève au-dessus de la médiocrité des faux prophètes, au-dessus du narcissisme pathologique des cruels vizirs. Le choix qu'ils font de servir D.-ieu d'abord, profite tout naturellement à l'Etat, ou au monde entier. Esther ne sauve pas que son peuple : elle soustrait l'Empire perse à la domination d'Haman, l'"Hitler" amalécite, ce qui explique que nous apprenons, avec quelque surprise il est vrai, d'une part, que les habitants de Suse se joignirent aux Juifs pour célébrer le "sacre" de Mardochée (8,15) et, d'autre part, que beaucoup d'entre eux se firent juifs (8,17).

Les conditions de vie des Juifs de la Diaspora expliquent aussi la nature allusive de la théologie d'Esther. Un parallèle est possible avec l'histoire de Joseph dans la Genèse, car les ressemblances entre les deux textes sont idéologiques, et parfois même verbales. Sur le plan religieux, il y a , dans l'histoire de Joseph, une sorte d'éclipse du surnaturel. André Néher attire notre attention sur l'absence de discours divin dans le récit de Gn 37,1 à 46,2 (L'exil de la parole) A. Néher fait remarquer, à bon escient, que le lieu où se déroule l'histoire de Joseph rend toute implication directe de D.ieu inopportune. Le dialogue avec le peuple de l'Alliance ne peut se tenir que dans le pays d'Israël. En territoire étranger, le contact n'est qu'indirect: il ne s'établit que dans les rêves, par exemple, ou, à l'occasion , au hasard de la coïncidence.

L'histoire de Joseph est pourtant un bel exemple de théocentrisme. Le salut y est, en effet, l'affaire de D.ieu. Mais l'auteur du livre d'Esther va plus loin. Il évite toute mention, toute allusion à D.ieu. En d'autres termes, il existe une théologie propre au pays d'Israël et une autre destinée aux Juifs vivant en terre étrangère ; ou, plus précisément, il y a un langage pour ceux d'Eretz Israël et un autre pour ceux qui en sont absents. Cette distinction est logique, car les problèmes particuliers aux deux régions sont essentiellement différents. Celui d'Esther est de sauver les Juifs menacés de génocide. Le livre y répond en s'inspirant, non du modèle possible de l'exode d'Egypte sous la conduite de Moïse, mais de la réussite de Joseph dans sa gestion des affaires égyptiennes, lui qui est resté en pays étranger et a rendu son peuple et les Egyptiens prospères.

Bien que Pourim tombe un mois jour pour jour avant Pessah, l'auteur du récit n'établit aucun parallèle entre les deux fêtes. Il est clair que les Juifs de la Diaspora ne se sentent guère concernés par la commémoration du retour au pays, que célèbre Pessah. Le contenu de Pourim est d'ailleurs très différent de celui de Pessah . Pourim confirme l'assurance pour les Juifs de la Diaspora que collaborer avec les autorités ne signifie pas pécher contre l'identé juive. Car il est possible à Mardochée le Juif d'être le premier après les roi, et d'être en même temps aimé de la multitude de ses frères (10,3). Le récit dément l'accusation d'Haman pour qui "il n'est dans l'intérêt du roi de tolérer" les Juifs (3,8)

Le livre d'Esther est avant tout une livre sur la "question juive" et aucun document de la Bible ne fournirait un meilleur materiau. C'est pourquoi la fête de Pourim avec le récit de l'histoire des Juifs de Suse continueront à nous guider et à nous apporter quelques éléments à notre survie en terre étrangère. Un livre qui reste actuel et plein d'enseignements.

 

 

Claude Layani

 


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