SOUCCOTH, FÊTE DE NOTRE JOIE par Claude Layani

Le sens de nos fêtes juives - le - par .
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                                          SOUCCOTH, FÊTE DE NOTRE JOIE    

Après la pluie le beau temps !

Les jours austères de Roch-Hachana et de Yom Kippour sont passés, voici la fête de Souccoth, fête de la joie par excellence. La solennité dont nous saluerons l'entrée mercredi soir 29 septembre nous invite non plus à la pénitence et à la contrition mais à la joie. Et ce passage brusque, sans transition aucune de l'angoisse de Kippour à l'exaltation de Souccoth ne  doit pas nous étonner. Si en effet, notre repentir a été sincère et si les résolutions prises au cours de cette sainte journée, toute entière consacrée au jeûne et à la prière, se traduisent par un renouvellement intérieur profond, on comprend alors que la fête des  Tabernacles  soit comme la conclusion, bien mieux, le couronnement de la journée austère de Yom Kippour. Y a-t-il pour l'homme en effet un bonheur supérieur à celui de se sentir délesté de tout le poids de ses péchés et ressuscité à une vie entièrement nouvelle.

Cependant Souccoth ne nous parle pas seulement de l'allégresse de  l'âme qui revenue de ses erreurs retrouve le sens de son destin. Clôturant le cycle des fêtes de Pélérinage, elle porte dans la liturgie le nom de "zeman sim'haténou" - époque de notre joie - parce qu'elle est aussi la fête des récoltes, "hag Haassif". Elle célèbre des nourritures qui pour être terrestres n'en sont pas moins saintes au regard du judaïsme, si l'homme sait en user pour glorifier la providence divine de qui il les tient. Aussi, l'un des rites propres à cette fêtes consiste-t-il à rendre hommage à D.ieu en entonnant des psaumes de réjouissances et en agitant en tous sens un bouquet composé d'un cédrat, d'une branche de palmier, d'une branche saule et de feuilles de myrte. Ces quatre espèces sont comme les échantillons de toutes les sortes de produits de la terre, qui peuvent être soit savoureux et parfumés, soit l'un des deux seulement, soit enfin ni l'un ni l'autre. Par leur forme respective, ils symbolisent aussi le coeur, la colonne vertébrale, les lèvres et les yeux et nous invitent à exprimer notre amour de D.ieu simultanément sur le plan de la pensée, de la sensibilité et de l'action, pierre de touche de toute piété sincère. Nos Sages ont voulu voir également dans ces différents végétaux ,l'image même du genre humain ä l'intérieur duquel il est possible de distinguer quatre catégories d'individus: celle des savants qui sont en même temps des saints ; celle des hommes de science mais qui ne sont pas des modelés de vertu ; celle des ignorants qui incarnent en eux la loi morale et enfin, la plus déshéritée de toutes, la catégorie de gens qui n'ont pour eux ni intelligence, ni moralité. Et ils en tirent cet enseignement que nous sommes solidaires et responsables les uns des autres devant D.ieu, de la même façon que ces différentes plantes ne forment qu'un seul faisceau devant le Seigneur.

L'autre rite particulier de cette solennité est le séjour dans la Souccah. Sa fonction, quoique tendant au même but que celui du Loulav, poursuit un objectif assez différent, pour ne pas dire opposé. Son rôle est de nous rappeler la précarité irrémédiable de tous les biens de ce monde, et cela juste au moment où nous serions tentés de céder ä l'orgueil que leur possession nous inspire.

 

 

Comme   Moïse nous le disait dans la Torah: l'abondance engendre la sécurité et la sécurité à son tour engendre trop souvent la suffisance. Quand l’agriculteur a engrangé son blé et le vigneron vendangé son raisin, quand parés avoir tremblé si longtemps, leur sommeil redevient paisible et qu'ils peuvent contempler de leurs yeux leurs précieuses richesses, ils en viennent fréquemment à attribuer à leurs seuls efforts leur réussite et à oublier que tout ce que l'homme est, et tout ce qu'il possède est un effet de la grâce de Dieu. Qu'elle fasse défaut un seul instant et tout s'écroule dans le néant.

C'est pour nous convaincre de cette volonté fondamentale que la Bible nous prescrit, précisément à l'entrée de l'automne, d'abandonner nos demeures et de vivre pendant huit jours dans la Coucha. De cette façon, elle veut nous amener à éprouver ce qu'avaient ressenti les hébreux dans le désert où ils ne purent subsister pendant quarante ans que par l'intervention aussi constante que visible de la bonté de D.ieu Ainsi donc, c'est au sein même de la prospérité qu'il nous est demandé de faire l'expérience du dénuement.

Que chacun de nous médite la double leçon de Souccoth, qu'il s'en inspire dans sa vie quotidienne et se réalisera bientôt cette bénédiction qui revient tous les soirs à l'office "Bénis sois-Tu Eternel notre D.ieu, qui étend la Souccah de la paix sur Israël et sur le monde.

 

 

Claude Layani

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