Le don d'organes,devoir moral

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Le don d'organes, devoir moral

Introduction : le problème des dons d'organes
Extrait du livre du rav Aviner Etincelles ( reproduit avec l'autorisation de son auteur.)
Manitou et la greffe d'organes
Le don d'organes la Mitzvah par excellence
Document du Rabbinat d'Israël
Un exemple de carte de donneur américain

Le problème des dons d'organes

Le don d'organes est un problème social et moral grave. Mais il ne faut pas se mentir. Le don d'organes pose problème avant tout parce que la tendance naturelle de l'homme, l'instinct de conservation associé à la conscience de la mort qu'il porte en lui l'incitent à refuser d'évoquer sa propre fin. Aucun individu ne recherche avec prédilection les sujets de réflexion l'amenant à envisager sa maladie ou bien sa mort. Il est donc plus facile de refuser toute discussion en déclarant que les raisons de ce refus sont ailleurs, qu'elles sont éthiques, et que bien sûr, si l'éthique le permettait, on en discuterait bien, et on serait même presque prêt à songer au don d'organe. Il y a là une stratégie du mensonge inconscient qu'il convient de dévoiler: la plupart des personnes interrogées sur la question de la réception d'une greffe d'organes répondent qu'elles seraient prêtes à recevoir un organe.

Mais quant à en donner... Le problème, pour les Juifs, se double de la complexité de la Loi juive qui offre une issue de sortie rapide de la discussion : "je suis sûr que la halacha l'interdit", entend-on fréquemment. Il n'est pas non plus rare d'entendre de inepties dans ce domaine, et des personnes au demeurant honnêtes clamer que tout est clair, que la halacha l'interdit, que tel ou tel rabbin serait d'accord pour dire que c'est interdit, etc... Ne contournons pas le problème... Mais n'inventons pas non plus des réponses pour nous voiler la face et éviter la confrontation à l'image pénible de notre finitude. Que le lecteur nous pardonne le ton revendicateur de cette introduction, mais l' heure est grave, et la situation ne permet plus que l'on élude ces questions.

En 1997, Israël se vit suspendu pendant plusieurs mois de la banque d'organes internationale parce qu'il fût constaté que ce pays ne faisait que recevoir des organes sans en donner un seul. Confrontées à la gravité de la situation, les autorités israëliennes ont tenté de corriger la situation, et de transmettre l'information concernant le droit halachique de recevoir ou de donner des organes. Malheureusement, l'organisation israëlienne des dons d'organes, Adi, est encore très peu connue, et il est même difficile d'avoir ses coordonées par Bezek. Il nous a fallu une recherche patiente et acharnée pour obtenir ces coordonées, pour réunir les documents halachiques publiés par le grand rabbinat d'Israël, ainsi que le texte d'un grand maître, le rav Aviner, sur cette question vitale. Nous avons tenu pour ce dossier, à présenter aussi le texte du mouvement conservateur américain, afin de montrer que toutes les tendances du judaïsme actuel s'accordent à dire la même chose: le don d'organes n'est pas seulement permis, c'est une mitsvah.

Notre dossier est donc trilingue, et Alliance, pour ces trois langues, pour ces trois pays, vous donnent - la carte de donneur d'organes pour le centre américain des donneurs d'organes - la connection directe avec le centre français des dons d'organes par l'association adot. - la ligne directe de l'association israëlienne ADI.

 


Extrait du livre du rav Aviner Etincelles

 

 

Les impressionants progrès accomplis par la mèdecine moderne au cours des dernières décennies ont conduit les rabbins à s'interroger sur la délicate question des dons et greffes d'organes.
Parmi les nouveaux défis que doit relever l'éthique juive contemporaine, le thème des transplantations d'organes soulève un intérêt tout particulier.

La question qui se pose est la suivante: est-il possible de procéder à des dons d'organes de façon illimitée, sans transgresser la halacha, la loi juive traditionnelle ? Cette opération ne constitue-t-elle pas une profanation de la dépouille du donneur?

Les avis de nos Sages divergent sur cette question : La Tora nous enseigne que le corps humain est considéré comme le siège de l'âme. Même lorsque cette dernière se détache du corps, la dépouille mortelle conserve toujours un haut degré de sainteté. C'est pourquoi, soulignent nos décisionnaires, il est interdit de porter atteinte au corps du défunt, par exemple, en différant son inhumation. Avant toute autre considération, il est de notre devoir d'inhumer le corps dans son intégralité.

Or, si l'on prélève un organe pour le greffer sur un malade, l'inhumation du corps ne sera forcément que partielle, et nous devons attendre le décès du receveur pour considérer comme totale l'inhumation du donneur. Il s'agit là d'un problème capital qui entraîne deux questions directement liées à la famille du défunt. Selon le judaïsme, les lois relatives au deuil ne commencent à être appliquées que lorsque l'inhumation est complète. Durant le laps de temps séparant le décès de l'enterrement, les proches parents sont considérés comme "onen".

Dans cette situation douloureuse, alors que tous les organes du défunt ne sont pas enterrés avec lui, sa famille est-elle autorisée à prendre le deuil? La greffe d'organe peut donc avoir des conséquences dramatiques pour la famille du donneur. Certains de nos Sages proposent une possibilité d'abolition de ce statut de "onen" dans la condition où les proches du défunt acceptent de ne pas se préoccuper des démarches liées à l'inhumation, et donnent aux pompes funèbres les pleins pouvoirs pour déterminer le processus des obsèques. dans ce cas, la famille pourrait prendre le deuil, sans se soucier de l'état de la dépouille mortelle, ni des préparatifs de l'inhumation. Il en est de même dans le cas où des organes seraient remis à un hôpital dans le but d'être transplantés ultérieurement. Mais d'autres problèmes peuvent se poser.

En effet, selon la tradition, un Cohen n'a pas droit d'entrer en contact avec un mort, exception faite pour les membres de sa proche famille. Cependant, s'il manque à leur dépouille des organes vitaux, cette autorisation perd son effet. La seule et véritable réponse à toutes ces questions d'éthique et de religion réside en deux mots "Pikouah Nefesh", le devoir de porter assistance à toute personne en danger de mort. Nous savons que la Tora autorise et ordonne la transgression de tous les interdits religieux hormis l'idolâtrie, la débauche et le meurtre, pour sauver une personne en danger de mort. Sauf en ce qui concerne ces trois exceptions, la transgression des interdits est pour chacun de nous une véritable mitzva. Pourtant, l'un des plus célèbres décisionnaires des derniers siècles, Rabbi Yehezkel Landau, connu pour ses responsables.


"Noda Biyehouda", précise que la transgression destinée à sauver un être humain de la mort n'était acceptable que dans la cas où le danger serait imminent, et se déroulerait sous nos yeux, comme dans le cas d'une noyade durant le shabbat. Mais si la personne en danger n'était pas en contact direct et immédiat avec nous, tous les interdits doivent être respectés.
Néanmoins, comme l'a souligné l'un des maîtres les plus éminents de la précédentes génération, le Haon Ish, les circonstances ont changé. De nos jours, il n'y a pas de différence entre un malade se trouvant parmi nous et une personne géographiquement plus éloignée. Un seul critère demeure déterminant: la fréquence du cas. Et le cas de malades en danger de mort, vivant dans de grandes souffrances en attente d'une greffe salvatrice ne manquent pas.

A notre époque où l'information circule à très grande vitesse et où les greffes d'organes sont de plus en plus répandues, il y a toujours quelque part une personne dont la vie dépend d'une transplantation. Il est très facile aujourd'hui d'obtenir immédiatement les informations nécessaires et de trouver un receveur pour les organes disponibles. Cependant, une question demeure: pouvons-nous évoquer l'argument de "Pikouah Nefesh" pour une greffe de la cornée, particulièremet répandue, puisqu'il va sans dire que la cécité n'entraîne pas la mort? Les greffes de peau posent elles aussi un problème, car d'une manière générale, la peau recueillie n'est pas immédiatement utilisée, mais plutôt déposée dans une banque de peau, et sera d'un précieux secours en cas de brûlures graves. La cornée et la peau constituent en fait deux exceptions pour lesquelles des solutions alternatives ont été trouvées, qui ne sont d'ailleurs guère éloignées du concept fondamental de "pikouah Nefesh", car à certains égards, une personne frappée de cécité est considérée comme morte.

A propos de "Nivoul Hamet", ou dégradation de la dépouille mortelle, plusieurs Sages ont souligné, preuves à l'appui, que l'utilisation d'un organe vital pour sauvegarder une vie humaine est un objectif noble entre tous et ne doit pas être considérée comme une profanation du corps. Il s'agit au contraire, d'un acte particulièrement méritoire, surtout dans le cas où le défunt aurait, de son vivant, donné son plein accord au prélévement de ses oragnes pour sauver d'autres vies. D'autres autorités rabbiniques précisent que la Tora n'a interdit qu'une seule utilisation du mort, celle qui consiste à faire du corps humain un usage purement pratique.

L'exemple le plus horrible mais aussi, malheureusement, le plus concret, est celui des nazis, qui employaient la peau de leurs victimes pour en faire des tambours ou des abat-jours. Sans aucune comparaison possible, l'utiliation de la peau pour une greffe est un acte totalement dénué de profit matériel, et permet simplement d'épargner des vies humaines. L'un de nos Sages a donné un argument brillant en faveur de la greffe d'organe: une greffe réussie redonne vie, d'une certaine manière, aux cellules d'un membre transplanté. Il devient alors superflu d'évoquer l'utilisation d'un mort. Cette remarque pertinente résoud également le problème de la dégradation infligée à la dépouille mortelle.

En effet, s'il y a "résurrection" de ces organes, on ne peut plus parler de dégradation. Il est donc clair que celui qui sauve une vie grâce à une greffe d'organe accomplit l'un des plus importants commandements de la Tora, même si cet acte ne doit pas être perçu comme une obligation. Toutefois, ce principe capital repose sur deux hypothèses de base: la première est que la greffe ne mette pas en danger la vie du receveur. Cette précision est nécessaire, car elle nous permet d'exclure toutes les greffes expérimentales. La seconde nous oblige à nous pencher sur l'un des grands problèmes de l'éthique médicale: la définition précise de la mort. Sur ce point, les avis de nos Sages sont partagés. Si certains estiment que seul l'arrêt du coeur permet de constater le décès, d'autres acceptent le concept de mort cérébrale, déterminé par l'absence d'activité du cerveau et du cervelet.

Il y a quelques années, le Grand rabbinat d'Israël a officiellement adopté cette seconde position. Nous ne pouvons éviter d'évoquer une toute dernière question, d'ordre mystique cette fois, concernant l'époque de la résurrection des morts. le défunt, généreux donateur de ses organes, ressucitera-t-il avec eux? Cette surprenante question est déjà soulevée par le Talmud dans le Traité Sanhedrin (chap.11). Les Sages affirment que les morts ressuciteront avec leurs maux et leurs défauts corporels, et qu'ils guériront de façon immédiate. On nous précise également qu'ils réssuciteront avec leurs vêtements et seront, de plus, dotés d'un vêtement de lumière spécial, tissé des bonnes actions qu'il auront accomplies ici-bas. Il va sans dire que celui qui, grâce à un don d'organe, aura permis de sauver une vie humaine sera gratifié d'un vêtement bien plus lumineux encore!

Rav Aviner


 

Manitou et la greffe d'organes Manitou, Léon Ashkénazi, était un maître très affairé. Nous avions eu plusieurs discusions concernant la greffe d'organes et en particulier concernant la greffe cardiaque. Son projet avait été d'organiser une émission télévisée ou radio-diffusée sur le sujet.

Pour lui, la définition de la mort du corps ne posait aucun problème dans sa forme actuelle passant par la mort cérébrale. En effet, expliquait-il, la mort selon la halakha, se définit par l'arrêt du souffle, de la "neshima". On entend d'ailleurs la parenté linguistique entre la neshima, le souffle, et la neshama, l'âme. C'est simple, disait-il, lorsque la neshima cesse, c'est que l'âme a quitté le corps. Dès lors, puisqu'un corps dont le cerveau est mort va devoir être placé sous assistance respiratoire, puisqu'l ne peut plus respirer de plui-même, c'est le signe que l'âme est partie.

Ce qui reste n'est plus qu'un "kéli", un récipient vide, et il serait idolâtre de lui donner une importance excessive, face à la nécessité de sauver une vie. On doit tout faire pour sauver une vie, disait-il, pour respecter le pikouah nefesh. Manitou n'eut pas le temps de faire cette émission, car il dut très vite s'occupper de sa propre santé, et il nous quitta bientôt. Mais cet enseignement nous est resté, car la lumière des Sages brille après eux.

Yona Dureau

La carte  de donneur américain

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Document du Rabbinat d' Israël 

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