Théâtre : interview de Steve Suissa pour le journal d'Anne Frank par Laurent Bartoleschi

Coup de théâtre - le - par .
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francoise.jpgAu Théâtre Rive Gauche, Steve Suissa met en scène Le Journal d'Anne Frank d'Eric-Emmanuel Schmitt accompagné d'une distribution réunie plus qu’investie: de Francis Huster, Charlotte Kady à Odile Cohen, sans oublier évidemment la présence déchirante de vérité de la jeune actrice Roxane Duran (aperçue déjà dans le Ruban Blanc, de Michael Hanneke) dans le rôle d’Anne. Sa direction d’acteur est à la fois précise et atypique, il nous en parle.

L.B: Votre pièce, si je peux me permettre, n'est pas du théâtre, mais "une pièce cinématographique". On a comme l'impression de voir un film: ses tableaux, ses séquences (courtes) accompagnées généralement de fondus au noir, et surtout des flashs back. Un choix judicieux de la part d'un metteur en scène de cinéma?

S.S: Pour être honnête, je fais du théâtre comme j'aimerais en voir plus souvent, comme par exemple une pièce comme celle là, où l'on a le sentiment, en regardant cette Annexe décorée avec soin, agrémentée de couleurs d'époque, de revivre un moment de l'Histoire, avec ces trois familles cachées. 

A chaque fois, pour mes pièces, j'essaie d'y mettre des dimensions, ni ennuyeuses, ni pompeuses, alors pour cela, on fait appel en effet, à des sons, des jeux de lumière, de la musique et des images qui ressemblent à des tableaux. 

Pour la nouvelle génération, ou pour les gens qui y vont peu au théâtre, que ce tout leur donne envie.

L.B: De même, que pour les comédiens, on a le sentiment qu'ils ne jouent pas mais qu'ils vivent leurs personnages.

S.S: Oui, ma façon de travailler et de diriger les acteurs, c'est de leur demander de vivre leurssuissa.jpg personnages, avec ce qu'ils sont eux, de les comprendre et de les aimer. Surtout de ne jamais les fabriquer et/ou de les interpréter, se cacher derrière un costume et des mots, ça n'est pas mon choix de mise en scène; sur scène, je trouve que l'on peut se permettre des choses que l'on n'ose pas dans la vie, c'est-à-dire être vrai. Pour moi, un acteur formidable n'est autre qu'un acteur 100% lui: il va prendre un personnage et le vivre. Mon travail avec les acteurs consiste donc à enlever tous les artifices et d'être dans une vérité et une sincérité des plus totales.

L.B: Pour interpréter Otto Frank, le choix de Francis Huster était plus qu'une évidence?

S.S: Francis Huster tenait beaucoup à jouer ce rôle, depuis qu'Eric Emmanuel Schmitt avait écrit ce projet. Comme Otto Frank, Francis a deux filles, et comme Otto Frank, sa famille a péri dans les camps de concentration. Alors, oui je pense que Francis Huster tient ici Le rôle de sa vie; en tout et par dessus tout, c'est un rendez vous très important pour sa carrière.

L.B: Aujourd'hui comment pourrait on qualifier le Journal d'Anne Frank?

S.S: C'est un récit profondément humain, digne et courageux, les personnages ne sont pas des victimes, ils se battent avec leur Vie; la plupart des gens qui viennent voir la pièce ont un à priori: ils ont peur que cette pièce soit triste, alors qu'au contraire, ils ressortent avec une leçon de vie, et ils ont le sentiment qu'il s'agit d'une œuvre nécessaire, quelque chose d'incontournable en tous les cas.

L.B: Dans cette dernière et sublime scène (ou séquence), où Otto redonne à sa secrétaire (Miep Gies) le journal intime de sa fille, on peut dire qu'il s'agit du début de la transition…

S.S: Exactement! Mais ce qu'il faut se dire, c'est que la pièce toute entière n'est qu'une transmission. Là, où je suis très fier de moi, c'est lorsque je vois pleins d'enfants dans la salle, accompagnés de leurs parents, de leurs grands parents. Les valeurs ne doivent jamais se perdre. Et à petite échelle, on a le sentiment de remplir notre devoir. Ce qui est très beau dans cette histoire, c'est celle de l'Amour entre une fille et son papa, et la quête de ce dernier sera justement de faire maintenir en vie ce journal. C'est pour cette raison qu'il faut qu'un maximum d'enfants lise ce livre.

Enfin, Steve Suissa nous révèle en mot de conclusion que les chaines de télévision demeurent tres "demandeuses" à ce qu'il mette en scène lui-même un film tiré de la pièce pour la télévision. Affaire à suivre donc



Laurent Bartoleschi

 

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