Au Théâtre Edouard VII, à la « séance » de 19h00, la contradiction est reine.MOI JE CROIS PAS ! 2012 de Jean-Claude Grumberg

Coup de théâtre - le - par .
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MOI_2.jpgJean Claude Grumberg pour la pièce moi "Je crois pas "au théatre EDOUARD VII

 

Au cours d’une soirée complètement quelconque, un couple de sexagénaires, bien consommé, ne font que se contredire : l’un dit "moi, j’crois", tandis que, l’autre n’y croit pas ! 

 

Plusieurs thèmes surviennent : du problème des fayots, de la jalousie, en passant par les attentats du 11 septembre (ou 11 novembre…), ou les soucis des nationalités de leurs voisins,… Mais, lorsqu’il n’y a plus rien à se dire, que faire?  Allumer la télévision ? 

Bref, au Théâtre Edouard VII, à la « séance » de 19h00, la contradiction est reine. Ecrit à la perfection par un Jean Claude Grumberg au plus haut de sa forme, et mise en scène par Charles Tordjman, la pièce nous offre 70 minutes d’absurdité et de finesse. Le couple prodigieux que forment Catherine Hiegl et Pierre Arditi est tout simplement irrésistible. On a l’impression qu’ils se connaissent depuis si longtemps. D'ailleurs Jean Claude Grumberg nous en parle:

Jean C. Grumberg: Il ne faut pas voir cette pièce comme une démonstration de la misogynie ! C'est un couple poussé à l'extrême certes, avec tous leurs défauts ; lui de l'homme, elle de la femme et cela devient un jeu. 

Ce n'est pas non plus un reportage. Cette pièce est une caricature de la vie de couple. La discussion est une sorte de ciment : c'est en s'opposant et en se permettant de tout se dire que les couples s'établissent, peuvent prospérer et durer. Les couples qui se marient et qu'au bout de 3 ou 7ans divorcent -très tendance de nos jours- n’ont rien compris ! Ils ne supportent pas que l'un soit comme ci et que l'autre soit comme ça. Ils ne supportent plus les conflits, or dans un couple s'il n'y a pas de conflit il n'y a pas de relation.

L.B: Pourquoi avoir préféré laisser dire le « je n’crois pas » à l’homme ? Et vice versa.

J.C.G: C'est une écriture inconsciente. J'avais déjà écrit des « ça va ». Le fait que lui, dise régulièrement « moi j'crois pas », lui permet à elle, de dire « moi je crois » et c'est du coup ce dernier qui apporte la querelle indispensable au sein de leur discussion. Mais, en analysant bien les choses, on peut s'apercevoir qu'ils disent profondément tous les deux à peu près la même chose. Donc, Il a besoin d'elle, parce que sinon son argument ne sert à rien.

L.B: Troisième personnage récurant dans la pièce, la télévision. Serait-elle porteuse de tout conflit chez le couple, ou plutôt permet-elle de l’assainir ?

J.C.G: La télévision absorbe la vie des gens: avec elle, on a plus besoin de voyager, de se cultiver. Ce qui devrait être une source de joie de connaissance et de révélation du monde et de questionnements est devenue une boite à bêtises. Ce qui est terrible avec cet instrument est qu’il arrive à mettre en contradiction des gens qui se croyaient convaincus par ce qu'ils pensaient. 

Et voilà que cette boite renverse la donne ! C’est grave, non ? C'est un meuble qui est devenu le meuble principal dans la plupart des foyers, mais qui serait comme un garde manger que l’on ne remplierait pas. C'est à dire que ce seraient les autres qui le remplieraient. Et du coup, vous mangerez ce qu'il y a dedans et quelques fois ça ne serait pas très frais. (Rires)

L.B: Vous qui avez écrit des textes pour enfants, on a comme l'impression que le duo Catherine Hiégel et Pierre Arditi est assez enfantin, où seuls les conversations sont adultes.  

J.C.G: Absolument ! Au départ les « ça va » étaient écrits pour des enfants. Vous allez vous rendre compte qu’en vieillissant, vous vous sentirez redevenir comme un enfant. Ce qui est jouissif pour les comédiens au théâtre, c'est justement de se servir de cette part d'enfance (qu'ils ont obligatoirement en eux) puisqu'ils "jouent"; ceci dit, je connais des garçons de café ou des ministres qui jouent leur métier, comme si de manière extraordinaire l'esprit de sérieux disparaissait. 

Donc, en effet, c'est agréable d'écrire comme on écrit pour les enfants, d'ailleurs, c'est la même rapidité et la même justesse du dialogue qui crée l'action. C’est cet échange qui crée l'action et c'est cette action qui fait théâtre.

L.B: Et D.ieu dans tout ça? Le Très Haut, comme le nomme régulièrement Pierre Arditi…

J.C.G: Personnellement, je milite pour la non foi. Le « moi j’crois pas » était aussi une profession de foi, c'est-à-dire utiliser cette idée de peur du retour du religieux dans tous les domaines et tous les sens. Ça me paraissait trop beau tout ça. En somme le « moi j’crois pas » n'est pas innocent! Maintenant, S'il y avait un D.ieu, il aurait été vachement vicelard avec mon frère et moi dans les années 1940, il nous a mis dans une sale situation: tous seuls sans parents. De plus nous étions dans un milieu juif communiste où l'idée de D.ieu n'avait aucunement sa place. Et je peux dire que « moi j’crois » en ce que je vois !

MOI JE CROIS PAS ! 2012 de Jean-Claude Grumberg. Mise en scène Charles Tordjman

REPRÉSENTATIONS Du mardi au vendredi à 19h

PRIX DES PLACES 33, 29, 25 et 20 €

ADRESSE 10 place Édouard VII, Paris 9ème

LOCATION 01 47 42 59 92

 

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