Film israèlien d'Eytan Fox : Yossi, Interview exclusif par Laurent Bartoleshi pour Alliance

Chronique Cinéma - le - par .
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Yossi-eytanox-Alliance.jpgOn l'attendait, le dernier film d'Eytan Fox! Après The Bubble sorti en 200, le réalisateur revient avec l'histoire d'un homme, Yossi, qui vit seul sa trentaine à Tel Aviv, assumant mal sa sexualité, trouvant dans son métier de cardiologue une échappatoire à ses déboires amoureux. 

Lors d’un voyage dans le sud du pays, (à la base pour le Sinaï) il rencontre un groupe de jeunes militaires l'entraineront à Eilat et, parmi eux, un jeune homme, Tom, qui lui fera retrouver le goût de vivre. 

Un nouveau départ. Eytan Fox relate à travers Yossi la difficulté d’assumer l’homosexualité au sein de l’armée israélienne. Il résume ainsi son film :

 "Il n’est jamais trop tard pour commencer une vie. Il faut d’abord comprendre ce que vous avez besoin de changer, puis faire preuve de courage et travailler à vous aimer vous-même."

 

 

L.B: Pourquoi avoir attendu dix ans pour réaliser la suite de votre premier long métrage Yossi et Jagger?

 

Eytan Fox: J’ai voulu faire une suite puisque beaucoup de gens me l’ont demandé de ce qu’advenait Yossi à la mort de Jagger Mais, avant de répondre à votre question, il est important de savoir que ce film reste complètement indépendant ; qu'il ne nécessite pas d’avoir vu "Yossi et Jagger" pour comprendre mon nouveau film. On a travaillé très dur justement pour que le film soit destiné à tout le public. Yossi, qui a fait, les critiques présents à l’ouverture du festival du film de Tribeca, parlaient essentiellement du film sans mentionner "Yossi et Jagger" du coup, j’ai compris que mon souhait à faire ce film indépendamment au précédent était une réussite. Cependant, revenir sur cette histoire, c'est un peu comme si l'on retrouvait des anciennes photos. On garde toujours une relation avec ce passé; pouvoir revenir sur le personnage de Yossi, était comme revenir sur mon devenir.

 

 

L.B: Le point commun avec tous vos films reste la rencontre inattendue, n'est ce pas?

 

E.F: Absolument, oui! Les relations entre les hommes sont ce qu’il y a de plus importants dans ma vie pour moi ; c’est pour cette raison que j’aime traiter ce sujet dans mes films. Vous savez lorsque l’on rencontre une nouvelle personne complètement différente de nous même, peut être que cela peut aboutir vers de nouvelles perspectives ; tout comme ma relation avec le public en tant que réalisateur ; je suis comme un étranger pour eux lorsqu’il décide d’aller voir mes films et que grâce à mes films, je peux changer leurs perceptions du monde ; j’en ai un très bon exemple personnel : j’étais présent lors de l’avant première de tu marcheras sur l’eau en 2004 à Paris où des étudiants de la Sorbonne (très hostiles à Israël). A la fin de la projection, j’ai senti comme un changement d’atmosphère dans la salle, en particulier lors de l’échange avec le public ; un jeune homme est venu me voir en me disant ouvertement qu’il avait une appréhension envers mon pays, puis en voyant le film, j’ai réalisé qu’il y avait de bonnes personnes, comme ces gens qui se battent pour les droits de l’homme, pour la paix. Sur cela, je peux dire que j’étais assez fier de moi. C’est exactement ce qu’il se passe dans yossi: on remarquera le changement latent. Tom va aider Yossi à prendre un nouvel envol, les deux hommes que tout oppose ont pourtant des parcours quasi identiques (soldat et homosexuel), et pourtant leur univers personnalité est particulièrement différent, mais l’un va essayer de changer l’autre. L’inverse de l’éducation où c’est le plus âgé qui apprend au plus jeune.

 

L.B: Pourquoi avoir choisi Keren ann pour interpréter cette chanson à l'hôtel?

 

 

 

E.F: C'est vrai qu'au début, j'avais plutôt pensé à des chanteurs, mais au fil de l'écriture du film je trouvais que ça ferait trop masculin pour le film. Je pense surtout que j'avais besoin d'une tendresse féminine. Qu'une femme vienne interpréter cette chanson typique des années 1970 permet d'apaiser la souffrance de Yossi. La chaleur de la femme reste unique à part entière; je voulais que ce soit Keren Ann, car je l'admire beaucoup, d'autant plus qu'il s'agit d'une très bonne amie. Et puis le fait de son expérience et d'être de plusieurs nationalités dont israélienne permet de montrer ma volonté de me dire que veux dire pour moi aujourd'hui d'être israélien?

 

L.B: Ohad Knoller, votre acteur fétiche, a eu du mal à prendre du poids, pour ce rôle; un peu à la Robert de Niro, finalement?

 

E.F: En réalité Ohad, pour ne rien vous cacher, n'a pas pris réellement de poids pour le film; il s'était un peu laisser aller ses derniers temps. Oui, nous réalisateurs on a l'habitude de dire aux acteurs de faire du sport, de prendre du poids,… pour s'intégrer un rôle, ici je lui ai conseillé de ne pas se priver sur la nourriture. Il a bien respecté cela! J'adore cet acteur!


L.B: Gros débat en France, actuellement, comment est perçu l'homosexualité en Israël?

 

E.F: Aujourd'hui la situation a quelque peu changé en Israël: Tel Aviv est considéré comme le paradis pour les homosexuels. Ils viennent des quatre coins du monde, de Sidney à Ibiza, de San Francisco à New York. Je suis très content d'avoir participé à ce changement. Le monde où j'ai grandi disait qu'il fallait être soldat, très viril, et très "sage" sexuellement, hétérosexuel. Aujourd'hui, Tel Aviv est une ville tolérante. Du coup, l'influence se décalque sur plusieurs autres villes. La nouvelle mode d'ailleurs, sont ces couples homosexuels qui se retrouvent parents d'enfants; même moi, je me sens en décalage avec ça, mais j'ai un sentiment de fierté. Mais pour revenir à votre question, comme vous le savez, en Israël, on ne peut pas se marier civilement mais que religieusement; aussi, pour ces couples homosexuels, une fois mariés en dehors du pays, ils sont enregistrés automatiquement dans l'état civil en tant que mariés. C'est toute cette diversité qui fait qu'Israël est un si beau pays libre!

 

 

Laurent Bartoleschi

 

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