L'émouvante quête des origines de Jean-François Derec

Artistes - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

derec-1.gifArticle paru dans "LE MONDE"

Voir article sur son spectacle
En ouverture de son "seul en scène", Le jour où j'ai appris que j'étais juif, Jean-François Derec prévient : le couvre-chef rouge - son attribut burlesque depuis des années, équivalent du nez de clown - peut suggérer une enfilade de gags, mais qu'on ne se méprenne pas, il n'en sera rien.

La transposition scénique de son récit éponyme paru en 2007 (éd. Denoël) est une pièce autobiographique, intime donc. Elle est tragique, avec l'ombre portée de la Shoah et les fantômes de disparus, mais aussi très drôle. Car l'homme est bel et bien un humoriste, capable d'allier cocasserie et émotion, raccourci comique et gravité.

Comme le titre l'indique, le thème central est la découverte tardive de sa judéité et de ses origines familiales. C'était à 10 ans, à Grenoble, époque gaullienne, le Parti communiste à 25 %, à l'âge des premiers émois. La petite Christine lui propose un marché : "Je te montre mes seins si tu me le fais voir. - Euh... - Tu veux pas me le faire voir parce que tu es juif, il est coupé en deux." Première énigme à tiroirs. Le garçonnet consulte le Larousse médical et s'interroge sur ce mot : "juif". "Ça n'avait pas l'air d'être une bonne nouvelle."

Des juifs, il ne connaît que les préjugés colportés par Gégé en cour de récréation. La langue polonaise parlée par ses parents pour se dire, croit-il, des "cochoncetés", il n'y comprend rien. De fait, par ignorance, il affabule. Le petit Derec, un frère et une soeur, grandit au sein d'une maison repliée sur ses secrets, où règne la tendresse, où l'engueulade est la figure de style dominante des conversations, mais où le passé est tabou. Pas de cousins, nulle cousine, ni grands-pères, ni grands-mères. "Mon rêve de gosse ? Un oncle."

NORMALITÉ PASSE-PARTOUT

Il convient d'enquêter. Pas simple, dans un foyer où "le devoir d'amnésie s'imposait". Ses parents polonais ont immigré en France dans les années 1930, le père était un grand champion d'échecs. "Polonais, il a fait la guerre contre les Russes. Français, contre les Allemands." Le spécialiste de l'échiquier est devenu ingénieur, feuilleteur de journaux aux côtés d'une épouse prompte à percevoir "le côté catastrophique des réussites", obsédée de normalité passe-partout. Son rêve, communiqué à ses enfants sur le mode litanique du "comme il faut", est de ressembler à tout prix aux Français moyens. "A côté de ma mère, Marthe Villalonga était une autiste."

Plus tard, à Paris, l'adulte Jean-François Derec découvre les séfarades, s'initie à la culture juive, les fêtes et les rituels, inquiet à l'idée de commettre une bévue. Premier pas à la synagogue, première kippa, première cérémonie...

En parallèle, il poursuit la reconstitution progressive d'une identité coupée en deux - passant de Derechinski à Derec. Sa quête familiale à l'aide de maigres photos le conduira jusqu'au ghetto de Lodz, en Pologne. Poignant.

Le jour où j'ai appris que j'étais juif de et par Jean-François Derec, mise en scène Roger Louret. Théâtre du Gymnase, 38, bd Bonne-Nouvelle, 75010 Paris. M° Bonne-Nouvelle. Du mardi au samedi à 20 heures. 18 à 22 €. Jusqu'au 28 mars.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi