
patrick_drahi_ l'israelien le plus riche d'israel
Il a beau être un Israélien de fraîche date, il les a tous coiffés au poteau. Pour la seconde année consécutive, Patrick Drahi est dans le classement annuel du magazine Forbes l'homme le plus riche d'Israël, avec un patrimoine évalué à 60 milliards de shekels, soit 14 milliards d'euros selon le dernier taux de change. Ce qui le met loin devant le numéro deux de la liste, Eyal Ofer, le magnat du fret maritime et de l'immobilier, qui fut longtemps, avec sa famille, l'homme le plus riche du pays. Et ce n'est pas tout : en un an, l'homme d'affaires franco-israélien a vu sa fortune augmenter de 25 milliards de shekels, près de 5,7 milliards d'euros.
Pourtant, en 2009, lorsqu'il rachète le câblo-opérateur israélien Hot, rien n'est joué. Mais avec sa méthode radicale – réduction des coûts, dégraissage du personnel, et modernisation des objectifs –, il en fait une entreprise qui va révolutionner le quotidien du consommateur israélien avec le « Triple Pay », des offres comprenant l'Internet, la télévision et la téléphonie fixe. Par ailleurs, sur le plan de la téléphonie mobile, avec son concurrent direct, Michael Golan, le créateur et PDG de Golan telecom, il bouscule le marché alors tenu par trois groupes qui faisaient la pluie et le beau temps, et finit par casser les prix. Résultat, aujourd'hui, Hot Mobile affiche plus de 600 000 abonnés.
Le prestige et l'ego
Malgré sa discrétion légendaire – pratiquement pas d'interviews et peu d'apparitions en public –, il a fini par avoir toute sa place dans les grands journaux économiques du pays.
Et pas seulement parce qu'il est l'Israélien le plus riche du pays. Sa deuxième acquisition en quelques mois dans le câble américain, qui fait de sa société Altice le quatrième câblo-opérateur aux États-Unis, a fait les gros titres. Certains parlant même d'une quasi-victoire israélienne. Les experts suivent de près le développement de son empire médiatique en France. Et, dans ce contexte, les médias locaux rendent compte régulièrement de ce qui touche, de près ou de loin, i24news, sa chaîne d'info en français, anglais et arabe – qu'il a créée et finance quasi intégralement, à perte.
Drahi voudrait qu'elle soit diffusée en Israël, ce qui n'est pas le cas en raison de la loi anti-trust qui interdit à un câblo-opérateur de diriger une station de télévision. Il a demandé au Premier ministre Benjamin Netanyahu d'intervenir en sa faveur, jusqu'à présent sans succès. La loi est la loi.
Quelle mission a-t-il confié à I24news ? S'agit-il d'en faire un organe de propagande destiné à changer le discours sur Israël dans les médias, en étant comme ne cesse de l'affirmer son PDG, Franck Melloul, une alternative à Al Jazeera ?
Mais aussi un instrument de défense de la politique israélienne que Netanyahu et son gouvernement pourraient intégrer dans un nouveau bouquet de chaînes en cas de changement de la loi anti-trust, afin de concurrencer les deux grandes chaînes commerciales, 2 et 10, considérées comme trop critiques par le Premier ministre ?
Posséder des médias lui ouvre les portes des politiques
À moins – comme certains l'affirment en Israël – qu'i24news ait été un révélateur pour Drahi. Posséder des médias lui ouvre les portes des politiques.
En avril dernier, Globes, le grand quotidien économique israélien écrivait : « Drahi a plus d'un opposant en Israël et en France… Certains d'entre eux nous ont déclaré que le principal objectif, notamment dans l'acquisition d'un journal en perte de vitesse comme Libération, était le même que beaucoup d'autres magnats des finances qui s'intéressent soudainement au monde des médias : le prestige et l'ego.
Drahi aime ses rencontres fréquentes avec les politiques et les portes que cela lui ouvre… » Et le journal de rapporter cette anecdote : en janvier dernier, à Paris, lors de leur marche contre le terrorisme, les dirigeants présents, y compris monsieur Netanyahu, ont pu voir, sur le parcours, un poster géant faisant la promotion d'i24news. La chaîne israélienne sera-t-elle intégrée au grand pool médias, presse et télé mis sur pied par Drahi en France ?
Fausses notes
Mais le premier des tycoons israéliens fait aussi le buzz avec des fausses notes. La politique de prix bas compensée par des réductions draconiennes des budgets de fonctionnement et de service chez Hot Mobile, ont engendré des licenciements importants qui ont poussé les employés à protester contre leurs salaires et leurs conditions de travail.
Pour les abonnés, cela a surtout signifié un service-client exécrable qui en a fait fuir plus d'un. Mais aujourd'hui, les choses semblent en partie apaisées.
Et puis, en début de semaine, la presse israélienne a révélé que Hot allait verser 320 000 euros à France Télévisions pour la diffusion en 2012 des programmes de France 2, France 3 et France 5. En 2006, le câblodistributeur avait conclu un accord pour la diffusion par abonnement de France 2.
La somme devait couvrir les divers droits d'auteurs des films et programmes de la chaîne française. En 2012, l'accord a été élargi aux autres chaînes de France Télévisions. Le montant va donc couvrir la dette de Hot pour l'année 2012.
Devant les tribunaux, la discussion continue pour 3,1 millions de shekels – plus de 700 000 euros – réclamés par France Télévisions pour les années suivantes.
Drahi investit dans l'immobilier
À la tête des dix Israéliens les plus riches, Patrick Drahi va-t-il finir par privilégier sa résidence à Tel-Aviv à celle de Paris ou Genève ?
Au-delà de son appartement dans une luxueuse tour de la métropole économique et culturelle d'Israël, Patrick Drahi s'est lancé dans l'immobilier en rachetant à un homme d'affaires américain, pour la bagatelle de 130 millions de shekels avant TVA (29 600 000 euros), un site à Tel-Aviv dont certains bâtiments sont classés monuments historiques et donc soumis à la loi sur la préservation du patrimoine.
En revanche, d'autres sont promis à la démolition et devraient être remplacés par un complexe résidentiel, Un projet de 40 à 70 appartements, avec vue sur la « grande bleue ».
Simple diversification ou goût de plus en plus affirmé pour son deuxième pays ? L'an passé, son représentant en Israël, Patrice Giami, confiait au journal Le Monde, à propos de l'itinéraire de son patron : « S'implanter ici était initialement une décision très rationnelle en rapport avec une opportunité industrielle. Puis est venu un intérêt, un attachement beaucoup plus sentimental pour ce pays, son état d'esprit et le projet qu'il incarne… »
Source Le Point