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C'est avec un grand plaisir partagé que Géraldine Nakache et sa complice Leïla Bekhti ont accepté de répondre à nos questions à l'occasion de la sortie de Tout ce qui brille, premier film coréalisé avec Hervé Mimran.
Laurent Bartoleschi: Quelle serait la part d'autobiographie dans Tout ce qui brille? La banlieue?
Géraldine Nakache : Tout ce qui brille est avant tout une belle histoire d'amitié qui se passe en banlieue; cette dernière n'étant qu'une toile de fond. J'avais envie, avec Hérvé Mimran, de raconter cette histoire de ces deux filles qui veulent couper le cordon avec leur famille et qui s'aiment comme deux sœurs. La part d'autobiographie se situe en fait où Leila comme pour moi avons déjà eu des copines qu'on avait rencontré à l'âge de quinze ans et avec qui l'on "échange son sang" et on se dit qu'on ne se quittera jamais. C'est une période essentielle et fondatrice de ce que tu vas devenir plus tard.
Leïla Bekhti: Nous sommes nées en banlieue toutes les deux dans le 92, moi à Bagneux, Géraldine à Puteaux, et je peux dire que je m'y suis bien retrouvée. Il n'y avait rien d'idyllique. Les réalisateurs ont parlé de ce qu'ils connaissaient et pour le coup la banlieue y est légitime. C'est à dix minutes de Paris et c'est ce qui va frustrer ces deux jeunes filles et les perdre.
L.B: Sans le côté violent, j'ai trouvé que le film avait des similitudes avec La Haine…
G.N: Ah merci! Il n'était pas loin de nous, lorsque l'on a écrit le film…
Leïla B : …c'est son film fétiche.
G.N : Oui, c'est un des films références de Tout ce qui brille. Vous savez lorsque l'on fait un film on mentionne une note d'intention pour les moyens financiers; et à l'intérieur figurait Manhattan, Lost in Translation, Little Miss Sunshine et le film justement de Mathieu Kassovitz. Comme dans La Haine, c'est un trio que l'on forme toutes les deux avec Audrey Lamy, il y a ces codes de langage, et surtout la fraternité mais au féminin. Comme ces trois gars, ces filles ne se lâchent pas comme des sœurs.
L.B : Il y a cette envie du Paris mais pas n'importe lequel celui des magazines, celui de la nuit : le Paris chic!
G.N : On ne voulait pas montrer un Paris "carte postale". Ces filles là ne veulent pas s'attarder sur la Tour Eiffel ou le Sacré Cœur. Au contraire justement, elles rêvent d'en être : de s'intégrer dans les soirées du moment, avec les gens du moment tout en portant les vêtements du moment.
Leïla B : Tout ce qui brille est un film sur les codes; Ely et Lila rêvent d'avoir ces codes pour être reconnues : elles rentrent dans les boîtes mais par la sortie de secours. Ces filles ne sont pas que des banlieusardes : elles sont mignonnes, pas forcement cultivées mais ont un peu de bagou et surtout de l'observation où leur bible serait les journaux people.
L.B : Leïla, vous avez tourné dans des films comme Un prophète ou encore Mesrine, comment s'est passé le fait de changer complètement de genre?
Leïla B : Ce qu'il y a de jouissif lorsqu'on est comédienne réside dans le fait que l'on peut aussi bien jouer des rôles graves que gais. Il faut dire que j'ai été très honorée lorsque j'ai appris qu'ils étaient sur le point d'écrire le script du film en pensant à moi. Pendant tout le tournage du film, je n'ai point vu de rôles principaux, tous sont aussi importants les uns que les autres que ce soit Audrey Lamy, Virginie Ledoyen, Nader Boussandel, Daniel Cohen,… Il n'y a pas de faire valoir. Il faut ajouter que l'on a fait régulièrement des lectures tous ensemble, ce qui a permis de souder l'équipe, chose rare dans le cinéma. La sensation d'être entourée d'une vraie troupe de théâtre.
L.B : Vous êtes juive et vous êtes musulmane, n'aviez vous pas eu peur de tomber dans le film communautaire avec ses clichés?
G.N : On ne le nie pas avec Hervé, c'est sûr. Il y a des conflits interreligieux dans les banlieues et ailleurs, c'est vrai aussi qu'il y en avait beaucoup moins avant. Mais dans ma banlieue à Puteaux les gens sont restés les mêmes. Lorsque je vais tous les vendredis chez mes parents, je croise d'anciens copains de classe qui habitent toujours là et on parle de tout et de rien, mais jamais du conflit Israélo/Palestinien.
Leïla.B : Il y a du mouvement certes, on est rentré malheureusement dans une phase plus communautaire où l'on se reconnait plus avec des gens qui nous ressemble. Il ne faut pas que mon origine soit systématiquement le sujet du film. Je veux bien m'appeler Malika dans tous mes films, il faut juste que ce soit bien justifié; chose faite dans Tout ce qui brille.
L.B : Il y a comme un rapport difficile à ce moment précis dans la vie d'une jeune fille, où l'on a à la fois honte de ses parents tout en espérant qu'ils seront fiers de nous?
G.N : Exact, c'est un âge où tout se concentre et se fabrique pour l'avenir; on a envie de "nettoyer" tout le passé. On ne veut pas ressembler à ses parents, on veut couper le cordon. Et pourtant lorsque l'on est perdu on fait appel à nos valeurs en recherchant les bases et ces dernières ne sont finalement que nos parents, notre famille. Ils représentent les fondations et surtout le droit chemin. Un vrai paradoxe en soit effectivement. On veut tous les remercier, en leur disant "je t'aime", mais on n'a pas les mots qu'il faudrait.
Leïla B : Le jour où elles les perdent c'est le même jour où elles se rendent comptent qu'elles en ont le plus besoin. C'est tout simplement parce que l'on grandit et que l'on vit des choses. La prise de conscience reste énorme. Mon rêve aujourd'hui serait de ressembler le plus possible à ma mère dans dix ans!
Laurent Bartoleschi