Dans un coin de ce que fut Berlin-Est, où on trouve de modestes immeubles de briques rouges, vous trouverez trouve une nouvelle terre promise.
Kanaan - un restaurant végétarien bon enfant moyen-oriental qui tient son nom de la terre biblique qu'elle n'ait été conquise par les Enfants d'Israël - est en quelque sorte un rêve devenu réalité. Et pas seulement pour la qualité de son houmous.
C'est plutôt en raison du partenariat unique entre ses propriétaires, les deux dans la trentaine, Oz Ben David, un Juif de Beer Sheva, et Jalil Dabit, un Arabe chrétien de Ramallah.
Le duo s'est rencontré dans la capitale allemande, où ils tentent de transformer un rêve en réalité culinaire. Avant leur rencontre, ils avaient nourri séparément la même idée: faire appel à leur patrimoine pour créer une délicieuse cuisine moderne. Et, bien sûr, gagner ainsi leur vie.
Kanaan, qui a ouvert il y a un an, est un hybride unique, où la cuisine arabe du grand-père de Dabit côtoie les recettes des grands-mères marocaine et roumaine de Ben David. À certains égards, c'est un phénomène "propre à Berlin", en partie grâce à l'attitude relativement ouverte de la ville envers les étrangers. Berlin dispose d'une population israélienne petite mais active (estimée à environ 10 000 âmes) et un nombre important d'Arabes d'origine palestinienne, que certains estiment à environ 35 000 personnes.
Ces faits, ainsi que le faible coût de la vie à Berlin, en ont fait un endroit idéal pour tâter le terrain d'un concept inhabituel de restaurant.
"C'est tellement dingue comment nous nous sommes rencontrés", confie Dabit, 34 ans, qui fait la navette avec Ramallah pour gérer Samir, le célèbre restaurant de ses grand-père et père aujourd'hui décédés. Il y a deux ans sa petite amie israélienne, qui étudiait à l'Université de Potsdam, l'a poussé à s'installer à Berlin.
Il a accepté, mais lui a dit: «il faut que je fasse quelque chose." Pendant un an, il a étudié la ville, "pour comprendre les gens et voir comment elle fonctionnait. Et la nourriture, la nourriture, la nourriture était toujours la chose" qu'il voulait faire.
De son côté, Ben David, un expert en marketing de 36 ans, a voulu se lancer dans la gastronomie. Il semblait impératif que les deux se rencontrent.
"C'était comme une route à laquelle nous ne pouvions presque pas résister», se souvient Ben David.
Avant de rencontrer Dabit, Ben David a vu 2015 le film "Houmous, le film!" d'Oren Rosenfeld dans lequel apparaissent Dabit et le restaurant de sa famille à Ramallah. Dans le film, Dabit évoque l'ouverture de son propre restaurant à Berlin.
Mais quand des amis communs ont suggéré qu'ils se rencontrent, Ben David hésita - il a dit que son père était inquiet qu'il travaille avec un Arabe de Cisjordanie. Et parallèlement le père de Dabit n'etait pas emballé par l'installation de son fils en Allemagne, car il ne voulait pas le perdre dans sa propore affaire.

Jalil Dabit, à gauche, et Oz Ben David se sont rencontrés grâce à des amis communs à Berlin. (Photo: Facebook)
Mais Dabit est finalement entré dans le bureau de Ben David et a dit: «Écoute, je dois donner à mon père une bonne excuse pour quitter notre restaurant," se souvient Ben David.
«Je lui ai parlé de mon histoire et de ce que je voulais faire," a dit Dabit à propos de son plan d'ouvrir un restaurant avec les meilleures recettes de sa famille du restaurant de Ramallah. "Et il a aimé l'idée."
"A partir du moment où nous avoins décidé de travailler ensemble, je ne peux pas dire que cela a été facile", dit Ben David. "On n'avait pas d'argent, on n'avait pas d'endroit, pas de passeports européens, et il y avait beaucoup de concurrence."
L'été dernier, après avoir désespérément cherché un endroit dans la capitale allemande, ils ont approché le propriétaire d'un restaurant, un Allemand d'origine libanaise, qui possédait aussi une gargotte en face dans la rue. A l'époque, l'espace sous-utilisé ne fonctionnait que le soir comme pizzeria.
«J'ai abordé cet Allemand avec mon tempérament israélien", racconte Ben David, dont les cheveux noirs sont tirés en chignon. Il m'a proposé de travailler uniquement le midi; pour voir si les gens allaient aimé notre nourriture. Ils ont convenu d'un essai et organisé un événement, "Houmous, Mode et Liens de Paix," pour montrer leurs talents.
L'événement a attiré plusieurs centaines de personnes en deux jours, et Kanaan a finalement ouvert le restaurant à plein temps .
De retour à Ramallah, Dabit a dit à son père, "Baba, nous avons ouvert un restaurant." Il a promis de l'amener à Berlin pour voir l'endroit, mais le père de Dabit est mort avant que cela puisse se réaliser. Dabit dit que son père avait finalement compris et approuvé son idée.
Pour les parents de Ben David, ce fut plus difficile .
"Ils préféreraient que je sois près d'eux," a-t-il confié. "Mais ils sont heureux de me voir réussir et réaliser mes rêves. Et ils viennent souvent me rendre visite».
Les cuisiniers de Kanaan utilisent les cuisines de l'ancienne pizzeria. Parmi les employés il y a aussi des réfugiés récents en provenance d'Érythrée et de Syrie, qui sont autorisés à travailler tout en étudiant la langue allemande. Plus d'un million de réfugiés, pour la plupart de pays musulmans et africains, sont arrivés en Allemagne au cours de l'année écoulée.
«Nous avons eu un professeur d'anglais et russe de Syrie; nous avons eu beaucoup de jeunes de 18 et 19 ans, sans profession," dit Ben David. «Et nous leur apprenons à cuisiner."
Ce soir dans la cuisine, se tient Tamir, un réfugié druze de 34 ans qui gérait un magasin de vêtements en Syrie. Avec sa femme, qui est ingénieur agronome, ils attendent leur premier enfant, . Ils craignaient pour leur vie en Syrie, a expliqué Tamir.
"L'Allemagne a peur des réfugiés, mais le changement démographique est quelque chose auquel chaque société doit faire face», selon Dabit, dont le restaurant familial emploie des Arabes, des Chrétiens et même des immigrants Juifs des États-Unis. «Allons-nous manquer l'occasion et assister à une crise, ou utiliser l'opportunité de nous rendre plus forts?"
Ben David et Dabit étudient aussi d'autres opportunités, aussi. Devenir une marque de fabrique à travers des livres de cuisine, des émissions de télévision et un hall d'exposition pour leurs produits alimentaires. Ils ont récemment ouvert un restaurant plus petit dans le quartier berlinois de Kreuzberg, où vit une grande partie de la nouvelle population israélienne de la ville.
"Nous prevoyons d'être dans cinq ans la plus grande entreprise alimentaire produisant des aliments du Moyen-Orient en Allemagne," dit Ben David.
Ils souhaitent également monter une entreprise de conditionnement d'épices qui formerait des adolescents réfugiés ou issus de milieux socio-économiques défavorisés pour les aider à «apprendre les affaires et avoir des objectifs," a-t-il ajouté.
Pour l'instant Dabit et Ben David travaillent à attirer des clients qui ne sont pas nécessairement familiers avec la nourriture du Moyen-Orient. Leur astuce?
"Mettez à l'intérieur quelque chose qu'ils connaissent", répond Ben David.
Par exemple, les partenaires ont mélangé le houmous soit avec de la shakshuka (œufs pochés dans une sauce tomate épicée) ou des briks (crêpes croquantes) de pommes de terre - préparées avec de la tehina au lieu d'œuf comme liant. C'est ainsi que deux des plats originaux de Kanaan sont nés.
"Cela est devenu évident", a dit Dabit, ses yeux pétillants derrière des lunettes noires et blanches cerclées. «Nous avions besoin de toucher les gens d'une manière différente. Notre message est que lorsque nous combinons les choses, c'est toujours meilleur".
Source: JTA
Copyright: Alliance
Cet article ne peut être repris par aucun autre média ni radio, ni presse écrite ni presse numérique sans l'autorisation de la direction.
Dans le cas contraire des poursuites pourront être engagées.