Claude Layani

Ministre du culte à Fribourg en Suisse durant 33 ans, j'étais aussi bibliothécaire scientifique à la Bibliothèque cantonale et universitaire, comme responsable des acquisitions. J'étais aussi journaliste à la Gazette juive de Bâle ainsi que dans wochenblatt de Zürich pendant de longues années. En fait avec Alliance j'ai eu la joie et le privilège de continuer mes activités littéraires et mes fonctions rabbiniques en publiant le commentaire de la sidra. Engagé dans les relations judéo-chrétiennes, il m'arrivait de faire des conférences à l'Université catholique de Fribourg sur le judaïsme. Pratiquement toutes les écoles et les collèges sont venus visités notre synagogue et le résultat de ce travail, la communauté juive avait une place non négligeable . Nous étions invités toutes les années à la présentation des vœux auprès du gouvernement et de l'évêché. A mon départ à la retraite je laisse une communauté pas loin de l'extinction faute de fidèles. A Nic e je me suis investit dans la rédaction du journal Nitzan, au Bné Brith Loge Côte d'Azur dans le secteur de la culture.
Voici ces quelques lignes qui tracent un parcours engagé pour la communauté et pour le judaïsme qu'il faut faire connaître car nous sommes le ferment ,le sel pour l'humanité. Nous sommes encore présent aujourd'hui car nous avons la mission de délivrer le message divin.

Les articles de Claude Layani

Réflexion sur la barbarie

littel.jpgL’Université hébraïque de Jérusalem accueille un colloque international, le premier, consacré au prix Goncourt et au Prix de l’Académie française 2006 : « Les Bienveillantes » de l’écrivain américain d’expression française Jonathan Littell. Ce roman est l’autobiographie fictive d’un bourreau nazi. Interrogé sur ce qui l’a incité à écrire un roman sur le massacre des Juifs, Littell évoque la photographie saisissante, découverte en 1989, d’une partisane russe, Zoïa Kosmodemianskaïa, pendue par les nazis. Plus tard, la découverte du film Shoah de Claude Lanzmann et la lecture de plusieurs ouvrages, dont La Destruction des Juifs d’Europe de Raul Hilberg et Les Jours de notre mort de David Rousset, l’ont influencé et ont donné une orientation plus précise à son projet. L’auteur reconnaît que la portée de l’œuvre dépasse le seul génocide des Juifs pour revêtir une dimension plus universelle.

Il révèle que « ce qui [l]’intéressait, c’était la question des bourreaux, du meurtre d’État. » Il précise : « ..., j'aurais pu prendre des exemples plus récents que j'ai vécus de près, au Congo, au Rwanda, en Tchétchénie. Mais j'ai pris les nazis pour prendre un cas de figure où le lecteur ne pourra pas se défausser en prétextant que “Ah ! ce sont des Noirs ou des Chinois”. Il fallait ancrer ce récit chez des gens comme nous pour empêcher le lecteur de prendre de la distance. »Le livre est paru en 2008 en hébreu (édition Kineret Zmora BItan). Le colloque réunira des chercheurs israéliens, français, allemands et américains.
Jusqu’au mardi 23 juin En français et en anglais Université hébraïque de Jérusalem – Mont Scopus Rabin Building Informations : 03-7968000

DVD : Sueurs froides

dvdsueurs.jpgC'était à la fin des années 80 que la chaine Canal plus diffusait pour la première fois, Sueurs Froides (chez One Plus One vidéo). Vous l'aurez compris, il ne s'agit absolument pas du film de 1958, quoique l'utilisation du titre n'est pas un hasard, n'est ce pas Monsieur Chabrol?
Au programme, 18 films de 22minutes chacun, signés par des réalisateurs très tendance durant cette fin de décennie (Patrice Leconte, Hervé Palud, Josée Dayan, Pierre Jolivet, Romain Goupil…). Claude Chabrol quant à lui s'inspire évidemment de la collection culte Alfred Hitchcock présente… A l'instar du maitre de suspense, le réalisateur de La Femme Infidèle apparait en préambule de chaque épisode pour planter le décor avec humour, noir de préférence.

Autour de cette mini série dira t on, s'est donné rendez vous une très grande partie du gratin artistique de l'époque, de Clémentine Célarié, François Cluzet, Zabou en passant part Jean Rochefort ou encore Veronique Genest, pour ne citer qu'eux.

Tous se retrouvant à contre emploi de leurs rôles habituels: aussi, ne trouvons nous pas un Guy Marchand dans la peau d'un boucher amateur de la chaire de sa chère et tendre épouse, Thierry Lhermitte dans celui d'un mari trompé prêt à tout pour faire parler sa femme, ou encore un Jean Carmet en journaliste(!) détenant une effroyable vérité. Bref tout ce joli monde dans une atmosphère typiquement Hitchcockienne, où tous les thèmes du maitre y sont présentés, comme le crime (im)parfait, le voyeurisme, la femme fatale, angoisse, etc. Si vous désirez (re)trouver ce feuilleton(disponible chez One Plus One Vidéo en coffret 3 dvd), rarement diffusé à la télévision, procurez le vous et comme dirait le Maitre de cérémonie Claude Chabrol: Bonjour chez vous!

Chantons sous l'occupation....

FILM D'ANDRÉ HALIMI présenté sur internet par Claudine Douillet

 

Une interview filmée du réalisateur de ce film André Halimi avec David Douvette, historien, aura lieu à Judaiquesfm 94.8, le 2 février à 9h30 présentée par Yoram et Claudine Douillet

Extraits du film (vidéo) pour visionner ces séquences veuilleztélécharger Quick time

 

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AU TEMPS DE LILY MARLENE.-.. par L UCIEN BODARD

 

 

Une pléiade de talents, des vedettes en tout genre des célébrités parisiennes - pourtant voilà un film terrible - ce film, "Chantons sous l'occupation", qui montre avant tout une fête.
Une fête assez étrange, à la vérité, car elle se célèbre sur les malheurs du temps : l'humiliation de la France, Hitler dans la réédition du wagon de Rethondes, les bottes des soldats allemands frappant le bronze sous l'Arc de Triomphe, les files interminables devant les boutiques vides que ne remplissaient pas les tickets de rationnement, les affiches tragiques qui annonçaient les exécufions de partisans ou d'otages, et cet alibi déguisé en suprême justification, le vieux et dérisoirement digne visage du Maréchal.

"Maréchal, nous voilà", aujourd'hui, c'est presque le leitmotiv d'une opérette, et pourtant, des images fugitives viennent ici sonner le rappel d'une dimension tragique, celle de l'histoire, la Milice les Waffen SS, la fièvre nazie qui gagnait l'esprit d'une minorité de Français, la Gestapo, et l'ombre portée des camps de la mort.
Images fugitives, rapides, comme si elles n'étaient que le fond du décor. Dans ce pays assommé, traumatisé, la Résistance est encore comme un rêve, la Libération, une chimère.
Et là dessus, le film raconte une fabuleuse Nouba. Deux accusateurs, deux avocats éminents viennent nous parler de cette fête, Me Naud, membre du réseau de résistance "Musée de l'Homme", etMe Weil-Curiel, premier français à s'être rallié au général de Gaulle. Ils ne lui trouvent aucune excuse, et certes pas celles qu'on met en avant, "la force des choses", "l'obligation de vivre"... Je crois qu'ils ont raison.

Voici le Tout Pariss, celui du spectacle, des lettres, du cinéma...

Sa gaieté éclate... Mais ce n'est pas la gaieté romantique du désespoir, c'est celle du laisser aller, de la course. à la meilleure adaptation possible aux pires circonstances, ctest la complaisance enthousiaste pour les pires turpitudes.

Ces joyeux fêtards coudoient les maîtres du marché noir, les dénonciateurs qui travaillent pour les allemands, une faune riche et prospère vivant de la défaite, tous ceux qui ne savaient pas... ou ne voulaient pas savoir.

Les yeux fermés sur la tragédie, ces artistes n'ont éprouvé aucune gêne à déguster les petits fours du souriant M. Abetz. Ils ont su goûter les compliments de M. de Brinon. Ils ont accepté de se rendre et de se produire en Allemagne; ils se sont rués sur les marchés des wagons-lits conduisant à Berlin. Echange de bons procédés, des artistes allemands se rendirent à Paris avec le même empressement.

Les rues sont obscurcies, mais, bien à l'abri, des lumières brillent de tous leurs feux, et ces lumières qui scintillent ce ne sont pas celles des étoiles, mais celles de nos stars.

Inutile de citer leur nom, vous, les verrez dans le film. Ce n'est même pas un réquisitoire, c'est un simple constat.

Le générique de la fin évoque une autre France. Pour moi, le "Chant des partisans" qu'on y entend lui restitue heureusement sa place dans ce film aussi affûté qu'un couperet.....

Extraits du film d'André Halimi "Chantons sous l'ocuppation" film réalisé pour internet par Claudine Douillet

 

"OCCUPATION ET SES DIVERTISSEMENTS VUS PAR...

André Gide, le 6 février 19 42:
'~Hier soir au cinéma. Les "actualités" françaises emplissent le cur de larmes et font monter la rougeur au front. Il semble que le vin de la défaite
nous ait grisé: jamais nous ne nous sommes montrés plus fiers que depuis qu'il y a si peu de raison de l'être. On étale sur l'écran tous les titresd'une gloire passée, tâchant d'en faire déborder l'éclat jusque sur l'époque actuelle ; on se congratule ; on s'admire ; on s'extasie sur la splendeur et
sur l'énormité fragile de notre "Empire". C'est à pleurer".

Manouche
On s'amusait ferme...

Claude Pignon
"Quand Derain, Vlaminck et compagnie, invités par Goebbels, ont fait ce fameux voyage en Allemagne, le peintre Goerg (il écrivait pas mal car il avait une plume agile) fit un article terrible contre ces gens. Il y avait parmi eux Dudot, Legueult, Maillol, Belmondo, DespiauIls étaient surtout naïfs pour la plupart. Pas tous! Auparavant, j'avais rencontré Vlaminck à la galerie de l'Elysée, rue du Faubourg-Saint-Honoré ; je rentrais de la guerre, c'était fin 1940 ; eh bien, il y avait Vlaminck en pantalon écossais - je ne l'avais jamais vu, mais je l'ai reconnu - avec deux officiers allemands, qui se tenaient bras dessus bras dessous, à tu et à toi"'

Sous l'ocuppation

Me André Weil-Curiel

"... En automne de 1940, je m'étonnais de voir des établissements de luxe, les dancings, les grands restaurants, les boîtes de nuit s'ouvrir aux "touristes" en uniforme sans la moindre gêne.
Je me scandalisais de voir tant de Français aussi parfaitement à leur aise au milieu de ces soldats et officiers allemands, qui, s'ils se comportaient décemment à Paris, n'en étaient pas moins les mêmes que ceux qui maltraitaient nos prisonniers, qui avaient mis l'Europe à feu et à sang pour satisfaire leur rêve de puissance, qui avaient massacré des millions d'êtres humains de la Vistule à la Bidassoa, et qui promenaient maintenant leur insolente oisiveté de triomphateurs au milieu des badauds parisiens. J'aurais, voulu que le vide se fit spontanément, autour d'eux. Il n'en était malheureusement rien.

La France au travail du 25 septembre 1940
.. Si nous avons perdu Metz et d'autres villes, Willemetz nous reste, et cela nous console...

Georges de la Fourchadière dans l'Oeuvre du 15 août 1941 ... Pourquoi ne serait-il pas permis aujourd'hui aux amateurs fervents de danser?
On peut noter, avec une certaine tristesse, qu'à Paris, de même qu'en zone non occupée, toute une certaine élite, que je pourrais qualifier, d'une façon générique, le "clan des gens qui ont l'habitude de voir leur nom dans les journaux", ne sut pas résister à cette forme discrète de la collaboration qui consistait à collaborer avec les collaborationnistes.
Quels que fussent les sophismes dont ils déguisaient leurs actes, le fait d'écrire un article, même anodin, dans un journal qui n'était qu'une feuille de propagande hitlérienne, de jouer dans un théâtre qui n'était autorisé à rouvrir que dans la mesure où cela servait les desseins des nazis, de tourner un film, de se comporter, en bref, comme si la gù'erre n'avait pas eu lieu, constituait une manière indirecte de servir les intérêts allemands."

Madeleine Jacob
"En arrivant place de l'Opéra, je vis sur les marches de notre Académie Nationale de Musique, un orchestre militaire allemand, et qui donnait aux Parisiens (hélas, il y avait foule) un concert..."

L'Appel,,
Enfin les Français peuvent devenir SS

La Révolution nationale, 26 avril 1942 Le programme français: collaborer et manger.

Ilan Halimi : Youssef Fofana nie avoir agi par antisémitisme

 

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PARIS - Le Français d'origine ivoirienne Youssef Fofana, chef présumé du gang qui  a enlevé et torturé à mort le jeune Ilan Halimi près de Paris ce mois-ci, a été arrêté à Abidjan.

Des contacts diplomatiques sont en cours pour organiser son éventuel retour à Paris.

Interrogé en garde à vue par des policiers ivoiriens en présence de deux enquêteurs français, il a admis son implication dans l'enlèvement d'Ilan Halimi mais  a nié toute responsabilité dans sa mort, dit-on de source judiciaire à Paris.

"Il a dit ce n'était pas prévu de le tuer. Il voulait seulement de l'argent", a rapporté un policier qui a requis l'anonymat.Youssef Fofana nie avoir agi par antisémitisme.

Le Premier ministre français, Dominique de Villepin, a assuré jeudi matin qu'il pourrait être extradé vers la France "dans les toutes prochaines heures". Les magistrats français et ivoiriens se sont montrés moins catégoriques.

Né à Paris, Youssef Fofana a la nationalité française mais il pourrait aussi avoir  la nationalité ivoirienne. Dans ce cas, son extradition vers la France serait juridiquement impossible, explique-t-on de source judiciaire française.

La Côte d'Ivoire, qui n'extrade pas ses ressortissants, devrait alors le juger sur place.Si au terme des recherches, il s'avère qu'il n'a que la nationalité française, un délai de plusieurs jours, voire plusieurs semaines, est probable.

La France devra délivrer un mandat d'arrêt sur lequel le pouvoir d'Abidjan devra statuer formellement, selon une convention bilatérale de 1961.

Ilan Halimi, 23 ans, vendeur dans un magasin de téléphonie à Paris, a été découvert le 13 février agonisant, dans l'Essonne, dans la banlieue sud de Paris, après avoir été séquestré et torturé pendant plus de trois semaines.

Le crime est considéré par les juges d'instruction comme un acte antisémite."Dans ce drame odieux, il est important que la justice puisse être rendue très rapidement", a estimé Dominique de Villepin sur l'antenne de Canal+.

CASIER JUDICIAIRE

Selon le procureur général de Côte d'Ivoire, Raymond Kimou, Youssef Fofana a été arrêté dans le quartier populaire d'Abobo avec quatre autres personnes se trouvant dans sa voiture. Le procureur de la République d'Abidjan, Raymond Tchinou, s'est montré prudent quant au délai d'extradition.

"J'attends les décisions des autorités, sachant que l'extradition est une procédure assez lourde", a-t-il confié au journal Le Monde. "Je pense qu'on va aller assez vite. Il pourrait être de retour en France cette semaine", ajoute-t-il.

Les juges d'instruction Corinne Goetzmann et Baudoin Thouvenot, co-saisis de l'affaire, ont lancé une commission rogatoire (demande d'entraide) en Côte d'Ivoire après avoir appris que Youssef Fofana s'y était rendu le 15 février.

Le parquet de Paris avait diffusé la semaine dernière une photode cet homme en assurant qu'il se présentait lui-même comme le "cerveau des barbares".

La justice française a établi que Youssef Fofana s'est rendu en Côte d'Ivoire au moins une fois pendant la séquestration d'Ilan Halimi. Il a aussi appelé d'Abidjan la famille Halimi pour des menaces de mort.

Les enquêteurs et le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, sont sceptiques quant au mobile raciste et insistent sur l'absence d'idées politiques ou religieuses chez les suspects, qui auraient agi avant tout pour de l'argent. Youssef Fofana est déjà connu de la justice française pour plusieurs condamnations concernant des vols avec violences, la dernière en 2001. Il a passé au moins trois ans en prison.

A Paris, 13 personnes, dont trois femmes, ont été mises en examen dans cette affaire, dont 11 sont en détention provisoire. Un 14eme suspect interpellé en Belgique est visé par un mandat d'arrêt européen. Cinq autres suspects, dont quatre femmes, sont en garde à vue à Marseille et à Paris.

Il s'agit de jeunes filles qui auraient été utilisées comme appâts par le gang et de leur recruteur marseillais présumé. Le Premier ministre et Jacques Chirac ont annoncé qu'ils seraient présents à la cérémonie religieuse en hommage à llan Halimi et à sa famille, à la synagogue de la Victoire jeudi soir. Le gouvernement s'associera par ailleurs à la manifestation organisée dimanche par les associations juives et antiracistes.

Et si ce n'était que le début ?

crif.jpgSous un vent glacial, nous étions 30 000, 50 000, ou 200 000 à scander " Justice pour Ilan", au moment où l'on apprend que l'assassin présumé de ce jeune homme de 23 ans assassiné dans des conditions atroces, est encore retenu à Abidjan et pas livré aux autorités françaises comme c'était promis depuis vendredi.

L'indignation de la communauté juive s'est exprimée, d'une seule et jospin.jpgmême voix avec les mouvements anti-racistes,S.O.S racisme,la LICRA, ainsi que le CRIF

représentant des organistions juives de France.

Une foule d'anonyme, une prise de conscience nationnale,et indviduelles que la violence des émeutes des semaines passées, vient d'atteindre son apogée.

magasin.jpgOn ne s'attaque plus aux voitures, ni aux écoles, on peut faire mieux et encore plus monstrueux. On s'attaque et l'on brûle aussi des personnes, comme ça , parce que juif, ou représentant public, tel que président de médecins sans frontières, tel que le président de la chaîne ARTE- ces derniers ont échappé de justesse à rapt similaire. Crime antisémite, certainement, mais pas seulement comme nous l'avons compris, l'inquiétude prend donc une dimension que nous connaissions pas en France, et même si nous avons dénombré beaucoup d'actes antisémites ces dernières années depuis la seconde intifada en Israël, où la position de la France, soutenant sans ambiguité le peuple palestinien, a finalement fait sauté des verrous que l'on pensait à jamais fermés, on n'imaginait pas, même dans les scénarios les plus pessimistes, qu'il était possible de connaître une telle barbarie, ici, en France comme le dénonçait avec tant de douleur la maman d'Ilan, Ruth Halimi.
Il apparaît clairement qu'une violence incontrôlable est présente partout et pas seulement dans alexandre.jpgles banlieues dites sensibles.
L'échec de la police dans l'affaire d'Ilan Halimi a démontré sa vulnérabilité et du même coup notre fragilité. "Dans une interview récente, la commissaire Lucienne Bui Trong (responsable de la section “Violences urbaines” de la Direction Centrale des Renseignements Généraux (DCRG), agrégée de philosophie et normalienne) déclarait : “Les limites sont de plus en plus reculées et les modus operandi plus violents. Inversera-t-on la tendance ? A moyen terme, je suis inquiète. Les émeutiers s’en prennent à des biens perçus par eux comme n’appartenant à arthur.jpgpersonne ou à tout le monde, telles les écoles ou des voitures garées sur la voie publique. Je crains que les violences sur les personnes s’aggravent à l’avenir et qu’elles n’épargnent plus le domaine privé mais pénètrent dans les maisons et les immeubles. C’est pourquoi, il faut demeurer vigilant, cesser d’en faire un objet de polémiques politiques et ne pas séparer la prévention sociale à long terme d’un travail répressif au quotidien. L’un sans l’autre n’a aucun sens” ."
Madame Bui Trong commentait les émeutes récentessos.jpg mais sa prédiction portant sur “les violences sur les personnes” vient, malheureusement, de se réaliser.

Lire l'excellente analyse de Claude Moniquet président du European Strategic Intelligence and Security Center

http://www.atlantis.org/publications_moniquet036.html
Claudine Douillet

 

 

Il y a soixante ans, les camps étaient libérés

Nouvel Observateur Semaine du jeudi 13 janvier 2005 - n°2097 - Dossier
Auschwitz et nous

Le 27 janvier, chefs d'Etat et de gouvernement commémoreront le 60e anniversaire de la découverte du camp par les troupes soviétiques, et Jacques Chirac inaugurera la nouvelle exposition du pavillon français. Eternelle, inépuisable actualité d'Auschwitz. Notre monde demeure hanté par le souvenir de ce qui restera comme le plus grand crime de tous les temps. Et les historiens ne cessent d'interroger documents et témoins pour tenter de comprendre l'inconcevable. Avec eux, «le Nouvel Observateur» fait le point sur ce que l'on sait aujourd'hui de la Shoah. Sur ce que tous devraient savoir. Un dossier dirigé par Agathe Logeart et Claude Weill.

Le Nouvel Observateur. ­ Le 27 janvier 1945, les Soviétiques libèrent Auschwitz. Qu'y trouvent-ils?

Annette Wieviorka. ­ Le terme de «libération» est impropre. Des avant-gardes de l'Armée rouge découvrent par hasard ce camp, qu'ils ne cherchaient pas. Ils y trouvent quelques milliers de survivants, que les nazis ont abandonnés sur place parce qu'ils n'étaient pas en état de marcher. Les autres ont été évacués à la mi-janvier vers d'autres camps, lors de ce qu'ils nommeront eux-mêmes les «marches de la mort». La guerre continuait. Il fallait transférer ailleurs la force de travail que représentaient les déportés «aptes au travail».

N. O. ­ A Auschwitz ne restent donc que des mourants...

A. Wieviorka. ­ 7000 personnes environ, dans le camp central Auschwitz-I et la nébuleuse de camps environnants, dont 400 déportés de France, dans un état effrayant. Les Soviétiques n'ont rien prévu pour les prendre en charge. Ils doivent improviser.

N. O. ­ Réalisent-ils à ce moment ce qui s'est passé à Auschwitz?

A. Wieviorka. ­ Pas clairement. Ils trouvent des baraques, des monceaux d'objets ­ vêtements, valises, prothèses ­, les ruines des crématoires. Une commission d'enquête met au jour des archives, les plans des chambres à gaz, les boîtes de zyklon B. Les Soviétiques comprennent la fonction d'extermination des chambres à gaz. Mais ils refusent de voir, ou de dire, que c'était des juifs qu'on tuait, parce que juifs. Et pour employer un mot d'aujourd'hui, ils ne «médiatisent» pas cette découverte. Quelques articles paraissent dans la presse russe. Auschwitz ne fait pas les gros titres.
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N. O. ­ Et ailleurs dans le monde?

A. Wieviorka. ­ Pas davantage.

N. O. ­ Même en France?

A. Wieviorka. ­ Oui. Les esprits sont ailleurs. En août-septembre 1944, l'essentiel du territoire national est libéré. Mais on compte près de 2 millions d'«absents», comme les nomme le ministre Henri Frenay: prisonniers de guerre, requis du STO et, très minoritairement, déportés pour faits de résistance ou «raciaux», comme on désigne à l'époque les juifs. Dans les plans de rapatriement, rien de particulier n'est préparé pour le retour des déportés. On n'imagine pas que beaucoup sont des mourants.

N. O. ­ Dans la France d'alors, quand on parle des déportés, on pense surtout aux résistants et aux politiques. Plutôt à Buchenwald ou à Dachau qu'à Auschwitz. Sous le vocable de «camps de la mort», on confond camps de concentration et camps d'extermination, captivité et élimination. Pourquoi cette cécité?

A. Wieviorka. ­ D'abord, les déportés de la Résistance qui reviennent sont infiniment plus nombreux (40000 environ, pour seulement 2500 juifs). Certains sont des personnalités du monde politique d'avant-guerre ou font partie des élites de la République; ils écrivent, interviennent dans la vie publique, créent des associations. C'est Christian Pineau, Claude Bourdet, Marcel Paul, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Edmond Michelet Les survivants juifs sont le plus souvent des petites gens, tailleurs, casquettiers, parfois très jeunes, et confrontés à une absolue détresse: leurs familles ont été décimées, leurs maigres biens pillés, leurs logements occupés Ils n'ont guère de moyens de se faire entendre. Dans notre société moderne, la parole des victimes est sacrée, la souffrance individuelle doit s'exprimer. Ce n'était pas le cas en 1945. La parole appartenait aux représentants d'associations structurées. Et l'heure était à la célébration des héros de la Résistance. D'autre part, les déportés de France ont été rapatriés plusieurs mois après la libération d'Auschwitz, venant de Buchenwald pour la plupart, y compris les juifs qui avaient survécu aux «marches de la mort».

N. O. ­ Et c'est de Buchenwald que viennent les premières images de déportés faméliques en pyjama rayé qui vont fixer l'image du déporté, faisant écran à la réalité de l'extermination. Car ceux qu'on menait à la chambre à gaz d'Auschwitz étaient en pleine santé et n'ont jamais porté le pyjama

A. Wieviorka. ­ Absolument. Ce brouillage sera encore renforcé par les images de Bergen-Belsen ­ les bulldozers poussant des monceaux de cadavres, que l'on retrouve en 1956 dans «Nuit et Brouillard», d'Alain Resnais ­, présentées à tort comme des images de l'extermination. Or l'extermination, ce n'est pas cela: ce sont des femmes, des vieillards, des enfants, des gens ordinaires, gros ou maigres, vêtus normalement, qu'on trie à la descente du train et dont la plupart sont aussitôt assassinés.

N. O. ­ Comment la vérité historique de l'extermination va-t-elle peu à peu ressortir de cette vision brouillée de l'après-guerre?

A. Wieviorka. ­ C'est avec le procès Eichmann, en 1961, ce «Nuremberg du peuple juif», comme disait Ben Gourion, qu'émerge dans l'opinion publique la conscience du génocide. Les rares travaux historiques menés jusque-là, grâce à la masse de documents rendus publics au moment de Nuremberg, ont eu peu d'écho. Le sort des juifs n'est au centre ni du procès de Nuremberg ni de ceux de la collaboration en France. A partir du procès Eichmann, l'idée s'impose que les juifs ont subi un sort particulier. C'est à ce moment, par exemple, que Raul Hilberg trouve enfin un éditeur pour sa thèse, «la Destruction des juifs d'Europe». Le second événement déterminant, c'est la guerre des Six-Jours, en 1967. Elle est vécue par les juifs, en Israël et en diaspora, comme la possibilité d'un second Auschwitz dans la même génération, ramenant au premier plan une mémoire qui avait été mise de côté.

N. O. ­ Vous voulez dire que les juifs eux-mêmes avaient refoulé Auschwitz?

A. Wieviorka. ­ Refoulement n'est pas le mot. Le souvenir a toujours été présent dans les familles. Mais c'était une affaire privée. Dans l'après-guerre, la communauté juive elle-même ne met pas l'accent sur les temps de la persécution et de l'extermination. Les responsables communautaires s'occupent activement de la réintégration, de la restitution des biens. La mémoire n'est pas un enjeu. Cela explique le choc du procès Eichmann, qui se propage et va gagner la France. L'action de Serge Klarsfeld est ici décisive, mais le temps rend aussi les choses audibles. La mémoire d'Auschwitz, portée par des acteurs juifs, pénètre dans l'espace public à la fin des années 1960. Quand Robert Paxton publie «la France de Vichy», en 1973, les esprits ont changé: l'opinion publique est prête à l'accueillir. Mais il faudra encore une dizaine d'années pour que la Shoah soit placée au centre de la réflexion sur la Seconde Guerre mondiale et pour qu'Auschwitz devienne ce qu'il est pour nous: le nom servant à désigner globalement la solution finale.

N. O. ­ Sur le silence des juifs dans les années d'après-guerre, deux points de vue s'opposent. Les uns disent: ayant été mis à part dans les persécutions, ils refusaient d'être mis à part dans le deuil. D'autres, avec Simone Veil, soutien-nent que si on n'a pas entendu la souffrance des juifs, c'est qu'on ne voulait pas l'entendre

A. Wieviorka. ­ Les deux ne s'excluent pas. Dans la sphère privée, les familles endeuillées répugnent à entendre le récit des souffrances. Dans la sphère publique, les juifs ne sont pas les «bons» déportés. Ils n'ont pas été des résistants. Mais il est vrai aussi que les juifs de 1945 souhaitent majoritairement s'intégrer à nouveau dans la France républicaine, une France qu'ils ne mettent pas en accusation. Le silence sur la persécution est donc largement consensuel.

N. O. ­ Le retour de mémoire est donc lié au début de la réflexion et de l'interpellation sur le rôle de l'Etat français.

A. Wieviorka. ­ Oui et non. Ces mouvements de mémoire sont transnationaux. On retrouve les mêmes rythmes en France, aux Etats-Unis, en Israël. Mais les modalités sont nationales. En France, c'est l'interrogation sur les responsabilités propres de Vichy.

N. O. ­ Sous l'impulsion de Serge Klarsfeld, les enfants de déportés deviennent des «militants de la mémoire»; ils demandent des comptes

A. Wieviorka. ­ Et ils obtiennent beaucoup. Au niveau judiciaire, ce sont les procès Barbie, Touvier et Papon: un responsable régional de la Gestapo, un milicien, un représentant de l'Etat vichyste. Au niveau politique et symbolique, c'est une succession de pétitions et de manifestations exigeant de Mitterrand un acte de repentance. Il refuse, mais il institue la «journée à la mémoire des victimes de l'Etat français» (16 juillet), inaugure un monument à l'emplacement du Vel' d'Hiv', la Maison d'Izieu Il fait tout cela à contretemps, et peut-être à contrecur, mais enfin il le fait. Cependant, il n'a pas de mots forts. Les mots forts sont ceux de Jacques Chirac, le 16 juillet 1995, reconnaissant, dans un discours d'une grande hauteur, que la France a envers ceux qui ne sont pas revenus d'Auschwitz «une dette imprescriptible». Et l'on arrive au troisième volet: la réparation matérielle. C'est la mission Mattéoli, la reprise des indemnisations sous l'égide de la commission Pierre Drai, enfin la création de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, présidée par Simone Veil. Ainsi, aux niveaux judiciaire, symbolique et matériel, les comptes entre les juifs et la France sont désormais apurés.

N. O. ­ Le choix d'Auschwitz comme symbole de la Shoah était-il le bon? Auschwitz n'était pas seulement, selon l'expression de Hilberg, un «centre de mise à mort»: c'était aussi un complexe industriel, un camp pour droit-commun, prisonniers de guerre russes, résistants polonais, etc. Si l'on voulait désigner la solution finale dans son absolue singularité

A. Wieviorka. ­ C'était Belzec, évidemment, exclusivement voué à l'extermination. Mais il y a très peu d'archives sur Belzec, quasiment pas de survivants, donc de témoins. Le lieu a été rasé, des arbres très vite replantés. Comment concevoir un lieu de mémoire quand il y a si peu de traces? Auschwitz est à la fois le camp où il y a eu le plus de victimes ­ autour d'un million de morts ­ et paradoxalement de survivants, et celui où se «lit» le mieux le projet génocidaire nazi.

N. O. ­ C'est-à-dire l'utilisation du système concentrationnaire à des fins génocidaires

A. Wieviorka. ­ Auschwitz, en effet, c'est d'abord un des nombreux camps de concentration créés par les nazis, en Allemagne, puis dans les territoires annexés, afin d'y interner les opposants et «indésirables» de toutes sortes. Il entre en service le 14 juin 1940. En mars 1941, Himmler, visitant Auschwitz, décide la création, à Birkenau, d'un immense camp destiné à recevoir des prisonniers de guerre soviétiques, et la construction à Monowitz, à quelques kilomètres, d'une usine de caoutchouc synthétique (Buna, en allemand, nom que retiendront les déportés). C'est seulement au printemps 1942 qu'il devient le lieu de la destruction des juifs de toute l'Europe. Des installations inédites sont érigées à Birkenau pour tuer par le gaz et faire disparaître les corps. Ces chambres à gaz-crématoires intègrent toutes les étapes, jusqu'au traitement des cheveux. Birkenau, c'est le taylorisme appliqué au meurtre.

N. O. ­ Avec, au cur du système, la sélection, chargée de pourvoir à la fois la chambre à gaz et l'usine de Monowitz

A. Wieviorka. ­ La sélection s'impose quand les nazis assignent à Birkenau deux fonctions: éradiquer les juifs, mais aussi utiliser leur force de travail, parce que la guerre dure et qu'on a besoin de main-d'uvre. Les nazis «sélectionnent» donc ceux qui doivent être immédiatement éliminés et ceux qui sont «aptes au travail».

N. O. ­ Sur le monument international dédié aux victimes, on pouvait lire: «Quatre millions de personnes ont souffert et sont mortes ici dans les mains des meurtriers nazis entre 1940 et 1945.» Au-delà de l'exagération du chiffre, comment expliquer un tel confusionnisme, allant jusqu'à occulter la judéité de la majorité des victimes?

A. Wieviorka. ­ Pour les Polonais, Auschwitz, c'est le lieu du martyrologe polonais. Le lieu de la mise à mort des juifs, c'est Treblinka. Dès la fin de la guerre, une muséographie se met en place à Auschwitz. Elle est au départ très nationale-catholique; avec la guerre froide, elle impose une lecture communiste et internationaliste. Elle demeure très polono-centrée. Lors de l'inauguration du monument où figure cette inscription, en 1967, le Premier ministre Cyrankiewicz, ancien du camp, ne mentionne pas les juifs parmi les assassinés. Il évoque les victimes «de Pologne et de tous les pays d'Europe». Or, si des Polonais catholiques sont morts à Auschwitz en grand nombre (environ 75000), les victimes non juives d'autres nationalités ne sont qu'une infime minorité.

N. O. ­ Une manière de réintégrer à titre posthume les juifs dans la communauté nationale?

A. Wieviorka. ­ Ce n'est pas le cas. D'un côté, l'identité juive des victimes est niée; d'autre part se glisse l'idée que les Polonais étaient voués à l'extermination, ce qui n'est pas tout à fait vrai. Dans la hiérarchie hitlérienne des races, les Slaves étaient voués à une fonction d'esclaves, pas à une éradication rapide. Les Polonais gazés par convois entiers étaient juifs. Gazés parce que juifs, pas en tant que Polonais. Cette inauguration, en 1967, provoque d'ailleurs de vives protestations, mais elles ne trouvent guère d'écho. En 1979 encore, quand Jean-Paul II y célèbre une messe et qu'il dresse l'autel sur les ruines des chambres à gaz-crématoires, cela ne soulève pas un tollé. Il faut attendre la fin des années 1980 et l'affaire du carmel d'Auschwitz pour que s'engage la bataille de la mémoire. Le combat contre la présence des carmélites cristallise la protestation contre ce qui est perçu comme une christianisation de la Shoah.

N. O. ­ Le pavillon français inauguré en 1978 ne reflétait-il pas lui aussi cette même vision nationaliste et «déjudaïsée» d'Auschwitz?

A. Wieviorka. ­ Les autorités polonaises et françaises s'accordent sur le thème de l'exposition ­ «le Martyre et la Résistance du peuple français» ­, dont le lien avec Auschwitz est ténu, même si trois convois de résistants y ont été déportés. La place faite à la persécution des juifs par les nazis et par l'Etat français est minime.

N. O. ­ Dans «Auschwitz, soixante ans après», vous écrivez: «Il y avait ordre de ne pas stigmatiser Pétain, et ordre de retirer tout ce qui pouvait évoquer la collaboration de l'Etat»

A. Wieviorka. ­ Cela traduit l'état d'esprit politique de l'époque. De plus, l'Etat ne met pas d'argent. L'équipe chargée de l'exposition travaille avec des bouts de ficelle. Au demeurant, cette exposition intéresse peu, y compris les organisations juives. L'inauguration passe quasiment inaperçue.

N. O. ­ 1978-2005 : tout a changé. Pour la nouvelle exposition française, on a réuni les meilleurs historiens. Et le président de la République viendra en personne l'inaugurer

A. Wieviorka. ­ L'Etat, d'abord, a donné les moyens. Cette fois, on ne bricole pas. Ensuite, le projet prend en compte l'ensemble des travaux réalisés depuis vingt-cinq ans, notamment ceux de Klarsfeld: «Vichy-Auschwitz», «le Calendrier de la persécution des juifs de France», le «Mémorial des enfants». Auschwitz aujourd'hui, comme lieu et figure de la Shoah, est reconnu comme central dans la réflexion sur la Seconde Guerre mondiale. C'est cette mutation qu'exprime l'exposition.

Annette Wieviorka, directrice au CNRS, vient de publier «Auschwitz, soixante ans après» (Robert Laffont). Elle a été membre de la mission d'étude sur la spoliation des biens juifs et a écrit de nombreux ouvrages sur l'histoire des juifs au xxe siècle. Elle a participé à la conception de la nouvelle exposition du pavillon français d'Auschwitz.
Agathe Logeart Claude Weill

Incident Antisémite en Tunisie

Des Etudiants ont perturbé une cérémonie dédiée à un historien juif tunisien.

Par José GARCON , Libération, jeudi 16 mars 2006

L'affaire aurait dû être une cérémonie hautement symbolique : la donation à  l'université de la Manouba, près de Tunis, d'une partie de la bibliothèque d'un historien et sociologue juif tunisien décèdé en 2004, Paul Sebag. Ayant vécu en Tunisie jusqu'aux années 70, il a formé les premiers sociologues tunisiens, Paul Sebag est notamment l'auteur de deux ouvrages de référence Tunis, histoire d'une ville et Tunis au XVIIe siècle.
La célébration de son geste est devenue au contraire un nouvel exemple de la très forte radicalisation existant dans le monde arabo-musulman et s'est transformée en incident suintant la haine.

Le 10 mars donc, la faculté de lettres de la Manouba a prévu un petit colloque scientifique pour célébrer cette donation. La fille de Paul Sebag et l'historien Claude Nataf, président de la société d'histoire des juifs de Tunisie, venus de France, ainsi que l'attaché culturel français, des professeurs tunisiens et des représentants des autorités doivent y participer. Alors que tous sont reçus par le doyen de la Manouba, des cris fusent à l'extérieur. Revendications Ètudiantesª, affirment les Tunisiens, qui sont toutefois nerveux et retardent le début du colloque.
Les choses se corsent quand le groupe veut rejoindre un amphi dont l'entrée est bloquée par 100 à 150 personnes qui crient des slogans en arabe." ´A bas IsraÎlª, ´Vive la Palestineª, ´Vive le Hamasª, ´Pas de normalisation (avec IsraÎl, ndlr)ª, ´les juifs à la merª, ´Nous ne voulons pas de la bibliothèque d'un communiste juif stalinienª "et autres amabilités du même genre. Quelques coups partent. Les professeurs font la chaîne pour séparer les manifestants des invités qui peuvent enfin entrer dans l'amphi et tenir leur colloque.

Les autorités universitaires, qui, selon Claude Nataf, ont tout fait pour empêcher les choses de dégénérerª, se sont confondues en excuses. Absente, la police n'a pu intervenir. Officiellement car elle n'entre pas sur les campusª, mais la raison laisse songeur dans un pays aussi quadrillé. Dans une lettre à l'ambassadeur de Tunisie en France, le Crif demande des sanctions contre les auteurs de cet incident antisémiteª. Un peu moins de 2000 juifs vivent encore en Tunisie.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=36750

© Libération

Défilé de ministres et responsables politiques au gala de soutient à Radio J

depu.jpgDe nombreux ministres et responsables politiques de droite et de gauche ont pris part lundi soir à Vincennes (Val-de-Marne) au gala de soutien à Radio J, l'une des radios de la communauté juive, qui fêtait son 25e anniversaire.

Le gouvernement était largement représenté à ce dîner de gala, avec notamment Philippe Douste-Blazy (Affaires étrangères), Renaud Donnedieu de Vabres (Culture), Christian Estrosi (Aménagement du territoire) ou Xavier Bertrand (Santé). De nombreuses autres personnalités politiques étaient présentes, dont les socialistes François Hollande, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Julien Dray, et à droite, Claude Goasguen, Nicole Guedj ou Pierre Lellouche, de même que Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France. Tous ont dénoncé dans de brèves interventions le racisme et l'anti-sémitisme, devant plusieurs centaines de personnes, avant l'organisation d'une collecte publique qui a rassemblé 170.000 euros d'engagements de dons au profit de la radio associative, qui est animée par Frédéric Aziza. Radio J a été créée le 16 juin 1981, dans la foulée de l'élection de François Mitterrand qui permit l'éclosion de nombreuses "radios libres".

Les archives nazies de Bad Arolsen bientôt ouvertes aux historiens

Huit Etats, dont l'Allemagne et les Etats-Unis, ont lancé mercredi à Berlin le processus prévoyant d'ouvrir aux historiens un fonds d'archives retraçant les destins tragiques de 17,5 millions de victimes du nazisme, des documents restés semi-confidentiels depuis plus de 60 ans.

L'accord, approuvé sur son principe en mai dernier par les 11 Etats (dont la France et Israël) chargés de gérer ces archives en vertu d'un traité international de 1955, doit encore être officiellement signé par la Pologne, la Belgique et les Pays-Bas, puis ratifié par certains des 11 Etats, avant d'entrer en vigueur. Ce pourrait être chose faite "peut-être à la fin de l'année", selon un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères.

"Cet accord souligne l'importance du travail de mémoire, et le fait qu'il y a encore du travail à faire" en ce domaine, a déclaré lors de la cérémonie de signature le ministre délégué allemand aux Affaires européennes, Günter Gloser. Ces 47 millions de documents, issus de la scrupuleuse rigueur administrative de l'Etat nazi et aujourd'hui entreposés sur 27 km de linéaire à Bad Arolsen (centre de l'Allemagne), n'étaient jusqu'ici consultables que dans un but "humanitaire", c'est-à-dire de manière individuelle et nominative, sur requête d'une ancienne victime ou de ses ayants-droit. Les registres des camps de concentration ou autres mandats d'arrêt établis par la Gestapo avaient en effet été rassemblés et classés après guerre dans un but très pratique : retrouver les civils déportés ou soumis au travail obligatoire par le régime hitlérien, retracer leurs parcours et, éventuellement, apporter aux anciennes victimes une preuve de leur internement, afin d'ouvrir la voie à leur indemnisation.

Encore aujourd'hui, à Bad Arolsen, plus de 300 salariés permanents continuent à traiter chaque année des dizaines de milliers de demandes individuelles, en provenance d'une soixantaine de pays. Le personnel va d'ailleurs être renforcé à partir de la mi-septembre, pour mieux satisfaire les demandes des historiens. Jusqu'à récemment plusieurs Etats, dont l'Allemagne, s'opposaient à l'ouverture au public de ces documents nominatifs, en raison du caractère particulièrement sensible de certaines des informations qu'ils contiennent, comme l'homosexualité supposée ou le handicap mental de certaines victimes de la déportation. "Nous avons trouvé un compromis entre le droit du public à connaître (l'Histoire), et le droit des victimes au respect de leur vie privée", a déclaré M. Gloser, soulignant que tous les chercheurs intéressés par un accès à Bad Arolsen devront se conformer aux règles en vigueur dans leur pays sur le respect de la vie privée des victimes encore vivantes. Reste que, pour une partie de la communauté scientifique, l'accès à Bad Arolsen revêt un intérêt limité. Plusieurs historiens spécialistes du IIIe Reich avaient indiqué en mai qu'ils n'attendaient pas beaucoup de révélations de ces archives. "C'était un peu compliqué d'avoir accès aux informations stockées à Bad Arolsen, et la plupart de ce qui s'y trouve était déjà connu", a souligné de son côté l'ambassadeur de France en Allemagne Claude Martin, mercredi lors de la cérémonie de signature. "Mais il était temps d'ouvrir ces archives et de faire place aux chercheurs", a-t-il ajouté.

Fofana se nourrit des images de l'actualité

Article d'Alexandre Levy

Le principal accusé dans l'affaire d'Ilan Halimi se nourrit des images de l'actualité.

En prison, les journées sont longues. Surtout lorsqu'on est placé en isolement, ce qui est le cas, depuis près de trois ans, pour Youssouf Fofana, le principal accusé du rapt et de l'assassinat d'Ilan Halimi en 2006, jugé avec 26 autres personnes depuis le 29 avril par la cour d'assises de Paris.

Alors, comme d'autres détenus, Fofana regarde la télévision. Le dimanche matin, par exemple, il suit l'émission de France 2 consacrée au judaïsme, ce qui, selon ses dires, ne fait que confirmer ses sentiments antisémites. «Chaque dimanche matin, je regarde une émission sur les juifs et je me dis, purée, ils me dégoûtent, il faudrait tous les mettre dans le coffre d'une voiture pour les rançonner», écrit-il à un avocat.

Depuis l'ouverture du procès dit du «gang des barbares», le principal accusé cache mal sa frustration, les débats se déroulant à huis clos ce qui le prive d'une tribune exceptionnelle, tant attendue depuis trois ans. Quel écho ont ses provocations régulières? Là aussi, à peine son forfait accompli, Youssouf Fofana se précipite sur son écran de télévision pour en constater l'impact. Il surfe entre chaînes françaises et internationales; il demande à regarder Al Jazeera, et regrette que son nom, ainsi que celui de son avocat, Me Ludot (qu'il aurait récemment révoqué), ne soit pas davantage connu par le public de cette chaîne pan-arabe.

Youssouf Fofana est, à sa façon, lui-aussi un enfant de la télé. Avec ses camarades, c'est la génération «astucieuse», celle des séries télévisées, d'Internet et de jeux vidéos, comme l'expliquera le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, peu après le démantèlement de la bande. Commentant les mises en scène accompagnant les photos de l'otage, le magistrat évoquera alors des scènes «connues par ailleurs dans le monde»: l'Irak, l'Afghanistan, le Parkistan, en référence aux prises d'otages d'Occidentaux, notamment celle, dramatique, du journaliste américain Daniel Pearl, à Karachi...

Des images qui ont fait le tour de la Toile. Tout comme, plus récemment, celles du journaliste irakien balançant ses chaussures à la figure de George W. Bush lors d'une conférence de presse à Bagdad. Des images que Youssouf Fofana a certainement vu parce qu'il va répéter ce geste dans ces moindres détails, le 11 juin, en envoyant en pleine audience du tribunal ses baskets en direction des parties civiles. «Il y a tous les juifs du monde dans le box, ce sont mes ennemis. C'est un attentat arabe à la chaussure piégée», a-t-il crié.

Chaussure piégée: connaît-il également l'affaire, elle-aussi très médiatisée, de Richard Reid qui avait dissimulé des explosifs dans ses chaussures dans le but de les faire exploser sur un vol Paris-Los Angeles? A-t-il regardé, comme tant d'autres, les images de la chute de la statue de Saddam Hussein à Bagdad lors de la prise de la ville?  A-t-il remarqué qu'à cette occasion les Irakiens avaient, d'un bel concert, le même réflexe, celui de se déchausser et d'envoyer leurs chaussures, sandales et autres tongs à la figure en pierre du dictateur. Un geste signifiant le mépris et l'humiliation, habituellement réservé aux servantes et aux prostituées, ont expliqué les spécialistes du monde arabe...

Cela faisait plusieurs jours, en tout cas, que Fofana n'avait pas commis de provocation digne d'être rapportée, malgré le huis clos, par les médias. Il voulait sa dépêche AFP, il l'a eue.

Un jour des universitaires se pencheront peut-être sur l'imprégnation de l'esprit de ces jeunes par les images de l'actualité internationale. Ils tenteront certainement d'établir comment ces images ont façonné leur façon d'agir et de penser. Et, qui, d'une certaine façon, ont permis le déchaînement de violence à l'égard de leur otage juif.

Ou comment encore la frontière, à priori étanche, entre la réalité et le petit écran, que cela soit celui de la console ou du poste de télévision, a été allègrement franchie par ces jeunes qui, entre deux joints et un jeu vidéo, ont commis des actes d'une barbarie inouïe. Cela expliquera peut-être leur étonnante décontraction face aux crimes qui leur sont reprochés, leur bonne humeur dans le box et la certitude, pour beaucoup, que tout cela n'est finalement pas si «grave ».

D'ici là, les images du «dehors» continueront à nourrir les provocations à l'intérieur du tribunal et vice-versa. Il reste un peu moins d'un mois jusqu'à la fin du procès, dont le verdict est prévu autour du 10 juillet. Sans parler de la procédure d'appel, bien évidemment. Parce qu'il faut faire durer le plaisir.

Alexandre Lévy