Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Bob Dylan tel qu'il fût par Schatzberg

Bob Dylan tel qu'il fut

Dylan by Schatzberg, ACC Editions, 264 pages, 100 col, 2018.

Attribuer le Nobel à Dylan plutôt qu'à Roth reste une pilule amère.
Preuve que certains jurys préfèrent les albums aux livres.
Ce qui n'empêche en rien Schwartzberg d'ajouter sa propre pierre au mythe.
Mais celle-ci ne date pas d'aujourd'hui ni  même d'hier. Elle remonte au début de la carrière de folk writer et singer.

Attribuer le Nobel à Dylan plutôt qu'à Roth reste une pilule amère

Attribuer le Nobel à Dylan plutôt qu'à Roth reste une pilule amère

Schatzberg n'est en rien des afficionados de la dernière heure. Dès "Magic Skyline" - et même avant au milieu des années 60 - il était là avec lui pour "dessiner" l'image de Dylan et le faire découvrir. Restaient de ce corpus d'époque des images inédites. Ce projet éditorial permet de les découvrir.
Manière aussi de rappeler que le cinéaste était un photographe et pas des moindres. Toutes ses images sont d'une impeccabilité rare quel qu'en soit l'objet ou l'objectif. Le photographe  - comme on dit maintenant -  est "focus" sur son sujet et rien ne l'en détourne. Il se met à son service et révèle  chez l'artiste une beauté quasi méconnue.

Dylan ne s'est jamais complu dans les portraits de complaisance. Et c'est peut-être pour cela que de tels clichés prennent encore plus de valeur. Il apparait  comme on ne l'a presque jamais vu. Il se fait souple et attentif à l'objectif.  Preuve qu'il existait entre les deux créateurs une complicité sans déférence. Le photographe était à la recherche d'une vérité d'incorporation. Dylan accepta ce pari. Son  visage est remplacé par ce que Beckett nomme "la visagéïté". Elle donne à Dyllan une autre aura. A l'oeuvre de Schatzberg aussi.

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Artiste juive US: Martha Rosler, détruire dit-elle ,

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler

Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

Née en 1943, Martha Rosler vit une et travaille à Brooklyn. Proche et parfois initiatrice des mouvements d’art féministe et/ou conceptuel elle propose tableaux, vidéos, photos, photomontages, installations et performances.

Son travail interroge le quotidien et la sphère publique afin et, selon ses mots de poser« les questions souterraines, comme la façon dont nous vivons nos vies, ou la manière qu’ont les États-Unis de gérer les affaires en notre nom ».

Son photomontage de 1974 «  The Bowery in two inadequate descriptive systems » est considéré comme une œuvre fondamentale de la photographie conceptuelle postmoderne. Et ses photomontages « Body Beautiful, or Beauty Knows No Pain «  puis « Photo-Op » représente ironiquement (ou cruellement) la femme dans le domaine privé et domestique. Mais elle a étendu son investigation à l’imagerie du guerre : Vietnam, Irak, Afghanistan.

Lors de sa première exposition ou Moma  (« Meta-Monumental Garage Sale ») elle scénarisa une vente typiquement américaine ; celle de garages de stockage abandonnés par leurs propriétaires et vendus à la criée dans des sortes de ventes aux enchères in situ (qui sont devenus un must de la télé-réalité).

Ces étranges événements communautaires, l'a conduite à commencer à collectionner ses propres objets et à faire ses propres événements de ventes de garage. Le « Meta-Monumental Garage Sale « de 2010 a présenté 14 000 objets, issus de sa propre collection, et des objets donnés par les employés du musée et par le public. Elle a reconduit ce type d'événement, dont le « Fair Trade Garage Sale »  à Bâle en 2010 puis au Moma.

L’artiste multiplie - à la place d'expositions personnelles -  des projets pluriels où elle invite des artistes de divers champs afin de poursuivre sa réflexion sur les questions d’éducation, de vie précaire, d’urbanisme, etc.. Extrêmement douée dans la fabrication et la création d’images puissantes, elle fait souvent passer son travail en second plan pour créer des phénomènes plastiques plus larges Avec « The Martha Rosler Library » elle a mis à la disposition du public près de 8000 ouvrages  de sa collection privée dans des institutions artistiques, des écoles et des bibliothèques.

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler
Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

D’abord à la  galerie new-yorkaise d'E-flux puis en Europe (Paris, Berlin, Amsterdam, Liverpool, Edimbourg). Les visiteurs peuvent s'asseoir et lire ou faire des photocopies gratuitement de ses volumes. D'autres initiatives, comme des groupes de lecture et/ou des présentations de lectures publiques, ont été organisées en relation avec le projet.

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

« Détruire dit-elle » : Martha Rosler
Martha Rosler, « Irrespective », Jewish Museum, New York,2 novembre 2018 – 3 mars 2019.

L’artiste compose des environnements  aussi réels qu’imaginaires, ouvre des mondes possibles, au moment même où notre époque temps à confondre réel et virtuel. L’artiste rappelle combien nous vivons dans l’ère de l’écran et ses éclats médiatiques « officiels » même dans l’aire des jeux. Contre ces visions l’artiste oppose ses contre images afin de lutter contre les déformations volontaires ses propres fenêtres et ce qu’un critique a appelé un « land art fictif » où soudain les imaginations données pour mortes ou sous perfusion imaginent encore.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artistes juifs de Belgique : les îles perdues de Nicholas Kahn & Richard Selesnick

Les îles perdues de Nicholas Kahn & Richard Selesnick

Le monde de Nicholas Kahn & Richard Selesnick nous projette entre « Les Villes Invisibles » d’Italo Calvino et « Orange Mécanique » voire tous les films de Stanley Kubrick. Ceux qui se rencontrés au lycée, travaillent depuis ce temps plusieurs médiums dans un décalage des rôles. La photographie et l'installation demeurent majeures pour créer des fictions plus qu'étranges.

Artistes juifs de Belgique

Artistes juifs de Belgique

En effet l'univers des deux artistes est pour le moins baroque : s'y retrouvent des univers de Science-Fiction, d'explorations improbables, le post-modernisme, un certain romantisme et un absurde cher au surréalisme belge qui décale les frontières du monde. Faute de moyens ils utilisent le collage d'éléments récupérés dans les friperies, déchetteries et sur e-bay pour proposer des objets improbables. Ils créent aussi des images architecturales au moyen de l’ordinateur.

Un tel univers est grandiose, comique, drôle, plein d'émotions. Existe là une typologie poétique et étrange en des composites et des hybrides. Seule la poésie opère comme drogue exstrème là où elle résonne au fond des tombeaux ouverts en évitant s'y sombrer pour l'instant - même si la terre devient un trébuchet prébuchant Les artistes y campent au confluent de l'inconfort et de la fulgurance. Prêts à partir, ils semblent déjà non sous les toits mais dans la rue sans attendre l'ajournement de trop.

Les oeuvres des artistes sont visibles à la Galerie Aeroplastics, Bruxelles.

Auteure juive : Charlotte Delbo, l'inéluctable du pendant et de l'après

L'inéluctable du pendant et de l'après de Charlotte Delbo

Charlotte Delbo, "Une connaissance inutile - Mesure de nos jours" (Auschwitz et après II et III), éditions de Minuit, Paris, 2018. Collection "double", 336 p., 9 E.

Charlotte Delbo (1913-1985) est non seulement l’un des écrivains de la littérature dite des camps les plus étudiés dans les pays anglo-saxons, où elle est considérée à l’égal de Primo Lévi, mais une femme au destin exceptionnel. Près de 30 ans après sa mort, alors qu’on commémore en 2013 le centenaire de sa naissance, Violaine Gelly et Paul Gradvohl reviennent sur la vie de ce formidable témoin du XXe siècle. Issue d’une famille modeste, elle poursuit des études de philosophie à la Sorbonne et adhère aux Jeunesses communistes, où elle rencontre Georges Dudach qu'elle épouse en 1936. En 1939, elle fait la connaissance de Louis Jouvet, devient son assistante et sa confidente. Une rencontre intellectuelle décisive, qui place le théâtre au cœur de son expression.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage dans la résistance avec son époux. Ce dernier est arrêté et fusillé. De leur dernière entrevue, Charlotte tirera, vingt ans plus tard, une pièce de théâtre, Une scène jouée dans la mémoire. Le 17 août 1942, Charlotte Delbo est déportée dans un convoi de prisonnières politiques françaises à Auschwitz-Birkenau.

Télécharger le livre en cliquant sur ce lien :https://ebooks-gratuits.club/ebook/charlotte-delbo/

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Troisième ouvrage de l'auteure sur les camps, le livre "Une connaissance inutile" - réédité aujourd'hui - demeure plus personnel que les deux premiers qui recherchaient une forme de dépouillement impersonnel. Ici l'auteur parle à travers elle de l'amour, de l'amitié, du froid et de la mort avant de poser dans "Mesure de nos jours" la question de la survivance des rescapés, des "revenants".

Charlotte Delbo tente ainsi de répondre aux impossibles et lancinantes questions du rester vivant pendant et après Auschwitz et autres lieux de condamnation aussi impensables que quasi irrévocables.

Dans "Une connaissance inutile" l'auteure montre comment la détresse et l'abandon créent d'étranges rapports. Elle évoque par exemple son lien aux hommes du camp : "j'eus pour eux une immense pitié et un immense effroi" note-t-elle au moment où elle se retrouve "le coeur en cendres" et en voulait à tous les vivants. Et l'auteure d'ajouter : "Je n'avais pas encore trouvé au fond de moi une prière de pardon pour ceix qui vivent".

Les sentiments de Charlotte Delbo sont mis à nu dans ce travail de reprise où, au côté de ses "soeurs" elles se mettent à réconforter les hommes ce à quoi ceux-là répondent par une dignité et un autre type de réconfort. Reste une atmosphère terrible, irrespirable. L'auteur fait partager ce qui est le plus inexprimable mais qui soudain s'articule. Dire que c'est terrible est peu : l'accumulation de ces moments d'existences rend ce "document" (mais bien plus) d'une force rare d'autant que l'auteure y avoue parfois cette "honte" d'être encore en vie quand les autres étaient appelés par la mort organisée.

Quant au retour il n'est pas ce qu'on voudrait croire. Comment répondre au viva et à l'accueil bienveillant de la foule après "ça" ? Ceux qui pourraient aider l'auteur ne sont pas, ne sont plus. Reste une angoisse. Elle n'est plus du même ordre que dans les camps. Mais est-elle plus supportable ?

Sans doute nous qui n'avons pas vécu la Shoah ne pouvons le comprendre. Mais Charlotte Delbo exprime ce qui se passe : elle se dit non "desespérée" mais "absente". Nous comprenons alors ce trou qui suit l'enfer. Et le silence dans lequel se sont retrouvés les survivants.

Certes, tous ne vécurent et ne vivent pas de même manière l'après. Mais l'auteure touche le noeud profond qui fixe ceux qui ont vécu la Shoah dans un écroulement muet dont ils ne purent se remettre même si certains d'entre eux et d'entre elles trouvèrent des raisons non seulement de continuer mais de faire. A ce titre Simone Weil reste un symbole. Mais ceux qui renoncèrent aussi.

Auteur juif : L'exil et le rebond de G-A Goldsshmidt

L'"INTIM" DES LANGUE : DANS LE JARDIN SECRET DE G-A GOLDSCHMIDT

Georges-Arthur Goldschmidt, "L’exil et le rebond", éditions de l’Eclat, 2018

Georges-Arthur Goldschmidt né en Allemagne vit à Belleville. Sa fuite en France et son installation en France le fit hériter non seulement d'une prise de conscience de ses origines mais aussi d'un profond déséquilibre mental, sexuel. Perdu et isolé en Savoie, c'est bien plus tard que sa famille reprit contact avec lui grâce à une de ses soeurs (de 21 ans son aînée) et dont le mari philosophe fut le dernier assistant de Husserl.

Ce n'est qu'en 1949 que Goldschmidt retrouve l'Allemagne et découvre soudain quelque chose d'effroyable : " J'ai compris et surtout ma famille a compris qu'il valait mieux que je ne revienne pas, que je n'avais plus rien à voir là-bas. Je me suis aperçu que j'étais vraiment parti. Je reviens volontiers en Allemagne mais je me suis juré de ne pas y mourir comme Thomas Mann ".

Goldschmidt éprouva en effet une réserve (euphémisme) pour  ces ex chemises brunes qui osaient lui affirmer : qu'ils étaient tous contre Hitler.

Et l'auteur de préciser : " ça m'a été raconté par les nazis les plus convaincus dont je ne veux pas donner de noms ". Certes l'auteur reconnaît les efforts accomplis par les allemands pour se reconstruire : " Aucun peuple n'a autant travaillé sur sa propre mémoire que les Allemands. J'ai vu au cours de mes séjours en Allemagne, à quel point les Allemands avaient pris conscience de l'horreur nazie "écrit-il.

Avec son dernier livre Georges-Arthur Goldschmidt revient une nouvelle fois sur cette Allemagne Il tente de remonter l’histoire de son pays d’origine qui a échoué à dominer l’Europe par la force militaire en dépit d’un de deux plus  criminels et indélébiles des totalitarismes. Dès lors l’exil « contraint et à jamais » devient libération créatrice, ouverture à l’autre, à sa langue, à la générosité de son accueil.

L’auteur a traduit un grand nombre d’auteurs dont Peter Handke ou Franz Kafka et est l’auteur de récits et essais, centrée sur les questions du langage prise entre le français et l’allemand entre deux problématique qu’il définit lui même. D’un côté . “ Le fond de la parole est muette  ”. De l’autre  “ Celui qui écrit est objet de ce qu’il écrit  . Dès lors l’auteur pose trois questions sur la langue que la traversée des frontières a précisé : Parvient-elle à devenir un symptôme d'identification ? Dans quelle langue parler ? Qui parle dans la langue ?

Celui qui comme ses frères se sentit interdits de séjour, révocables par la mort qu'on leur avait promis et qui ne s’en sont tirés qu’en devenant comme le dit l’auteur un des “ resquilleurs de l’Holocauste ”, cherche à trouver à travers elle un liant et un lien. L’auteur y répond rappelant que  langue allemande est  pour lui pervertie et ce " grâce " à  Fichte lorsqu'il affirma au début du XIXème siècle que l'allemand était la langue de la pensée.

Et Goldschmidt de préciser " C'est une illusion. Et on va jusqu'à prétendre - tel Heidegger  - que l'on ne peut penser qu'en allemand. Ce qui est une idiotie tellement vertigineuse qu'on se demande comment des Français ont pu prendre cette ânerie au sérieux ". Heureusement face à l'allemand standard et grâce à la fuite une autre langue s'imposa en particulier à travers les " Caractères " de La Bruyère  et à travers  la phrase de Descartes qui bouleversa le jeune homme et qui finalisa son cogito : " je suis, j'existe.

Voilà ce qu'en fit Goldschmidt : " Je suis littéralement tombé en moi-même. Je me suis aperçu que j'existais. C'est un phénomène biologique, presque physiologique. Avant, on se confond avec les choses. C'est pour moi un phénomène si important que j'ai " commis " un petit bouquin « Le poing dans la bouche ». Je me sens exister comme Joseph K. Je me suis toujours reconnu en Joseph K ".

Lisant son dernier livre nul ne peut s'empêcher d'opérer une liaison avec son premier livre paru en 1972, année où il devint l'un des traducteurs de Peter Handke : " Un corps dérisoire ". Entre ces deux textes, il y a une césure de près de 50 ans . L'écrivain ne cesse de fouiller le terreau linguistique et culturel sur lequel il s'est constitué passant d’un pays à l’autre avec une attirance vers son lieu premier..

Goldschmidt pose à nouveau la question centrale du corps, lieu de sensations et de pulsions contraires donc de l'identité. Et les deux langues qui depuis son départ d'Allemagne l'occupent, cohabitent, convergent et divergent tout autant.

Photographe juive : Arlene Gottfried et son New-York délires

Arlene Gottfried : New-York délires

Arlene Gottfried d’abord en photographe amateur puis en reporter professionnelle multiplie  des prises sur les plages et dans les clubs de New York mis aussi explore ses quartiers en des images réunies dans plusieurs albums dont cet « Sometimes Overwhelming »  devenu un classique de la vie de la cité.

Elle saisit l’extravagance de ses quartiers et de ses habitants.  Peu à peu la créatrice allait sophistiquer (à tort ) ses prises de divers types de marginalité.
Mais ici tout garde une fraîcheur surprenante à une époque où la ville n’était pas « débarrassée »  de ceux et celles qui furent bientôt chassés par le maire Giuliani pour l’« épurer » .

Arlene Gottfried : New-York délires

Arlene Gottfried : New-York délires

La photographe aime montrer les contrastes et oppositions (homme nu et rabbin, femme vieille et éphèbe, blanc et noir, etc.).

La diversité joue dans des œuvres dénuées de tout jugement de valeurs. L’ensemble est  excentrique et ludique, insouciant et sérieux. Les portraits d’êtres humains fragiles ou sûrs d’eux trouvent une réalité qu’elle ne  l’était dans ce témoignage brut et composé mais toujours de première main.

 

Arlene Gottfried, « Sometimes Overwhelming », PowerHouse Books, New York, 2018

 

Photographe juif : Pour Tom Jacobi le blanc est plus qu'une couleur

 TOM JACOBI : LE BLANC EST PLUS QU’UNE COULEUR

 Selon Tom Jacobi l’être humain  a besoin de blanc. C’est pour lui –même si selon la théorie des longueurs d’ondes cela est faux – «  la plus brillante de toutes les couleurs ». Mais il avance une raison majeure au pouvoir de la couleur blanche : « , pour survivre le blanc  fournit un soutien dans un monde sans stabilité. »

Pour Tom Jacobi le blanc est plus qu'une couleur

Pour Tom Jacobi le blanc est plus qu'une couleur

Le photographe a arpenté le monde Jacobi et  a voyagé tous les continents pendant deux ans, pour saisir paysages désertiques et blancs qui recèlent une force intemporelle. A force de contempler de tels lieux  le regard d’une part  s’immisce à l’intérieur mais d’autre  et selon l’artiste  la luminosité  encourage à viser l’avenir.

Il est vrai que selon la Bible, comme en Egypte ancienne et chez les Romains le blanc est toujours positif. Et dans le bouddhisme, la fleur de lotus blanche est le symbole de l’illumination.  Le monumentalisme quasi magique de tels paysage s’élève contre le noir et le chaos là où l’effet de vide devient une plénitude qui sort de l’obscurité.

 

Tom Jacobi, « Into the light »,

Artiste juif : Richard Kenigsman

Les pavés de Richard Kenigsman.

artiste peintre juif belge Richard Kenigsman

artiste peintre juif belge Richard Kenigsman

Richard Kenigsman (né en 1945 en Belgique),vit et travaille à Bruxelles. Il est reconnu - entre autres - pour son engagement dans la communauté juive et développe depuis 35 ans ses recherches artistiques autour d la peinture, la photographie, la sculpture et le dessin. Les photographies présentées en septembre revisitent sa mémoire familiale.

Les peaux de cuir de son père maroquinier rue des Tanneurs sont d’ailleurs à la base de nombreux travaux de l’artiste  dont "Retouches et Réparations" , Galerie Memorias ,Bruxelles, 2009 ) et en septembre la pose des 50 “Pavés de Mémoire” dans  cette rue. Ils ont comme objet  ses "Bouts de Souffle" réalisée sur base des "chutes " de l'atelier de maroquinerie paternelle.

 Les œuvres de l’artiste  ont été exposées non seulement à  Bruxelles  mais aussi à Londres ,  New York, Paris , Tel-Aviv, Milan et se trouvent dans de nombreuses collections particulières.

Diverses organisations et montages se relayent et s'opposent au sein de l’oeuvre bruxelloise.  Des séries de variations  et d’adjonctions dérangent les  repères cérébraux. La forme est intériorisée au moment même où elle gicle de manière "physique" sur le cuir.

Elle  dément l'ordre des choses mais aussi le chaos des massacres du passé. Son esthétique répand une poétique habitée inédite. Elle métamorphose ce qu’elle saisit et cultive aussi l’ambiguïté identitaire. Sans elle l’émission du « moi » reste une vue de l’esprit que la créateur refuse.

 

 

Richard Kenigsman  : 50 oeuvres " Bouts de Souffle " ( photographie  80 x 30 cm ).

numérotées, datées et signées, En soutien à l’Association pour la Mémoire de la Shoah (AMS), Bruxelles.
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Artiste juive : Carole A. Feuerman reine mère de la sculpture hyperréaliste

Carole A. Feuerman reine mère de la sculpture hyperréaliste

Carole A. Feuerman est une pionnière de la sculpture hyperréaliste.  Avec Duane Hanson et John De Andrea elle est une des trois têtes de ponts de cette « école ». Mais tandis que  Hanson utilise des uniformes pour donner au Pop Art une vision ironique et que De Andrea explore les relations amoureuses entre les femmes et les hommes, Feuerman met en exergue la beauté naturelle du corps féminin si bien que par son art elle devient  selon John Spike la « doyenne qui règne sur le super-réalisme ».

Elle a aujourd’hui derrière elle huit rétrospectives dans des musées du monde entier et son œuvre est montrée partout. Tant  à La Biennale de Venise (quatre fois), qu’en Chine, Corée, USA Ses œuvres les plus célèbres sont « The Golden Mean » exposé face à l’Hudson  à Peekskill,  et « Monumental Double Diver » présente à Sunnyvale dans la Silicon Valley.

Le corps féminin absorbe l’espace et l'exhausse. Chaque pièce  représente  comme tout acte de création  un acte de résistance en ce qui est infiniment perceptible et peut-être inexplicable pour le regardeur. Il assiste à la confrontation avec le corps. Celui-ci demeure la présence la plus commune et simple mais aussi la plus rare et la plus mystérieuse qui soit. C'est le paradoxe d’une œuvre où le silence parle le corps féminin comme absolu.

Feuerman Carole reine mère de la sculpture hyperréaliste

Feuerman Carole reine mère de la sculpture hyperréaliste

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Romancière juive : Annick Walachniewicz nuances et biais dans la fidélité à la Shoah

Annick Walachniewicz : nuances et biais dans la fidélité à la Shoah

La romancière juive belge Annick Walachniewicz est une des  premières à insister  l’aspect « Shoah Business » qui ne peut que faire mal à ceux qui l’ont vécue comme à leurs familles et descendants. Elle met en évidence le traumatisme qu’ont vécu les enfants des survivants de la Shoah. Avec son « Il ne portait pas de chandail » et à travers sa narratrice l’auteure montre comment le silence des « revenants » est complexe.

D’une part parce qu’une telle expérience reste intransmissible et d’autre par les survivants voulaient épargner à leurs enfants et petits enfants ce poids quitte à inventer des mensonges de préservation (« La petite n’a pas besoin de savoir ça »). Mais chacun sait  qu’un tel silence est source de bien des troubles (parfois moraux, parfois physiques)  Et il arrive que les enfants des déportés deviennent aux aussi des enfants du silence.

Les secrets finissent  néanmoins à se dire mais de manière parfois plus ou moins « coupables » ce qui est un comble. Mais pour  la narratrice du livre le passage par l’écriture entraîne la guérison. Mais le chemin a été long.  La démarche est complexe, multiple et se déplace de l’histoire d’une génération à une autre. Mais certains retours sont de véritables traumas : une femme qui entre dans le musée d’Auschwitz et découvre comme première image la valise de morts qui portaient son propre nom ne peut rester indemne.

Annick Walachniewicz montre comment la manière de trouver sa propre place est soumise à divers mouvements entre le silence de l’après-guerre et une clarification qui parfois brouille les pistes. La créatrice possède l’astuce d’appuyer ses démonstrations sur une fiction où tradition n’est pas absente. Et ce afin de ne pas  brouiller les cartes tant il n’est pas facile de rameuter l’expérience de la monstruosité tout comme la taire revient à  étouffer des vies au nom de la « légitimité » d’un non savoir sur ce qui s’était passé.

Annick Walachniewicz « Il ne portait pas de chandail », L’Arbre à Paroles, Amay (Belgique), 2018.