Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : David Nissen l'enchanteur

Artiste juif : David Nissen l'enchanteur
David Nissen l'enchanteur

David Nissen, sur le plateau de tournage de son film "Angels" avec Kolectiv Provoke, a réalisé une série de photographies des filles angéliques dans l'usine en ruine qui lui ont inspiré un imaginaire hautement atmosphérique.

L'artiste est  non seulement directeur de l'image sur des longs métrages et pour la publicité mais un grand photographe passionné. Il est vrai que ces deux arts se font écho et se complètent puisqu'il s'agit dans les deux cas il s'agit d'écrire une histoire avec la lumière. Et parfois l'exigence de l'image fixe est plus grande puisque ne peut s'y joindre des adjuvants sonores.

Ici l'espace se régénère par la présence des sylphides qui en deviennent la fibre. David Nissen sans aucun artifice - voire avec des angles paradoxalement en plongée -  donne un aspect aérien à ses égéries. Elles semblent s'envoler et prêtes à quitter le monde du bas.

L'enchantement passe par un univers qui a priori ne s'y accorde pas. Et la poésie visuelle est encore plus intense. Elle  rappelle celle d’Andreï Tarkovski modèle d'un photographe. Comme lui il est  avide pour l'image d'un statut aussi poétique que brute. Il s'agit de  souligner le caractère particulier des danseuses enfantines qui semblent libres dans l’enveloppe charnelle de l'usine isolée et abandonnée .

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Yoram Roth le gêneur libre

Yoram  Roth le gêneur libre

Collectionneur, président et propriétaire majoritaire de musée Fotografiska, photographe Yoram Roth, né à Berlin, a grandi à New York où il a terminé ses études de photographie avant de revenir à Berlin. Ces trois "titres" ne sont pas simple à gérer même s'il espère toujours redevenir artiste a temps plein. Grâce à sa galerie"Camera Work" son travail est connu dans le monde entier même si, contrairement à ce qu'on pense, la nudité qu'il illustre est de plus en plus   mal considérée.

Pourtant la façon dont il la présente dérive sur l’abstraction et des aspects éthérés qui n'ont rien d'obscènes. Il a été néanmoins désinvité de Photo fair San Francisco l’année dernière et n'a même pas pu montrer mon site Web à Dubaï. À San Francisco, son travail était perçu comme politiquement incorrect, dans l’émirat, il était considéré comme du pornographique.

Le créateur cherche toujours un caractère sacré du corps humain comme en captant la lumière dans le cadre physique pour faire passer l’impression réelle.Il avance ainsi sans oublier de regarder ceux qui comme lui avancent dans le même sens de Douglas Gordon, Kyle Meyer, Annegret Soltau à David LaChapelle, Julie Blackmon ou Anja Niemi.

L'artiste rappelle que la photographie est un art pas intimidant et c'est là son problème. Tout le monde peut se croire photographe et ne se rend pas compte qu’il fallut plus qu’une combinaison intelligente de boutons pour faire une bonne photo. L’artiste doit avoir des compétences, un point de vue et un regard .C'est le cas de Yoram Roth. C'est pourquoi ses projets intriguent fascinent ou dérangent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Le Jour Où Je Suis Devenu Une Autre Victime Du Génocide

D'un génocide à l'autre

L’exposition, "The Day I Became Another Genocide Victim" (Le Jour Où Je Suis Devenu Une Autre Victime Du Génocide), devait être inaugurée le 7 avril 2020 au Holocaust and Genocide Centre à Johannesburg. À la suite du covid 19 cela s'est passé autrement. Mais une telle exposition rappelle les menaces contre l’humanité.

Barry Salzman - né au Zimbabwe et qui a grandi en Afrique du Sud, avant d’émigrer aux États-Unis - propose 100 portraits de victimes du génocide au Rwanda à travers leurs leurs effets récupérés et extraits des fosses communes du village de Kabuga en 2018, 25 ans après le génocide. Au total, des restes de plus de 84 000 personnes ont été retrouvés sur le site en hommage au près d’un million de personnes assassinées.

Un texte "Nous étions"reflète l’expérience du photographe lorsqu'il prit ces images de celles et ceux qui n’ont jamais été identifiées. Il est possible par exemple d'imaginer la vie de ce petit garçon matraqué et portant son sac à dos avec une figure de chien. Pendant ce travail, rapppelle l'artiste a repensé aux mots de Georges Didi-Huberman, "n’invoquez pas l’inimaginable, mais au lieu de cela, forcez-nous dans cet endroit difficile à imaginer".

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Ces images sont visibles sur www.barrysalzman.net

Artiste juive : Redécouvrir l'oeuvre de Gerty Simon

Redécouvrir l'oeuvre de Gerty Simon

Wiener Holocaust Library annonce l’exposition en ligne des photographies perdues de Gerty Simon. L'exposition présente la vie et l’œuvre de la photographe pionnière renommée dans les années 20 et 30 pour ses portraits de personnalités politiques et artistiques d'abord à Berlin ûis à Londres entre les deux guerres.

Redécouvrir l'oeuvre de Gerty Simon

Redécouvrir l'oeuvre de Gerty Simon

La Wiener Holocaust Library met donc en lumière, pour la première fois dans le monde le travail d'une créatrice innovante mais largement oubliée. C'est grâce à la succession de son fils Bernard Simon, lue la Bibliothèque a eu accès à 327 tirages inédits ainsi que des documents sur des expositions de l'artiste.

Il était temps de ramener à la lumière une telle photographe d'exception qui avait des liens à erlin avec la scène créative florissante et innovante des acteurs, écrivains, compositeurs, danseurs et artistes, ainsi qu’avec le monde politique dont un certain nombre ont ensuite été persécutés par les nazis.

Jean-Paul Gavard-Perret

Berlin/London : The Lost Photographs of Gerty Simon, The Wiener Holocaust Library, Londres, 2020.

Artiste juif : Alfred Eisenstaedt pionnier du reportage photographique

Alfred Eisenstaedt pionnier du reportage photographique

Photojournaliste américain, Alfred Eisenstaedt est né le 6 décembre 1898 en Prusse-Occidentale, mort le 23 août 1995 à Oak Bluffs, dans le Massachusetts où il émigra lorsqu'il fut poursuivi en tant que juif par les nazis.

Passionné de photographie, il en fait sa profession en 1929 et s'intègre au dynamique photojournalisme allemand. Durant les années 1920 et au début de la décennie suivante, il est très influencé par Erich Salomon un des initiateur de la photographir documentaire photographique.

Au début des années 1930, ses photographies sont publiées dans de nombreux magazines européens. Il couvre l'ascension d'Adolf Hitler et, en 1935, réalise une série de clichés sur l'Éthiopie juste avant son invasion par l'Italie. La même année, il émigre aux États-Unis et devient un pionnier du reportage journalistique et l'un des quatre premiers photographes de "Life" dont il devient la vedette avec 90 couverture et 2500 reportages.

Il a photographié autant les hommes politique, le gotha et les stars dr cinéma que gens de la rue saisis dans leur vie quotidienne (cf. son livre "Gens"). Il a toujours su - et c'est ce qui fait sa force - caper le moment "juste" capable d'évoquer tout l'implicite d'une histoire comme il le rappela dans son autobiographie "L'œil d'Eisenstaedt".

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Artiste juive : Monique Frydman, identités

Monique Frydman : identités

Cet important volume réunit une les carnets et les  textes et entretiens de Monique Frydman.  Elle a toujours « rationaliser par la parole » ce qui advient dans l'art.

Et le corpus illustre comment le langage picturale de la plasticienne n'a cessé d'évoluer afin de franchir divers obstacles  d'un parcours qui passe d'abord par un abandon de la pratique plastique en 1967 après sa sortie des Beaux-Arts lorsqu'elle s'oriente vers l'activisme militant.

Elle revient à la peinture après cette période de diète créatrice mais dans laquelle elle trouve ses marques et son identité à travers le féminisme et l'exploration de ses origines juives et le traumatisme de la Shoah.

Appartenant à la génération postmoderniste de la déconstruction radicale du tableau, pratiquée par le groupe Supports/Surfaces,  l'objet peinture, son cadre et support deviennent pour elle une exploration de l’épaisseur du plan et de sa valeur de re-présentation.

Certes - et en parallèle - le corps  va demeurer présent. Mais son "jeu" et son rôle évoluent dans ses grandes peintures abstraites des années 1980. Puis elle entame alors des travaux à l’aide de ficelles trempées dans la couleur.

Disposées au verso de la toile puis déplacées elles  créent des suspens de peinture, dessin, lignes, surfaces par séries de couleurs, crépusculaires ou solaires, dont elle expérimente la masse, la souplesse, la vibration.

Ce livre important précise le rôle déterminant de certains créateurs sur les avancées de la créatrice : de Cézanne à Rothko, Pollock, de Kooning, de Matisse, Bonnard, à Sassetta, Le Greco et les fresques pariétales de Lascaux.

La  stratégie de l'oeuvre en devient plus nette et une clarté se distingue  derrière les méandres de son parcours où la présence de l'abstraction n'est pas seulement métaphysique ou mystique mais une manière charnelle d'envisager la polyphonie des couleurs et des matières.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Monique Frydman, "Le Temps de peindre - Carnets d’atelier 1975-1990 ; Textes 1979-2000 ; Entretiens 1984-2014, L'Atelier Contemporain, Stasboirg, 532 p., 2020.

Artiste juif : Aby Warburg, le maître des images

Aby Warburg : le maître des images

Aby Warburg(1866–1929), fils d'une famille de banquier juif de Hambourg termine ses études par un doctorat sur le peintre de la Renaissance italienne Sandro Botticelli. Et en écho il étudie les divers liens entre mythes, image, rites de diverses cultures.

Il devient le précurseur de l'histoire de l'art en renverse l'interprétation  des images et iva devenir le poète de l'iconologie moderne. Roberto Ohrt et Axel Heil ont cherché dans les quelques 400000 photos de la collection du Warburg Institute de Londres les images de son Atlas. Et leur travail est une avancée majeure puisque est publié enfin l'ouvrage vraiment original.

Le "Bilderatlas Mnemosyne" ("Atlas mnémosyne") reste unique qui renouvelle les conditions de lecture et d'interprétation des images. Il a été conçu en étroite relation avec la bibliothèque d'Aby Warburg ouverte en 1926 à Hambourg qui portait l'inscription « Mnémosyne » au-dessus de sa porte d'entrée. Riche de près de 60 000 volumes et de plus de 25 000 photographies, la Kulturwissenschaftliche Bibliothek Warburg (KBW) présentait un classement reposant sur les grands thèmes sur lesquels travaillait son fondateur, principe qu'il a repris pour l'organisation des planches illustratives de son atlas.

L'objectif premier était de mener une histoire comparative de l'art basée uniquement sur l'image. Pour cela il a réutilisé pour certaines planches des illustrations préalablement recensées à l'occasion de conférences ou d'expositions organisées au sein de sa bibliothèque.

Un tel atlas est moins constitué de " pages " au sens habituel du terme que de tables, de planches où sont disposées des images, planches pour faire cohabiter le même et l'autre en établissant des correspondances inattendues entre des reproductions d’œuvres parfois très éloignées dans le temps, le style et la technique.

Warburg les épinglait sur une toile noire puis les photographiaient avant d’être éventuellement modifiées.  Son but principal était de déceler les survivances des formules du pathos (ce qu'il nomma la "Pathosformeln") à travers les représentations des émotions issues de l’art de l’Antiquité et leur résurgence pendant la Renaissance.

Ce projet de cartographie mémorielle et mouvante du savoir visuel - interrompu par sa mort en 1929 mais de toute évidence inachevable dans son essence - reste une œuvre irremplaçable. Dans les dissonances de systèmes Warburg ne cesse de chercher et découvrir, à travers les âges, des rémanences stables.

Jean-Paul Gavard-Perret

Photographe juif : Jerry Uelsmann photographe cosmique

Jerry Uelsmann photographe cosmique

Jerry Uelsmann né à Détroit en 1934 est reconnu pour ses montages photographiques ambigus qui déforment la réalité en juxtaposant des personnages et paysages dans des narrations surréaliste.

A travers ses photographies il accorde une certaine valeur à la douleur mais juste ce qu’il faut. Car il ne convient jamais de lui faire trop honneur sous prétexte de croire à l’éternité. Par un exercice de patience l’être peut ne plus en être l’otage. L’artiste le montre au cœur de situations autant passives qu'actives et quasi mystiques

Les personnages deviennent d’étranges revenants.
Le silence est au cœur de l’image qui plus qu’ailleurs sourd dans un quelque part ailleurs mais qui pourrait ressembler à un ici-même.

Uelsmann le fait exister selon divers éléments premiers dont l’arbre, les astres, l'eau. Le cosmique s'insére à la vie en suspension et lévitation. La photographie revient au gisement premier, au point explosif du principe du néant et de l’infini de son fondement.

Surgit un système capable par le fantastique de ne plus prendre les vessies pour les lanternes en une sorte de rêve éveillé Il rappelle que le monde n’est qu’apparence. L'oeuvre fait forcément pénétrer dans un réel d'où jaillit la vibration d'un absolu.

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Photographe juif : Eduard Isaac Asser pionnier de la photographie

Eduard Isaac Asser pionnier de la photographie

Eduard Isaac Asser était le fils d'un juriste célèbre de Hollande. Il étudia le droit à Amsterdam pour suivre les traces de son père. Mais grand amateur d'art il s'essaie d'abord au daguerréotype . De passage à Paris plusieurs fois il se lance dans la photograpie et approfondir la connaissance des techniques de cette nouvelle expression plastique.

Avec l'aide de livres techniques en français, des produits chimiques dangereux, des papiers de tirage préparés par lui-même, il produisit patiemment ses premières photos. En 1857, il développe un procédé de photo-lithographie qui permet de produire des photos peu chers. Il brevète cette tecnique appelée "procédé Asser" et elle est pour beaucoup dans sa renomée et son succès d'alors.

Comme beaucoup de pionniers de la photo Eduard Isaac Asser effectue avant tout des portraits de sa famille et de ses amis. Il passe ensuite, en revisitant les grands genres picturaux, aux autoportraits, natures mortes et paysages urbains dans l'esprit de la grande peinture hollandaise du XVIIème siècle.Ses photos gardent d'une part un intérêt historique et on lui doit les plus vieilles photographies de sa ville . Mais d'autre part et parce qu'il fait preuve d'un regard, ses clichés doivent être comprise comme des oeuvres d'art à part entière. Sans le savoir le Hollandais ouvre déjà la voie à une maîtrise orginale du langage photographique.

Artiste juive : Carole Bellaiche, jeunes filles en fleurs

Jeunes filles en fleurs : Carole Bellaiche

Carole Bellaïche est en seconde lorsqu'elle décide de photographier certaines filles de sa classe. Elle agit à la fois pour les séduire : elle les maquille, scénarise, déguise, dans la grande maison familiale.

Ce "travail" ressemble à un jeu aussi étrange que léger et sérieux. Pour autant la créatrice ne se prend pas pour une photographe. Elle le deviendra très vite, après le lycée.

Elle réalise des books de portraits d’acteurs et d’actrices mais abandonne et oublie ses premières photographies et ses pellicules dorment des années, et s'altèrent.

Bien plus tard elle y repense et elle les exhume de son passé d'adolescente. Mais elles ont été modifiées à l'épreuve du temps. La plupart d'entre elles sont rongées, partiellement effacées ou redessinées par le travail chimique et inconscient du temps.

Elles gardent néanmoins une beauté formelle particulière. Existent un cadrage et une vision d'une fraîcheur rare et à une sensualité très particulière. La jeune fille en fleurs semblent en repos absolu à ses modèles puisqu'elles partagent le même âge.. Le trouble est souvent présent dans ce jeu que l'artiste fomente en innocence avec ses copines.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carole Bellaïche, "Entre jeunes filles", texte d'Alain Bergala, Editions Yellow Now.

Carole Bellaïche, "Entre jeunes filles", texte d'Alain Bergala, Editions Yellow Now.

Carole Bellaïche, "Entre jeunes filles", texte d'Alain Bergala, Editions Yellow Now.