Une tension permanente aux Buttes-Chaumont

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Le 23/06/08,les heurts prennent parfois la tournure d'affrontements entre bandes, sur fond de clichés antisémites.

Le week-end, «c'est la guerre aux Buttes-Chaumont», résume Jonathan,
jeune juif du XIXe. Comme un abcès de fixation. «Alors que les actes
antisémites diminuent en France depuis 2007, le XIXe arrondissement de
Paris reste un point noir», analyse Ariel Goldman, qui dirige le
Service de protection de la communauté juive (SPCJ). Sur l'ensemble de
la France, le SPCJ a recensé 121 actes entre janvier et mai 2007 et 106
cette année, dont de nombreuses menaces et 62 actions. Le XIXe est
particulièrement touché.

Depuis un mois, le climat, déjà dégradé, a dégénéré. «La situation est
alarmante. Il y a une tension intercommunautaire très forte, ce qui
m'inquiète particulièrement», confirme le maire socialiste du XIXe
arrondissement de Paris, Roger Madec, qui a réclamé dimanche le
déploiement d'effectifs de police supplémentaires pour rétablir le
calme.

Dans ces batailles rangées, il est parfois difficile de discerner
agresseurs et agressés. Mi-juin, une course-poursuite avait donné lieu
à des arrestations de jeunes juifs, «alors qu'ils étaient les
victimes», assure Sammy Ghozlan, du Bureau de vigilance contre
l'antisémitisme. «Ils se sentent obligés de se rassembler pour se
protéger», avance encore ce responsable. Qui reconnaît cependant que
certaines bandes de juifs veulent aussi en découdre. Ces heurts,
auxquels s'ajoutent des agressions, ont réveillé l'inquiétude.

«Cela crée beaucoup d'anxiété chez les gens de la communauté juive,
notamment chez les enfants», déplore le directeur du Crif, Haïm
Musicant. D'autant que beaucoup de familles juives du XIXe s'y sont
installées ces dernières années, attirées par les écoles
confessionnelles et le réseau religieux. L'arrondissement compte
maintenant près de 150 lieux de culte juifs. Certains y sont aussi
venus pour fuir l'hostilité des banlieues où ils vivaient auparavant,
notamment de la Seine-Saint-Denis toute proche. Aline a quitté La
Courneuve en 2002 : «C'était devenu intenable.» Elle décide alors de
s'installer rue Petit, pour retrouver «la sécurité et la communauté, à
un prix raisonnable dans Paris». Mais, après quelques années de répit,
ses filles sont à nouveau confrontées «à des regards hostiles, des
insultes». La crainte de l'agression gratuite est revenue, dit-elle.

Délinquance crapuleuse

Les religieux, notamment les Loubavitchs, assurent cependant vivre en
«bon voisinage» avec les cités sensibles, qui surplombent le triangle
où se concentrent les foyers juifs. Mais le quotidien est émaillé
d'incidents : «Les bandes descendent pour voler», affirme un
commerçant. Dans le quartier, les familles juives font figure de
privilégiés par rapport aux cités voisines.

Mais au-delà de cette délinquance crapuleuse, se profile
l'antisémitisme le plus basique. Un «J'aime pas les juifs», qui
transcende les origines et les religions, à en croire les policiers
chargés des interpellations.

La cause palestinienne, maintes fois évoquée lors des attaques
antisémites qui avaient resurgi fin 2000 en France, semble totalement
oubliée… contrairement aux stéréotypes antijuifs.

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