« Une obsession anti-israélienne » : l'ex-rapporteuse de l'ONU sur la torture Alice Jill Edwards accuse Francesca Albanese

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« Une obsession anti-israélienne » : l'ex-rapporteuse de l'ONU sur la torture Alice Jill Edwards accuse Francesca Albanese

Par Claudine Douillet

« Une obsession anti-israélienne » : l'ex-rapporteuse de l'ONU sur la torture Alice Jill Edwards accuse Francesca Albanese

L'ancienne rapporteuse spéciale de l'ONU sur la torture brise le silence. Dans une tribune publiée par le Daily Telegraph, Alice Jill Edwards accuse plusieurs de ses anciens collègues, dont Francesca Albanese, d'avoir ignoré les crimes du 7 octobre par obsession anti-israélienne. Elle révèle qu'un seul autre rapporteur a accepté de cosigner son rapport sur le massacre.

Une charge venue de l'intérieur de l'ONU

La critique ne vient ni d'un ministre israélien ni d'une organisation pro-israélienne. Elle vient d'une juriste australienne qui a occupé, d'août 2022 à juillet 2026, l'un des mandats les plus exposés du système onusien des droits de l'homme : celui de rapporteuse spéciale sur la torture.

Dans une tribune publiée lundi 19 octobre dans le quotidien britannique Daily Telegraph, et rapportée par Ynet, Alice Jill Edwards accuse plusieurs de ses pairs de s'être focalisés de manière obsessionnelle sur un seul camp du conflit de Gaza. Selon elle, cette dérive a abîmé la crédibilité même des Nations unies.

Kfar Aza, le choc qui a tout changé

Edwards décrit sa visite au kibboutz Kfar Aza, environ quatorze mois après le 7 octobre, comme l'un des moments les plus durs de son mandat. Elle y a été guidée par Mandy Damari et Shimona Steinbrecher, mères des otages Emily Damari et Doron Steinbrecher, à travers les maisons dévastées de leurs filles. Les impacts de balles marquaient jusqu'aux objets du quotidien, un four à micro-ondes, un réfrigérateur.

De cette visite, elle tire une conclusion juridique forte : la prise d'otages doit être considérée comme une forme de torture. Les victimes ne sont pas seulement les captifs, mais aussi leurs familles, condamnées à l'attente et à l'angoisse permanente. Elle cite les vidéos diffusées par le Hamas, notamment celle de l'otage Evyatar David contraint de creuser sa propre tombe, comme un outil de pression psychologique sur Israël à travers les familles, et donc comme une autre forme de torture.

Albanese et Alsalem, des viols jamais documentés

Le cœur de l'accusation vise deux rapporteuses précises. Francesca Albanese, rapporteuse spéciale pour les territoires palestiniens, et Reem Alsalem, rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, n'ont jamais documenté officiellement les viols, les sévices sexuels et les violences extrêmes commis le 7 octobre. Et cela, insiste Edwards, malgré des preuves qu'elle qualifie d'irréfutables.

Selon elle, les deux femmes ont continué à publier des rapports qu'elle juge unilatéraux et chargés de haine, en avançant des justifications difficilement défendables pour expliquer leur silence. Reem Alsalem a invoqué le refus d'Israël de lui accorder l'accès au territoire. Edwards ajoute que même après la libération des otages, aucune des deux n'a accordé de véritable poids à leurs témoignages sur les tortures et les privations subies en captivité.

Les familles d'otages et les otages revenus, écrit-elle, ont eu le sentiment que l'ONU n'avait pas fait assez pour eux.

Un seul cosignataire pour le rapport sur le 7 octobre

C'est la révélation la plus accablante. Lorsque Alice Jill Edwards a publié son rapport sur les événements du 7 octobre, incluant le massacre de plus de 370 jeunes au festival Nova, un seul autre rapporteur spécial a accepté de le cosigner. Les autres ont refusé. Certains ont même tenté de faire retirer des passages du texte.

Elle revendique malgré tout une avancée majeure, née en grande partie de sa visite à Kfar Aza : une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies qui engage les États à reconnaître la prise d'otages comme une forme de torture.

« Je ne suis pas pro-israélienne »

Edwards anticipe l'accusation de partialité. Avant son mandat, elle a été conseillère juridique en chef au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Elle y a défendu des Palestiniens contre la discrimination, entendu des témoignages sur des violations israéliennes, rédigé la position de l'ONU sur les réfugiés palestiniens et porté cette position devant la plus haute juridiction européenne.

Cette année encore, elle a publié un second rapport détaillé sur les mauvais traitements de détenus dans les prisons israéliennes. Sa critique ne relève donc pas d'un réflexe politique, mais d'une exigence d'équité qu'elle estime trahie par d'autres.

Un système à bout de souffle et sous influence

Au-delà du cas israélien, Edwards démonte le fonctionnement des procédures spéciales de l'ONU. La fonction de rapporteur n'est pas rémunérée. Le budget alloué ne permet de financer qu'un seul assistant et une seule mission de terrain par an. Elle affirme avoir payé de sa poche son voyage en Israël et dans les territoires palestiniens.

Faute de moyens, les rapporteurs dépendent de témoignages de seconde main fournis par des ONG. Plus de 2 000 plaintes reçues par courriel ou courrier attendraient toujours d'être traitées.

Plus grave encore, un État ou un groupe d'États peut financer directement un rapporteur précis. Un don peut être sincère, ou servir à influencer, mais il suffit à créer un soupçon d'ingérence politique. Les avocats de victimes hésitent à transmettre des informations confidentielles à des rapporteurs financés par les gouvernements mêmes qu'ils accusent.

Sa solution : verser toutes les contributions dans un budget central unique, réparti à égalité entre les rapporteurs.

Antonio Guterres dans le viseur

Edwards ne voit aucune volonté réelle de réformer, pas même chez le secrétaire général Antonio Guterres, qui fut autrefois son supérieur lorsqu'il dirigeait le HCR. Guterres a récemment expliqué que les rapporteurs étaient indépendants et donc, pour beaucoup, hors de contrôle. Edwards lui répond par une formule qui résume sa tribune : quand l'indépendance sert obstinément un agenda politique, c'est toute l'ONU qui s'affaiblit.

Elle juge que Guterres a échoué à faire de l'organisation un médiateur efficace et équitable, et qu'il s'est enfermé dans un fatalisme réduisant son rôle à convoquer des réunions, tout en précisant qu'elle ne le tient pas pour responsable des guerres actuelles. Elle appelle son successeur à exercer pleinement ses pouvoirs, alors que le monde connaît le plus grand nombre de conflits depuis la création de l'ONU en 1945. Elle critique aussi un processus de désignation où les candidats évitent soigneusement de froisser Washington, Pékin et Moscou.

L'Ukraine, Daech et les victimes oubliées

Sa tribune dénonce également l'ampleur des tortures infligées par les forces russes aux soldats ukrainiens capturés et aux civils des régions occupées de l'est de l'Ukraine. Des prisonniers libérés lui ont décrit un véritable système organisé, avec superviseur, interrogateur et tortionnaire distincts. Elle compare l'invasion russe à celle de la Finlande par l'URSS, qui avait valu à Moscou son exclusion de la Société des Nations.

Parmi ses fiertés, elle cite une charte des survivants rédigée en grande partie par les victimes de torture elles-mêmes, et l'émotion d'apprendre que Shirin Khudeida, jeune Yézidie rescapée de la captivité et de l'esclavage sexuel imposés par Daech, avait obtenu une bourse et réussi ses examens.

« Son courage doit devenir la norme »

En Israël, la réaction est venue de l'avocate Ayelet Razin Bet-Or, engagée dans la documentation des violences sexuelles du 7 octobre et de la captivité. Pour elle, la voix claire et courageuse d'Edwards contraste violemment avec le silence d'autres responsables onusiens qui ont failli envers les victimes du Hamas. Elle souligne que ce témoignage vient de l'intérieur même du système, et rappelle que la protection des femmes victimes de violences sexuelles ne peut pas être sélective. Elle appelle l'ONU à un véritable examen de conscience, afin de remettre les victimes, et non les agendas politiques, au centre de son action.

Source : Ynet, d'après la tribune d'Alice Jill Edwards dans le Daily Telegraph.

 

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