Syrie: l'Etat Islamique décapite les Palestiniens de Yarmouk

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M., résidant au camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, en Syrie, semble déprimé. Il est né dans ce camp, en banlieue de Damas, et y a vécu pendent plus de 30 ans. Il est aujourd'hui, de même que sa femme, ses deux enfants et des milliers d'autres, à la merci de l'Etat Islamique (EI).

"Aujourd'hui, j'ai dû marcher entre les bombes et les tirs de sniper pour nourrir mes enfants", raconte-t-il. "Vous devez comprendre: mon voisin est sorti pour chercher à manger pour ses enfants, un sniper lui a tiré dessus et il est mort. Nous l'avons enterré aujourd'hui. C'est comme ça ici: si vous voulez nourrir vos enfants, vous devez prendre votre linceul avec vous. Il y a des snipers à chaque coin de rue, nous ne sommes en sécurité nulle part."

Des milliers de Palestiniens, descendants des Arabes ayant fuit lors de la création de l'Etat d'Israël en 1948, vivent à Yarmouk. Ils sont aujourd'hui pris entre le marteau et l'enclume: d'un côté, l'aviation de Bashar al-Assad largue ses bombes dans toute la région pour éliminer ses opposants; de l'autre, une bataille féroce met aux prises les brutes de l'EI et le Front Al-Nosra, bras armé de Al-Qaida dans le pays. [...]

"Nous n'avons pas d'autre choix que d'appeler les Israéliens à l'aide; ils sont infiniment plus compatissants que les Arabes", dit M, ressuscitant une ancienne blague qui circulait dans le camp pendant des années.

"Cette après-midi, les combats on connu une accalmie; mais les tirs continuent. Il y en a de tous les côtés: l'EI a pris possession du camp, les autres milices ouvrent le feu en pleine rue, les régime de Assad bombarde leurs positions. Et nous, nous n'avons aucun contact, aucun parti. Tout le monde a peur. L'EI a déjà commencé à couper des têtes et à les jeter dans la rue. A-llah ne voudrait pas voir cela."

M. estime que l'EI cherche à annexer le camp au quartier voisin de Hajar al-Aswad, déjà en sa possession, et à déclarer la région partie intégrante de l'Emirat Islamique. Mais après avoir assisté à quatre ans de guerre civile et aux atrocités qui l'ont accompagnée, M. n'est pas certain que l'EI soit la pire chose qui puisse arriver aux habitants du camp. [...]

M. voudrait s'enfuir, mais il n'ose pas. "Comment partir ? Et où aller ? Devons-nous dormir dans la rue ? Je préfère rester chez moi. Jusqu'à présent, nous avons réussi à survivre, malgré la faim et les bombes; nous continuons à garder l'espoir que la situation s'améliore."

"Si je m'enfuyais d'ici, de deux choses l'une: soit, je devrais me battre, soit je serais arrêté. La seule solution est que le monde nous assure un corridor sécurisé afin de nous faire sortir d'ici sans nous faire tirer dessus ou courir le risque de nous faire arrêter. Pour le moment, il serait préférable pour nous d'être jetés à la mer plutôt que de vivre comme nous le faisons."

Pour A., un autre habitant de Yarmouk, il n'y a aucune différence entre l'EI et le régime de Assad: "Je ne peux pas quitter ma maison, les islamistes armés sont déployés dans les rues et les hélicoptères de Assad balancent des explosifs. Pour l'instant, nous sommes encore vivants, mais le monde doit nous faire sortir d'ici sous protection internationale."

Ces derniers jours, des officiels palestiniens ont largement condamné l'EI et les autres belligérants se trouvant dans le camp. Mais pour M. et A., et probablement les milliers d'autres habitants de Yarmouk, leurs discours ne sont pas convaincants. "Ils ne savent rien faire d'autre que parler", déplore A.. "Nous n'avons personne sur qui compter, excepté A-llah."

 

Source: Ynet News, 6 avril 2015

Traduction et adaptation: Julien Pellet


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