Rebeca Grynspan, la mémoire de la Shoah à la tête de l’ONU ?

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Rebeca Grynspan est la favorite pour prendre la tête des Nations unies. La Costaricienne, issue d'une famille juive polonaise décimée par la Shoah, a obtenu vendredi 11 voix favorables sur 15 au Conseil de sécurité, son meilleur score. Au même moment, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan a officiellement présenté son propre candidat, Feridun Sinirlioğlu, ancien ambassadeur turc en Israël.

Par Claudine Douillet

La course à la succession d'António Guterres entre dans sa phase décisive. Vendredi 30 octobre, les quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU se sont réunis à huis clos pour un septième tour de vote informel. Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica, est une nouvelle fois arrivée en tête avec 11 votes « encourage » et 4 votes « décourage », sans aucune abstention. Jamais elle n'avait réuni autant de soutiens depuis le début du processus.

Derrière elle, l'Argentin Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), totalise 9 voix favorables, devant la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett avec 8 voix. L'Émiratie Lana Nusseibeh, entrée tardivement dans la course, n'a recueilli que 7 soutiens pour sa première apparition.

Une fille de la mémoire juive à la tête du monde multilatéral

Née au Costa Rica, Rebeca Grynspan Mayufis est la fille de Manuel Grynspan et Sara Mayufis, deux Juifs originaires de Pologne qui ont émigré en Amérique centrale pour échapper aux persécutions. Ses grands-parents maternels ont été assassinés pendant la Shoah. Sa sœur vit aujourd'hui en Israël.

À 70 ans, elle affiche un parcours sans équivalent parmi les candidats. Vice-présidente du Costa Rica de 1994 à 1998, puis secrétaire générale ibéro-américaine de 2014 à 2021, elle dirigeait depuis 2021 la CNUCED, l'agence de l'ONU pour le commerce et le développement, dont elle s'est mise en retrait pour faire campagne. Si elle est désignée, elle deviendra la première femme à diriger l'Organisation des Nations unies depuis sa création en 1945.

Pour une organisation dont les résolutions et les agences ont si souvent ciblé Israël, l'arrivée d'une femme dont l'histoire familiale est marquée par la Shoah aurait une portée symbolique considérable. Rien n'indique toutefois qu'elle infléchirait la ligne de l'institution, et ses positions sur le Proche-Orient restent à ce stade peu exposées.

Le mystère des quatre voix hostiles

Le score de vendredi ne garantit rien. Pour être recommandé à l'Assemblée générale, un candidat doit obtenir au moins neuf voix favorables et éviter le veto des cinq membres permanents : États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni.

Or, lors du sixième tour, organisé le 16 octobre avec des bulletins de couleur permettant d'identifier le vote des grandes puissances, deux membres permanents s'étaient prononcés contre Rebeca Grynspan. Aucun des sept candidats d'alors n'avait échappé à au moins un vote négatif d'un pays disposant du veto. Cette fois, les bulletins n'étaient pas différenciés. Impossible donc de savoir si l'un des quatre « décourage » émane d'une capitale capable de bloquer sa nomination.

À Washington, l'ambassadeur américain à l'ONU, Mike Waltz, a fait savoir que l'administration Trump voulait un secrétaire général qui recentre l'organisation sur sa mission première : le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Erdogan avance son pion

C'est dans ce climat d'incertitude que la Turquie a choisi d'entrer dans la course. Selon Ynet et l'agence officielle Anadolu, Ankara a officiellement présenté la candidature de Feridun Sinirlioğlu, transmise par une lettre portant le message du président Recep Tayyip Erdogan.

Âgé de 70 ans, né à Giresun sur les bords de la mer Noire, Sinirlioğlu est un diplomate de carrière. Il a été ambassadeur de Turquie en Israël de 2002 à 2007, ministre des Affaires étrangères par intérim en 2015, puis représentant permanent de son pays à l'ONU de 2016 à 2023. Depuis décembre 2024, il est secrétaire général de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), basée à Vienne.

Ankara assure ne viser aucun candidat en particulier et dit défendre un système international plus représentatif. Le ministère turc des Affaires étrangères a toutefois justifié le moment choisi en soulignant que le septième tour n'avait toujours pas dégagé de consensus.

Un candidat qui inquiète Jérusalem

Pour Israël, la candidature turque ne peut être lue comme neutre. Depuis le 7 octobre 2023, Recep Tayyip Erdogan s'est imposé comme l'un des dirigeants les plus hostiles à l'État juif, refusant de qualifier le Hamas d'organisation terroriste et rompant les échanges commerciaux avec Israël. Voir un proche de son appareil diplomatique accéder au poste le plus élevé de l'ONU constituerait un revers pour Jérusalem.

Sinirlioğlu connaît pourtant Israël de l'intérieur. Il y a représenté son pays pendant cinq ans, à une époque où Ankara et Jérusalem entretenaient encore une coopération militaire et économique étroite. Mais l'homme reste avant tout le diplomate d'un régime qui a fait de la cause palestinienne un levier politique majeur.

La règle de rotation joue contre Ankara

Le candidat turc part avec un handicap. Selon une règle informelle de rotation régionale, le poste devrait revenir cette fois à l'Amérique latine et aux Caraïbes, région qui n'a plus dirigé l'ONU depuis le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, parti en 1991. Les trois candidats arrivés en tête vendredi en sont d'ailleurs tous issus.

Le mandat d'António Guterres s'achève le 31 décembre 2026. Le Conseil de sécurité doit donc parvenir à un accord dans les prochaines semaines, avant que l'Assemblée générale, qui suit en pratique la recommandation du Conseil, ne confirme le nom du neuvième secrétaire général des Nations unies.

Sources : Ynet (https://www.ynet.co.il/news/article/s1sz005z6gl), The National (https://www.thenationalnews.com/news/2026/10/30/un-secretary-general-seventh-straw-poll/), The Tico Times (https://ticotimes.net/2026/10/31/rebeca-grynspan-seventh-un-secretary-general-vote), Associated Press via Yahoo News (https://sg.news.yahoo.com/turkey-nominates-former-foreign-minister-142810131.html)

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