Gadi Eisenkot accuse Netanyahu de délégitimer les élections : « Ils le font parce qu'ils ont perdu »

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Gadi Eisenkot refuse de laisser contester le verdict des urnes. Après avoir été informé par le chef du Shin Bet et le président de la Commission électorale centrale des soupçons d'ingérence du Qatar, le chef du parti Yashar accuse Benjamin Netanyahu de mener une campagne organisée contre le résultat des élections du 27 octobre et dévoile ses premières lois.

Par Claudine Douillet

Le contexte : un scrutin sans majorité

Pour comprendre la déclaration de Gadi Eisenkot, il faut partir des chiffres. Selon les résultats officiels, le bloc de Netanyahu obtient 53 sièges contre 48 pour l'opposition, soit huit de moins que la majorité de 61 sièges nécessaire pour gouverner. Les partis arabes totalisent ensemble 19 sièges. Le Likoud reste le premier parti avec 27 sièges, devant Yashar, le parti d'Eisenkot, avec 21.

Dès le lendemain, le Likoud a accusé les partis arabes d'avoir « volé les élections », affirmant transmettre à la police, au Shin Bet et à la Commission électorale des centaines de témoignages de fraude dans des bureaux de vote arabes. La police indique pour sa part n'avoir trouvé aucune preuve d'une fraude massive.

Jeudi, un second dossier a surgi. Dans une lettre inhabituelle, le juge Noam Sohlberg, vice-président de la Cour suprême et président de la Commission électorale centrale, a demandé au directeur du Shin Bet, David Zini, de vérifier si des acteurs étrangers avaient tenté d'influencer le vote par des financements illicites ou de la corruption. Les soupçons portent sur des fonds qui auraient pu venir du Qatar et de Turquie pour stimuler la participation dans les localités arabes. C'est à la suite de ces révélations qu'Eisenkot a pris la parole.

« Il est trop tôt pour comprendre ce qui s'est passé »

« J'ai rencontré il y a peu le chef du Shin Bet et le président de la Commission électorale centrale. Ils m'ont mis à jour sur l'état de la situation. Il est trop tôt pour comprendre ce qui s'est passé et si quelque chose s'est réellement passé. Il faut permettre aux organismes compétents d'achever les vérifications, sans interférences politiques. »

Eisenkot n'a pas été le seul informé. Le Shin Bet a confirmé que David Zini avait briefé Netanyahu, Eisenkot et le chef de l'opposition Yaïr Lapid, avec l'accord du juge Sohlberg. L'agence a aussi tenu à préciser que ses renseignements avaient été recueillis de manière indépendante, sans venir d'aucun parti, et que seul le juge Sohlberg y avait accès avant la fermeture des bureaux de vote. Un élément conforte la prudence d'Eisenkot : selon la radiotélévision publique Kan, un haut responsable de la Commission électorale estime que même avérés, ces faits n'auraient pas été assez importants pour changer le résultat.

« Un pays qui s'est infiltré dans le bureau du Premier ministre »

« Les ingérences étrangères dans l'État d'Israël sont quelque chose d'inacceptable et de grave, a fortiori quand il s'agit d'un pays qui finance le terrorisme et soutient l'organisation terroriste Hamas, et qui ces dernières années a réussi à s'infiltrer dans le bureau du Premier ministre. Il est important d'enquêter pour comprendre s'ils ont tenté d'exercer une influence et par qui ils ont cherché à le faire. »

Eisenkot ne nomme pas le pays, mais tout le monde a compris : il s'agit du Qatar. L'allusion au bureau du Premier ministre renvoie au scandale du Qatargate, qui a conduit à l'arrestation d'au moins deux proches conseillers de Netanyahu pour des liens illégaux avec le Qatar. Doha, de son côté, dément catégoriquement toute ingérence ou tout financement destiné à peser sur le scrutin. Le chef du parti arabe Ra'am, Mansour Abbas, nie aussi toute implication et salue l'ouverture de l'enquête.

« Ils le font parce qu'ils ont perdu »

« Ce qui est déjà clair, c'est que le Likoud et Netanyahu ont lancé une campagne orchestrée et organisée pour délégitimer les résultats des élections. Leurs communiqués et leurs briefings étaient déjà prêts. Ils le font parce qu'ils ont perdu. Ils n'ont pas de majorité. Dans l'État d'Israël, l'État de droit prévaut. Nous ne permettrons pas de dévier ne serait-ce que d'un centimètre du programme prévu pour l'installation de la Knesset. »

C'est le cœur de la déclaration. Eisenkot distingue clairement les deux affaires : l'enquête sur une éventuelle ingérence étrangère, qu'il soutient, et les accusations de fraude du Likoud, qu'il présente comme une manœuvre politique préparée à l'avance. En promettant que le calendrier d'installation de la Knesset ne bougera pas, il répond à la crainte d'un report de la prestation de serment des nouveaux députés. L'enjeu est concret : son bloc envisagerait de s'appuyer sur les partis arabes pour remplacer le président de la Knesset, Amir Ohana, membre du Likoud.

Trois lois prêtes pour l'ouverture de la session

« Je veux m'adresser d'ici à cette partie de la population qui travaille et sert. À ceux qui sont déterminés à vivre dans un État d'Israël juif et démocratique, libéral, fort, égalitaire et sûr. Dans les bureaux juste à côté de moi, certains groupes de travail sont déjà engagés à finaliser les préparatifs pour présenter une loi sur le recrutement et le service pour tous les citoyens israéliens, pour instituer une commission d'enquête étatique sur le massacre du 7 octobre, pour une loi qui modifie le mécanisme de distribution des fonds publics et donne la priorité aux citoyens qui servent, et bien plus encore. Les plans sont prêts et ont été coordonnés avec mes partenaires. Nous travaillerons à les soumettre au vote à l'ouverture de la session de la Knesset. J'entends agir pour consolider et défendre les intérêts de ceux qui travaillent, de ceux qui s'enrôlent et de ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la Déclaration d'indépendance. Je suis là pour me battre pour vous et je suis déterminé à défendre vos intérêts, citoyens d'Israël. »

Ces trois textes résument la campagne de l'ancien chef d'état-major. La loi sur le service pour tous vise l'exemption militaire des étudiants des yeshivot ultra-orthodoxes, alliés de Netanyahu. La commission d'enquête d'État sur le 7 octobre, dotée de pouvoirs judiciaires, est réclamée depuis trois ans par les familles de victimes et refusée par le gouvernement sortant. Eisenkot avait affirmé pendant la campagne que l'enquête du Shin Bet sur les mois précédant le massacre provoquerait un séisme public, raison pour laquelle, selon lui, Netanyahu redoute cette commission. Quant à la réforme des fonds publics, elle donnerait la priorité aux citoyens qui servent dans l'armée.

« La majorité des Israéliens a voté contre le gouvernement du 7 octobre »

« Une chose est certaine : les jours où Netanyahu utilisait les institutions de l'État contre les intérêts d'Israël et pour ses propres objectifs personnels sont révolus. Aucune opération de manipulation médiatique et aucune opération d'influence sur l'opinion publique ne pourra effacer ce fait : la majorité des Israéliens a voté contre le gouvernement du 7 octobre et de l'exemption du service militaire. Israël se trouve dans une situation politique complexe. J'entends agir comme je l'ai toujours fait, avec sang-froid et détermination. J'invite tous à faire preuve du même sang-froid et de la même modération. Il faut faire preuve de patience. Il y a de l'espoir, et nous le réaliserons. Je le promets. »

Eisenkot reconnaît lui-même une « situation politique complexe ». Son bloc n'a pas non plus de majorité seule, et les divisions internes à son propre camp compliquent la formation d'une coalition. La bataille pour le prochain gouvernement israélien ne fait que commencer.

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