Égypte : l'attentat terroriste oublié du 8 octobre 2023 fait une cinquième victime, Mor Shmeli

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Mor Shmeli, cinquième victime de l'attentat d'Alexandrie : la veuve d'Alon n'a jamais obtenu justice contre le policier égyptien

Par Claudine Douillet

Mor Shmeli est morte. Trois ans après avoir vu son mari Alon abattu par un policier égyptien à Alexandrie, au lendemain du massacre du 7 octobre, la jeune femme de 35 ans ne s'est jamais relevée. Sa famille la compte désormais comme la cinquième victime d'un attentat que l'Égypte n'a toujours pas jugé et qu'Israël a presque oublié.

Son décès a été annoncé vendredi 30 octobre 2026, après plus de trois années de souffrance psychique que ses proches décrivent comme une lente agonie. Pour ses parents, Ilan et Shoshi Cohen, il n'y a aucun doute sur la cause profonde : « Mor a été assassinée avec Alon en Égypte. Elle a continué à vivre, mais elle n'a pas pu porter la douleur de la perte de son mari. Elle n'avait plus envie de vivre. Elle était une morte vivante, jusqu'au jour où elle nous a quittés. »

Un policier égyptien ouvre le feu près de la colonne de Pompée

Le 8 octobre 2023, Israël compte encore ses morts et traque les derniers terroristes du Hamas infiltrés autour de Gaza. À Alexandrie, deuxième ville d'Égypte, un groupe de touristes israéliens visite la colonne de Pompée, monument romain parmi les plus célèbres du pays. Un policier égyptien sort son arme et tire sur eux.

Alon Shmeli, 34 ans, et Amnon Betzalel, 64 ans, sont tués sur le coup. Haggaï Efrat, 83 ans, grièvement blessé, succombe une dizaine de jours plus tard. Leur guide égyptien, Sayed Kamal al-Hawalka, est lui aussi tué. Selon la presse égyptienne, il accompagnait ce jour-là un second groupe de touristes et s'est retrouvé dans la ligne de tir.

Trois Israéliens, trois vies fauchées

Alon Shmeli entraînait l'équipe des jeunes de l'Hapoël Tel-Aviv et enseignait le sport à l'école Rishonim de Bat Yam. Le club avait salué un éducateur exigeant, qui poussait chacun de ses joueurs à progresser. Amnon Betzalel, habitant de Bat Yam, avait servi près de quarante ans dans la police israélienne, en grande partie à Holon, avant d'occuper le poste de coordinateur des technologies du district Ayalon. Haggaï Efrat, de Rishon LeZion, avait joué à l'Hapoël Haïfa dans sa jeunesse avant de diriger le club de l'Hapoël Jérusalem dans les années 1970 et 1980.

Mor Shmeli, la survivante qui ne s'est jamais relevée

Mor était aux côtés de son mari quand il a été tué. « Ma vie s'est arrêtée là, en Égypte, le 8 octobre 2023, quand ils nous ont assassinés. La balle a touché le cœur d'Alon et le mien », avait-elle confié plus tard.

Elle n'a pas pu assister aux obsèques d'Alon : elle était alors hospitalisée dans un état grave. Les mois suivants ont été marqués par plusieurs tentatives de suicide, dont elle a parlé publiquement, sans détour, pour que le pays comprenne ce que vivent les familles endeuillées.

Devant la Knesset, le combat pour la mémoire

En juillet 2025, devant une commission de la Knesset, Mor Shmeli avait livré un témoignage bouleversant. Elle s'était donné une mission : faire connaître cet attentat, éclipsé par l'ampleur du massacre de la veille. « On me répond que mon mari a été tué le 8 octobre, que cela ne fait pas partie du massacre, que cela ne s'est pas passé dans les localités du Sud. Mais c'est la même histoire », avait-elle déclaré.

Son cri n'a jamais vraiment été entendu. Les victimes d'Alexandrie restent en marge du récit national du 7 octobre.

Un tireur toujours pas jugé trois ans après

C'est la blessure qui n'a jamais cicatrisé. Le policier, arrêté le jour même, n'a toujours pas été condamné. Son nom et sa photo n'ont jamais été rendus publics officiellement. Plusieurs médias arabophones l'ont identifié comme Mohammed Abdel Majid, sans confirmation des autorités égyptiennes.

En juillet 2026, sur la radio publique Kan Reshet Bet, Mor dénonçait encore l'absence de réponses : « On m'a d'abord dit qu'il attendait sa condamnation, puis que son procès n'aurait lieu que dans trois mois. On a vraiment le sentiment qu'on se moque de nous. »

Elle racontait aussi son combat pour récupérer les vêtements d'Alon. Le ministère israélien des Affaires étrangères lui a d'abord demandé de la patience, avant de lui annoncer qu'ils avaient été jetés. Le ministère, disait-elle, se contentait de transmettre les réponses égyptiennes, comme un simple intermédiaire.

La version d'Al Jazeera démentie par les témoins

Dès le lendemain de l'attaque, plusieurs médias arabes ont refusé de parler de terrorisme. Al Jazeera a affirmé, sans la moindre preuve, que les touristes israéliens auraient « provoqué » le policier en insistant pour se photographier avec un drapeau israélien. Les Israéliens présents ont formellement démenti. Au contraire, au lendemain du massacre du Hamas, ils s'efforçaient de passer inaperçus.

Une relation glaciale entre Israël et l'Égypte

Le contexte diplomatique n'aide pas. Depuis le 7 octobre et la guerre qui a suivi, les relations entre les deux pays se sont nettement dégradées. Israël n'a plus d'ambassadeur résidant au Caire, ses diplomates n'y font que des séjours ponctuels, et le président Abdel Fattah al-Sissi refuse de rencontrer Benyamin Netanyahou. Récemment, trois Israéliens, Ahmed Aldugi, Bilal Salem Abu Ayesh et Bilal Masoudin, ont été emmenés par les services de renseignement égyptiens à Charm el-Cheikh. Nul ne sait où ils se trouvent.

Un précédent sanglant à la frontière en juin 2023

L'attentat d'Alexandrie n'était pas le premier commis par un membre des forces de sécurité égyptiennes. Le 3 juin 2023, le policier Mohammed Salah s'était infiltré en Israël et avait tué deux soldats du bataillon mixte Bardelas, le sergent-chef Ori Itzhak Ilouz et la sergente Lia Ben Nun. Lors des échanges de tirs qui ont suivi, un troisième militaire, le sergent-chef Ohad Dahan du bataillon Caracal, avait été tué avant que l'assaillant ne soit neutralisé.

Trois ans après Alexandrie, Mor Shmeli rejoint la liste des victimes d'un attentat resté impuni. Sa famille réclame aujourd'hui ce qu'elle a demandé jusqu'au bout : que le tireur soit jugé, et que les morts du 8 octobre trouvent leur place dans la mémoire nationale.

Si vous traversez une période difficile ou si un proche est en détresse, parlez-en et faites-vous aider. En France, le numéro national de prévention du suicide est le 3114, gratuit et joignable 24 heures sur 24. En Israël, l'association ERAN répond au 1201.

Source : Ynet, Meir Turgeman, 30 octobre 2026 : https://www.ynet.co.il/news/article/byzhjdfpze

Mor Shmeli, 35 ans, est morte trois ans après l'assassinat de son mari Alon par un policier égyptien à Alexandrie le 8 octobre 2023. Le tireur n'a jamais été jugé.

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