Olives palestiniennes : Tsahal et des rabbins désavouent la décision du rabbin Dov Lior

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Olives palestiniennes : Tsahal et des rabbins désavouent la décision du rabbin Dov Lior

 

Rabbin Dov Lior : la police transmet au parquet une plainte pour incitation après sa décision sur les olives palestiniennes

Par Claudine Douillet

Le rabbin Dov Lior pourrait être visé par une enquête pénale. La police israélienne a rassemblé les éléments d'une plainte pour incitation au racisme et à la violence déposée contre lui, et attend désormais la décision du parquet. En cause : une décision religieuse autorisant les Juifs à récolter les olives dans les vergers palestiniens de Judée-Samarie, que Tsahal accuse d'encourager violences et vols.

Une décision religieuse qui embrase la saison des olives

Le texte a été publié vendredi 16 octobre, en pleine saison de la récolte des olives, période traditionnellement explosive en Judée-Samarie. Son auteur, le rabbin Dov Lior, ancien grand rabbin de Kiryat Arba, est l'une des figures de proue du sionisme religieux dans sa branche la plus orthodoxe. Il est considéré comme le guide spirituel d'Otzma Yehudit, le parti d'Itamar Ben Gvir.

Selon Ynet, la police a désormais terminé de rassembler les éléments et attend que le parquet décide s'il ouvre ou non une enquête pour incitation contre le rabbin.

Ce que dit exactement le rabbin Dov Lior

Le raisonnement du rabbin repose sur une lecture de la loi juive relative à la propriété. Selon lui, le peuple juif n'a jamais renoncé à la terre d'Israël, comme il l'exprime chaque jour dans ses prières. Les Arabes ne l'auraient jamais achetée au peuple juif ni à un particulier juif, et la terre resterait donc juridiquement en possession du peuple d'Israël, en s'appuyant sur le principe talmudique selon lequel une terre ne peut être volée.

Pour les arbres plantés et leurs fruits, le rabbin invoque la notion de renoncement du propriétaire. Il estime que lorsque les propriétaires arabes ne peuvent pas récolter pour des raisons de sécurité, ils sont présumés avoir renoncé aux fruits. Il ajoute que s'ils méritaient une contrepartie pour avoir planté les oliviers, ils l'ont déjà largement perçue à travers les récoltes des années passées.

Sa conclusion va plus loin qu'une simple autorisation. La récolte serait selon lui non seulement permise mais méritoire, compte tenu des risques sécuritaires liés à la présence d'Arabes près des localités juives. Surtout, il autorise les Juifs à récolter les olives même dans les zones éloignées des localités juives, afin de manifester publiquement la souveraineté juive sur la terre et d'accomplir le commandement de la conquête de la terre.

Les rabbins du Goush Etzion avaient dit l'inverse

La décision du rabbin Lior n'est pas tombée du ciel. Elle répondait directement à un avis publié par les rabbins du conseil religieux du Goush Etzion, qui affirmaient exactement le contraire. Pour eux, il est strictement interdit aux Juifs de cueillir les olives des vergers arabes situés près des clôtures des localités, car leurs propriétaires n'ont jamais renoncé à leur bien. Prendre ces fruits constituerait donc un vol grave au regard de la loi juive, et une profanation du Nom divin.

Ces rabbins proposaient une solution pragmatique : faire réaliser la récolte de manière sécurisée par des ouvriers ou des bénévoles juifs, puis remettre la production à ses propriétaires en échange du remboursement des frais. Parmi les signataires figurent les rabbins des localités d'Elazar, Kfar Etzion et Alon Shvout.

Le débat oppose donc deux lectures rabbiniques au sein même du sionisme religieux, et non le monde religieux au monde laïque.

Tsahal réagit avec une rare fermeté

L'armée israélienne a exprimé de vives réserves. Dans un communiqué diffusé en fin de semaine, Tsahal a estimé que cette décision religieuse encourage les violences, les vols, l'incitation et les frictions, et qu'elle attise davantage encore la situation sur le terrain. L'armée a jugé que l'affaire devait être examinée par les autorités compétentes.

Cette réaction s'explique par le contexte. Pendant la même période, deux incidents ont visé des personnes extérieures lors de la saison des olives : une photographe du Washington Post a été agressée, ainsi qu'une délégation de diplomates européens. Ces deux affaires ont provoqué de vives critiques internationales et des condamnations visant Israël.

La plainte de Rabbins pour les droits de l'homme

L'association Rabbins pour les droits de l'homme, qui regroupe 170 rabbins hommes et femmes, a porté plainte contre Dov Lior. La plainte a été déposée par son directeur général par intérim, Anton Goodman, pour incitation au racisme, incitation à la violence et sollicitation au vol de biens.

Anton Goodman a déclaré regretter de devoir porter plainte contre un rabbin en Israël, tout en affirmant que la réalité obligeait son organisation à se tenir aux côtés de la Torah. Selon lui, entrer sur les terres d'autrui et s'emparer de leur récolte en violation de la loi n'est pas ce que Dieu attend des Juifs dans ce pays.

Le parquet face à un dossier sensible

La décision du parquet sera scrutée de près. Poursuivre une haute autorité religieuse pour un avis halakhique pose la question délicate de la frontière entre liberté d'expression religieuse et incitation pénale. Ne rien faire exposerait au contraire l'État aux critiques, au moment où l'armée elle-même pointe un risque concret d'escalade sur le terrain.

Le rabbin Dov Lior n'en est pas à sa première polémique. Mais cette fois, ce sont Tsahal et des rabbins de Judée-Samarie qui ont pris position publiquement contre lui, ce qui donne à l'affaire un poids particulier.

Source : Ynet

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