Livre juif : Kafka Oeuvres complètes

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Oeuvres complètes de Kafka

Kafka : penser de l'intime

Les écrits intimes donnent à l'oeuvre une dimension plus grande.
Ce sont là des oeuvres littéraires majeures.  Leur facture (présenté ici en concomitance et de manière chronologique) révèle ce qu’un écrivain peut atteindre et que nous n’atteindrons jamais.

S'y découvre ce qu’un écrivain peut faire pour nous : penser à soi. Mais pour Kafka "penser à soi" n'est pas SE penser,mais penser le soi, c'est-à-dire avec une distanciation entre le soi et le moi. Le moi lui écrit réfléchit au soi, l’être écrivant.

D'où la nécessité d’une prise de distance que le journal permet de réduire puisque l’écriture intime du journal favorise la possibilité de l’écrivain à se retrouver. "Penser à soi" est donc une activité sans destination de cette pensée. Il s’agit d’un soi comme activité entrain de penser.

Penser à soi implique différentes prises de distance. La première est une pensée comme étrangeté. Kafka a une très belle phrase qui résume cette prise de distance entre le moi et le soi : il faut "se penser depuis sa propre mort" bref comme un fantôme qui verrait comment il a vécu cette "journée" sur la terre.

Mais le Journal et les Lettres permettent une deuxième distance :  par rapport au corps.
Il s’agirait de se penser comme si l’on "croisait une femme sans s’empêcher de l’envisager".
La femme est alors perçue comme une satisfaction sexuelle. Néanmoins Kafka se montre comme le clown de son propre désir car le corps s’appréhende comme un obstacle pour penser à soi : il s'y  découvre alors comme encombré.

Mais ces textes permettent aussi une distance  aux images mentales qui encombrent elles aussi la pensée.  Néanmoins ces images renvoient ici à leur origine. De ce fait, écrire un journal, c’est retrouver ces éclats d’images originelles qui doivent composer les fragments d’une "grâce".

Jean-Paul Gavard-Perret

Franz Kafka, "Œuvres complètes III et IV, Journaux et lettres.  1897-1914 et 1914-1924,"  traductions nouvelles, Édition publiée sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre., Collection Bibliothèque de la Pléiade (n° 316 et 353), Gallimard, 11 mai  2022, 1632 p., et 1824 p.,
68 et 72 E..

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