L'incroyable histoire de Katalin Kariko la mère du vaccin anti-covid 19

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La chercheuse Katalin Kariko est née à Szolnok, en Hongrie, en 1955. © FAMILY HANDOUT / AFP

L'ARN, messager d'espoir anti-Covid: peu y croyaient, Katalin Kariko, elle n'a jamais lâché. Un parcours laborieux là où beaucoup auraient renoncé, elle non. Elle a été virée et même rétrogradée mais n'a jamais quitté sa voie.

Née en Hongrie et vivant en Pennsylvanie, la chercheuse Katalin Kariko a développé une telle obsession pour la technologie dite de l'ARN messager que cela lui a coûté un jour un poste d'enseignement dans une prestigieuse université.

Il faut dire que peu imaginaient que cette méthode de thérapie génique et le travail souterrain de cette biochimiste poseraient les jalons des vaccins des firmes Pfizer et Moderna contre le Covid-19.

De chercheuse inconnue et marginalisée, Katalin Kariko fait aujourd'hui figure de pionnière.

"C'est tout simplement proprement incroyable", dit-elle à l'AFP dans un entretien vidéo depuis son domicile de Philadelphie. La femme de 65 ans confie avoir du mal à se faire aux projecteurs, après tant d'années laborieuses passées dans l'ombre.

Son cas illustre selon elle "la nécessité de soutenir la science à de nombreux niveaux".

Mme Kariko a employé une bonne partie de son temps dans les années 1990 à postuler pour des financements de ses recherches centrées sur l'acide ribonucléique (ARN) messager, des molécules qui donnent aux cellules un mode d'emploi, sous forme de code génétique, afin qu'elles produisent des protéines bienfaisantes pour notre corps.

La biochimiste pensait que l'ARN messager pourrait jouer un rôle clé dans le traitement de certaines maladies, par exemple en soignant les tissus du cerveau après un AVC.

Mais l'université de Pennsylvanie, où Mme Kariko était en voie d'accéder au professorat, a mis un coup d'arrêt à cette trajectoire, face aux rejets successifs de ses demandes de bourses de recherche.

"J'étais destinée à être promue et c'est alors qu'ils m'ont rétrogradée, s'attendant à ce que je parte", se souvient-elle.

A l'époque Katalin Kariko ne disposait pas de la fameuse carte verte de résidente et elle avait besoin d'un travail pour renouveler son visa. En même temps, elle n'ignorait pas qu'il lui serait difficile de financer les études supérieures de sa fille, avec son salaire raboté à l'échelon où elle se retrouvait.

Elle a pourtant décidé de persister dans la recherche, malgré l'aridité de la tâche et l'absence de compensation financière. "Je me suis dit, tu vois, la paillasse (du labo) est là, je n'ai plus qu'à faire de meilleures expériences".

Un état d'esprit qu'elle résume par ces mots: "Réfléchis bien et, au final, demande-toi: +Que puis-je faire ?+ Ainsi, tu ne gâches pas ta vie".

Une telle détermination, la chercheuse en thérapie génique l'a transmise... dans ses gènes: sa fille, Susan Francia, est non seulement sortie diplômée de l'illustre université de Pennsylvanie, mais elle a également remporté la médaille d'or au sein de l'équipe d'aviron des Etats-Unis aux Jeux olympiques de 2008 et 2012.

ADN, le grand frère plus connu

A la fin des années 1980, la communauté scientifique n'avait d'yeux que pour l'ADN, qu'on voyait potentiellement capable de transformer les cellules et, de là, soigner des pathologies comme le cancer ou la mucoviscidose.

Mme Kariko, elle, s'intéressait à l'ARN messager, l'imaginant fournir aux cellules un "mode d'emploi" leur permettant ensuite de fabriquer elles-mêmes les protéines thérapeutiques. Une solution permettant d'éviter de modifier le génome des cellules, au risque d'introduire des modifications génétiques incontrôlables.

Mais l'ARN messager n'était pas non plus dénué de problèmes: il suscitait de vives réactions inflammatoires, étant considéré comme un intrus par le système immunitaire.

Avec son partenaire de recherche, le médecin immunologiste Drew Weissman, Katalin Kariko parvient progressivement à introduire de mini modifications dans la structure de l'ARN, le rendant plus acceptable par le système immunitaire.

Leur découverte, publiée en 2005, marque les esprits, extirpant (un peu) Mme Kariko de l'anonymat.

Puis, ils franchissent un nouveau palier, en réussissant à placer leur précieux ARN dans des "nanoparticules lipidiques", un enrobage qui leur évite de se dégrader trop vite et facilite leur entrée dans les cellules. Leurs résultats sont rendus publics en 2015.

Cinq ans plus tard, à l'heure de combattre un virus qui afflige la planète, ces deux percées ont leur importance.

Les deux vaccins censés sauver le monde sont basés sur cette même stratégie consistant à introduire des instructions génétiques dans l'organisme pour déclencher la production d'une protéine identique à celle du coronavirus et provoquer une réponse immunitaire.

Mme Kariko occupe aujourd'hui un poste élevé au sein du laboratoire allemand BioNTech, associé à la firme Pfizer, qui produit le premier vaccin distribué dans le monde occidental, l'autre étant fabriqué par Moderna, dont le nom signifie "Modified RNA" (ARN modifié).

La biochimiste se garde de tout triomphalisme mais conserve une pointe d'amertume en se remémorant les moments où elle s'est sentie sous-estimée: une femme née à l'étranger dans un univers masculin où, à la fin de certaines conférences d'experts, on lui demandait: "Où est votre superviseur ?".

"Ils pensaient toujours, cette femme avec un accent, il doit y avoir quelqu'un derrière, quelqu'un de plus intelligent". Désormais son nom sera probablement cité parmi les candidats au Nobel. Les années passées, sa mère s'inquiétait qu'elle n'y figure pas.

"Je lui disais: je n'obtiens jamais de bourse fédérale, je suis personne, même pas professeure". Ce à quoi sa mère rétorquait: "Mais tu travailles si dur !"

Washington (AFP) -          © 2020 AFP

"Rédemption ! Je me suis mise à respirer très fort. J’étais tellement excitée que j’ai eu peur de mourir." C’est par ces mots que Katalin Kariko a raconté au journal The Telegraph comment elle a réagi à l’annonce des résultats d’efficacité du vaccin développé par Pfizer et BioNTech. Après quasiment quarante ans d’efforts, ses recherches sur l’ARN messager, utilisé pour mettre au point ce vaccin, étaient enfin validées et allaient permettre de lutter contre la pandémie de Covid-19.

"Je n’avais pas imaginé qu’il y aurait un tel coup de projecteur sur cette technologie. Je n’étais pas préparée à être sous les feux de la rampe" a-t-elle ajouté.

En quelques semaines, cette chercheuse hongroise inconnue du grand public, aujourd'hui installée en Pennsylvanie, est devenue la nouvelle étoile du monde scientifique. Katalin Kariko revient pourtant de très loin.

Née il y a 65 ans à Szolnok, dans le centre de la Hongrie, en plein régime communiste, elle grandit à Kisújszállás, où son père est boucher.

Passionnée de sciences, elle débute sa carrière à 23 ans au Centre de recherches biologiques de l’université de Szeged, où elle obtient son doctorat. C’est là qu’elle commence à s’intéresser à l'acide ribonucléique (ARN) messager, des molécules qui donnent aux cellules un mode d'emploi, sous forme de code génétique, afin qu'elles produisent des protéines bienfaisantes pour notre corps. Mais dans les laboratoires hongrois, les moyens manquent. À l’âge de 30 ans, la scientifique se fait par ailleurs renvoyer du centre de recherches, comme le rappelle le site Hungarian Spectrum.

Elle fait alors le choix de regarder de l’autre côté de l’Atlantique et obtient en 1985 un poste à Temple University, à Philadelphie. À l’époque, en Union soviétique, il n’est pas permis de sortir des devises du pays. Malgré cet interdit, Katalin Kariko vend la voiture familiale et cache l’argent dans l’ours en peluche de sa fille Susan Francia âgée de 2 ans. "C’était un aller simple. Nous ne connaissions personne", a-t-elle raconté à Business Insider.

De refus en refus

Le rêve américain peut commencer. Mais là encore, tout ne se déroule pas comme prévu. À la fin des années 1980, la communauté scientifique n'a d'yeux que pour l'ADN, qu'on pensait capable de transformer les cellules et, de là, soigner des pathologies comme le cancer ou la mucoviscidose. La chercheuse hongroise continue, elle, de s’intéresser à l'ARN messager, l'imaginant fournir aux cellules les instructions pour qu'elles fabriquent elles-mêmes les protéines thérapeutiques. Une solution permettant d'éviter de modifier le génome des cellules. Mais cette technologie suscite des critiques car elle entraîne de vives réactions inflammatoires, l'ARN messager étant considéré comme un intrus par le système immunitaire.

En 1990, sa première demande de bourse de recherche est rejetée. Au cours des années suivantes, les refus se multiplient. En 1995, l'université de Pennsylvanie, où elle est en voie d'accéder au professorat, met même un coup de frein à ses ambitions et la rétrograde au rang de simple chercheuse. "Normalement, à ce stade, les gens disent au revoir et s’en vont, car c’est trop horrible", a-t-elle témoigné au site médical Stat. "Je pensais aller ailleurs ou faire quelque chose d'autre. Je me disais aussi que je n’étais pas assez bonne ou pas assez intelligente." La scientifique doit également faire face au sexisme. On lui demande le nom de son superviseur, alors même qu’elle dirige son propre labo, ou on l'appelle "madame" là où ses collègues masculins se voient identifiés comme "professeur".

Malgré les difficultés, Katalin Kariko s’accroche et se consacre à corps perdu à sa passion. "Vu de l’extérieur, cela peut paraître dingue, éprouvant, mais j’étais heureuse au labo", a-t-elle confié à Business Insider. "Mon mari a toujours dit que c’était de l’amusement pour moi. Je ne dis pas que je vais au travail. C’est comme un jeu." Dans le même temps, elle se bat pour financer les études de sa fille Susan Francia. Elle lui transmet sa détermination à toute épreuve. L'enfant à l’ours en peluche finira diplômée de l'université de Pennsylvanie et remportera surtout la médaille d'or au sein de l'équipe d'aviron des États-Unis lors des Jeux olympiques de 2008 et 2012.

Une rencontre à la photocopieuse

En 1997, une simple rencontre devant la photocopieuse va finalement changer le destin de Katalin Kariko. Elle fait la connaissance de l’immunologiste Drew Weissman, qui travaille alors sur un vaccin contre le VIH.

Ils décident de collaborer et mettent au point une parade qui permet à l’ARN synthétique de ne pas être reconnu par le système immunitaire. Leur découverte est publiée en 2005 et leur attire des louanges.

Le duo continue ses recherches et réussit à placer son précieux ARN dans des "nanoparticules lipidiques", un enrobage qui leur évite de se dégrader trop vite et facilite leur entrée dans les cellules.

C’est à partir de ces techniques que les laboratoires Moderna et BioNTech/Pfizer ont pu mettre au point leurs réponses au Covid-19. Les deux vaccins sont basés sur cette même stratégie consistant à introduire des instructions génétiques dans l'organisme pour déclencher la production d'une protéine identique à celle du coronavirus et provoquer une réponse immunitaire.

Grâce à leur travaux et à leur application, Drew Weissman et Katalin Kariko sont désormais pressentis pour le prix Nobel. Après tant d’années à la marge, la chercheuse hongroise occupe désormais un poste élevé au sein du laboratoire allemand BioNTech.

Après avoir appris l’approbation du vaccin développé par Pfizer et BioNTech, Katalin Kariko s’est permis un petit écart en dévorant un paquet de ses bonbons préférés. Même si la chercheuse savoure son succès, l’heure n’est pas encore aux cotillons et au champagne, comme elle l’a résumé à CNN : "Nous fêterons tout cela quand les souffrances humaines seront derrière nous, quand les épreuves et cette période terrible seront terminées. Cela arrivera, je l’espère, cet été, quand nous aurons oublié le virus et le vaccin. Je le célébrerai alors vraiment".

 AFP , Le Point

 

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