L'âme juive d'André Glucksmann

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André Glucksmann

André Glucksmann

Le philosophe français, qui s'est éteint dans la nuit du 9 au 10 novembre à l'âge de 78 ans, s'exprimait ainsi dans Le Monde, lors d'une opération militaire israélienne à Gaza, en 2009 (déjà !) : « Force est de relever le mot qui fait florès et bétonne une inconditionnalité du troisième type, laquelle condamne urbi et orbi l’action de Jérusalem comme
« disproportionnée ».

Un consensus universel et immédiat sous-titre les images de Gaza sous les bombes : Israël disproportionne. A l’occasion, reportages et commentaires en rajoutent : « massacres », « guerre totale ». Par bonheur, on évite à ce jour le vocable « génocide ». Néanmoins, la condamnation, a priori inconditionnelle, de l’outrance juive régule le flot des réflexions (…).

Quelle serait la juste proportion qu’il faudrait respecter pour qu’Israël mérite la faveur des opinions ? Tsahal devrait-elle ne pas user de sa suprématie technique et se borner à utiliser les mêmes armes que le Hamas, c’est-à-dire la guerre des roquettes imprécises, celle des pierres, voire la stratégie des attentats-suicides, des bombes humaines et du ciblage délibéré des populations civiles ? Puisque le Hamas s’obstine à ne pas reconnaître le droit pour l’Etat hébreu d'exister et rêve de l’annihilation de ses citoyens, voudrait-on qu’Israël imite tant de radicalité et procède à une gigantesque purification ethnique ? Désire-t-on vraiment qu’Israël en miroir se « proportionne » aux désirs exterminateurs du Hamas ? » Et de conclure : « Il n’est pas disproportionné de vouloir survivre ».

Cet attachement à la défense d'Israël trouve probablement son origine dans l'enfance mouvementée de l'intellectuel, dans un milieu issu d'Europe centrale. Ses parents, installés provisoirement en Palestine mandataire, militeront plus tard, comme beaucoup de Juifs de leur génération, dans le cadre de l’Internationale communiste et s'établiront en France à partir de 1933, au pire moment puisque c'est à cette date qu'Hitler prend le pouvoir outre-Rhin, prélude à l'Occupation. Puis, André Glucksmann subit le sort des enfants cachés. En 1940, il est recueilli dans une maison gérée par la communauté juive. Tandis que son père meurt au début de la guerre, sa mère s’engage dans la Résistance. Après la Libération, le jeune homme vit dans un quartier populaire de Lyon et suit des études littéraires qui le conduisent à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud. Il obtient l’agrégation de philosophie en 1961. Il a raconté cet itinéraire, et celui de sa famille, dans « Une rage d'enfant » (Plon - 2006).

Marxiste et maoïste, il découvre dès les années 70 la réalité de l'enfer soviétique ou chinois. Marqué par le totalitarisme dans sa jeunesse sous la botte nazie, il va opérer un virage à 180 degrés et deviendra le leader des « nouveaux philosophes », dont l'obsession a été de débusquer les origines philosophiques des idéologies meurtrières qui ont jalonné l'histoire du 20ème siècle.

Proche du sociologue libéral Raymond Aron puis du penseur Bernard-Henry Lévy, il a fini par soutenir le camp néo-conservateur américain et l'intervention des Etats-Unis en Irak, sous la férule de George W. Bush. Cela lui a valu de sévères critiques et des sous-entendus antisémites à répétition de la part d'une certaine frange de intelligentsia française marquée à gauche. Sur ce point, il a subi le même sort que son ami BHL, lui aussi partisan de la manière forte contre les dictatures (il a inspiré l'opération militaire franco-britannique contre Kadhafi) et militant pro-israélien.

André Glucksmann est-il devenu réactionnaire ? En tout cas, il a publiquement appuyé la candidature de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007, avant de le regretter. Il se sentait appartenir à la gauche, mais le fil conducteur de son existence a été la défense des valeurs juives - tantôt incarnées par la gauche, tantôt par la droite - et le combat permanent contre la bêtise.

 

 

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