La France et ses Juifs :chronique d’un divorce annoncé [Radioscopie] par Marc Brzustowski

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La France et ses Juifs : chronique d’un divorce annoncé [Radioscopie].

 Le « point de rupture » sanglant de Toulouse

[ Première remarque : nous avions décidé, avec Claudine Douillet, la tenue de cette chronique, peu de temps avant la tragédie de Toulouse, sur l’intuition partagée qu’il planait un climat d’incitation, comme un oiseau de proie, autour de la communauté juive de France.

Les derniers évènements n’ont fait qu’accélérer et renforcer notre conviction de l’urgence qu’un faisceau de questions dérangeantes trouve des réponses ciblées, avant que cette communauté juive (de France et d’Europe) ne pâtisse des effets, directs ou/et indirects, d’une propagande jihadiste qui tient ses enfants pour responsables des principaux conflits mondiaux, au même titre que les soldats français intervenant en Afghanistan ou ailleurs.-]

Une France « assistante sociale » dorlote ses « petits monstres », hybrides de propagande médiatique et de pépinière des « Banlieues ».

A l’heure où nous rédigeons, le Jihadiste français d’origine algérienne, Mohammed Merah, l’assassin de trois enfants et d’un enseignant en religion juive, Yonathan Sandler, ainsi que de 3 parachutistes français du 17 ème Régiment du Génie Parachutiste de Montauban, est cerné par les hommes du RAID, dans le quartier-nord de Toulouse de la Côte Pavée. 11h 27 : des échanges de rafales nombreuses et nourries, des explosions se poursuivent. Puis, plus rien. Merah s’est défenestré en tirant ses dernières 60 cartouches contre les hommes du RAID, à coup de Uzi et de Kalashnikov, en « boule de feu » : deux à trois blessés. Il avait beaucoup parlé, dit qu’il se rendrait en début d’après-midi, une fois qu’il aura pu faire passer son message, largement répercuté par les médias, depuis le matin du mercredi 21 mars, 3h, premier jour de « Printemps » (du kamikaze Islamiste ?).

Ce message semble des plus clairs : d’après le Ministre de l’Intérieur : membre d’Al Qaeda, qu’on a cru affilié à la mouvance Forzane Alizza, récemment dissoute, formé et entraîné dans les zones tribales du Wâziristan, à la frontière pakistano-afghane, surarmé, il voulait : « venger les enfants palestiniens de GAZA » et s’en prendre à la présence française contre l’Islam Taliban, en « loup solitaire » mû par une « mission ».

A la même heure, a eu lieu, à Jérusalem, l’inhumation des 4 victimes juives, franco-israéliennes, dans le plus profond recueillement. La communauté israélienne, d’origine française, est très présente et manifeste ses inquiétudes concernant ceux restés en France : ils seraient plus en sécurité en les rejoignant en Eretz Israël, seul havre de sécurité pour les Juifs du monde. Il n’y a jamais de solution toute-faite à ce type de drame et les ajustements dépendront de la conviction intime de chaque famille.

Néanmoins, le harcèlement médiatique dont la communauté juive de France, et ses liens à l’Etat Juif, sont la cible, méritent qu’on s’interroge sur les dérives qui ont libre cours, depuis les années 2000, lorsqu’elle retombe dans l’oreille d’un « compatriote » jihadiste pro-palestinien. L’endoctrinement salafiste prend naissance et s’enracine, en effet, clairement, dans les mantras imagés et diffusés à outrance, comme « l’Affaire Al-Dura » (soulignée par Richard Prasquier, Président du CRIF), par une certaine presse française et européenne, complaisante envers de soi-disant « opprimés » s’identifiant au « peuple palestinien ». Leurs maîtres à penser et agir sont les terroristes génocidaires du Hamas et du Jihad Islamique, pour qui l’acte criminel, les bombes humaines ou les tirs de missiles Grad sur les villes et les écoles d’enfants juifs, où qu’ils se trouvent sur cette planète, sont la norme et une seconde nature de leur discours foncièrement éradicateur. Mais le futur tueur est d’abord un pur enfant de la télé, avant de s’endoctriner en Madrassa.

D’autres failles de l’enquête émergent sur le (dys- ?)fonctionnement du contre-terrorisme ou de l’anti-terrorisme, en France : le premier implique des mesures préventives d’encerclement des éléments dangereux avant qu’ils ne passent à l’acte. Le second reprend la piste après les faits, à partir du moment où on dispose de suffisamment d’indices pour traîner un coupable en Cour d’Assise. Sur ce dernier point, rien à redire : le lendemain de son dernier acte contre l’école Ozar Hatorah, le tueur est retrouvé, au petit matin, à moins de 3 kms de son ultime forfait.

Mais le caractère préventif est largement déficitaire : alors que le nombre de ce type de Jihadistes était de 150 environ dans les premières années de la présence de l’OTAN en Afghanistan, de l’aveu du fondateur du GIGN, Christian Prouteau, ils ne seraient plus que de dix à quinze, actuellement, de retour sur le sol national. Interrogé par les services en novembre 2011, Mohammed Merah a été évalué comme « désactivé » et la surveillance de la DCRI s’est relâchée.

Cependant, il a été vu maniant un sabre de Jihadiste, mais cela n’a soulevé aucune attention particulière. Il tenait des propos incendiaires contre « les Juifs ». Il s’enfermait des heures entières pour regarder des vidéos de décapitation, mais là encore, la jeunesse au RSA se distrait comme elle peut.

Depuis le premier meurtre, le 11 mars, il a fallu 9 jours pour recouper cinq cent courriels internet, alors qu’il a traqué sa proie depuis l’ordinateur de sa mère et qu’il pouvait être un des principaux suspects et être interpelé avant de nuire à nouveau.

C’est sur le signalement d’un comportement suspect, fait par un concessionnaire Yamaha, à propos du désormais fameux scooter, que la relation a pu s’établir.
Depuis, Merah n’a jamais quitté la région toulousaine. Il faut la mise en place de « Vigipirate » au niveau maximal, « écarlate », pour mobiliser 200 membres du personnel à cette traque et parvenir à un résultat.

Il louait des véhicules au mois, disposait de plusieurs planques, a entraîné sa famille dans ses dérives, a facilement obtenu des armes de poing (en provenance d’Europe de l’Est ?) auprès du grand banditisme et n’a même pas cherché à fuir la région ni la ville de ses derniers meurtres. Des « négociations » de plus de trente-cinq heures révèlent un moe opératoire nécessairement prudent, mais aussi une société perdant peu à peu ses repères, un manque de confiance en elle et les hésitations traînantes des principaux décideurs.

A force de ne pas vouloir faire de Merah un « martyr », on est, peu à peu, en train d‘en faire un héros, champion du somnambulisme gonflé aux amphétamines, tenant, seul, tête à 55 hommes armés, lançant contre eux un dernier assaut à feu nourri.

Il dit « mettre la France à genoux » et tient parole. De quoi susciter l’émulation. Le Président Sarkozy, Monsieur « Sécurité » de 2007, préfère « discuter » avec un exécuteur génocidaire résolu. Comment saurait-il prendre part à une guerre contre l’Iran, par exemple, s’il « le fallait », en pleine campagne électorale ? Les « sociétés ouvertes » et légalistes ne sont pas immunisées contre les comportements totalitaires déterminés.

Bien entendu, l’appréhender vivant était crucial pour établir des liens, directs ou indirects, avec l’Islamisme en France ou/et des commanditaires extérieurs, en représailles contre la France et les Juifs. Les postulants sont légion : cerveaux du Jihad haïssant le Peuple Juif et s’insurgeant contre la loi sur le voile intégral, voulant punir Sarkozy pour la présence française en Afghanistan. Iraniens et Syriens, à cause des sanctions et d’un rôle de leadership européen contre « l’axe du mal », après avoir sympathisé avec Bachar Al Assad, un certain 14 juillet 2008.

Mais l’aspect bricolage idéologique et « loup solitaire » du tueur prédomine dans le flux des commentaires. Le plus grand risque n’est-il pas que son action serve d’acte de vulgarisation, aux yeux de ses pairs, pouvant aisément s’identifier, sans vrai besoin de stage afghan ? Qu’il ne soit, finalement qu’une « grenade dégoupillée », ou l’une des mèches par laquelle répandre un climat propice à des actes de « guerre civile » ?

Prévenir les risques de fracture ethno-communautaires

Bien entendu, de nombreux experts en Islam et porte-parole (CMCF, UOIF, Mosquée de Paris) sont convoqués dans les diverses tribunes pour tenter de faire retomber la chape de plomb, autour des relations souvent tendues entre certaines franges des différentes communautés, notamment celles mobilisées par « l’importation du conflit en France ». Les récupérations politiques, liées à la campagne présidentielle, vont bon train.

Des profilers, psychiatres, son avocat, des négociateurs se penchent sur son cas, son enfance déstructurée dans le quartier des « Izards », l’absence de père et d’influence de son entourage. On interroge les amis, les voisins, sur la « gentillesse et la générosité » du tueur d’enfants, d’enseignant et de militaires, dans une atmosphère de « psychologisation » ou de psychanalyse de comptoir en direct, pour savoir s’il s’agit d’un « psychopathe suicidaire », ce que sont les « fragilités » mentales du monstre. Des vidéos racontent ses « exploits » de pilote de rodéo, à l’instar de beaucoup de son âge.

L’action policière s’englue dans des considérations d’assistance sociale, où l’on oublie le sort qu’il a réservé sans la moindre empathie à chacune de ses très jeunes victimes, en répétant le même geste : chaque fois, une balle dans la tête pour les achever.

Dans l’émotion soulevée par ces évènements, au moins deux scénarios occupent les esprits :

Dans une vision optimiste : l’assassinat systématique de soldats français, puis des membres les plus exposés de la communauté juive, rassemble la collectivité nationale. Le fait que l’opinion « découvre » l’existence d’une vaste communauté française, désormais, citoyenne d’Israël peut concourir à rapprocher les deux peuples en souffrance, l’ennemi intime étant commun.
Tous sont conscients que ces tragédies constituent un « tournant » dans l’atmosphère qui règne, depuis longtemps, en France.

Mais quelles seront les leçons réellement tirées, sur les causes, plus que sur les conséquences tragiques ?

La version pessimiste, au contraire envisagera que l’opinion française a été graduellement habituée à accepter le meurtre de Juifs (de militaires ou de policiers) comme une conséquence « malheureuse, mais compréhensible » d’un conflit qui la dépasse et à laquelle elle ne veut pas être mêlée.

A preuve, le silence imposé lors du quintuple meurtre d’Itamar, le 6 mars 2011, auquel font, maintenant écho, ceux de la région Haute-Garonne, un an plus tard. Dans le même ordre d’idée, l’armée française s’est professionnalisée et sa présence sur des théâtres de guerre exogènes (Opex) est mal comprise, voire ouvertement contestée : que le Salafiste en question se soit préparé à ces exécutions dans ce même foyer jihadiste intervient peu pour justifier le maintien de cette présence et la nécessité vitale de ce combat, dans une guerre brouillonne et mal conduite, depuis 2002. A-t-on mis les moyens qu’il fallait ?

Le jeu trouble des services pakistanais est considéré comme la cause principale d’immobilisme. Dès lors, que fait l’armée française dans cette galère, loin de chez elle ? L’absence de conscription suscite une relative indifférence à la mission de ceux qui s’engagent, « rémunérés » pour les risques qu’ils prennent. L’opinion française ne supporte plus que la « guerre zéro mort ». Et, désormais, il semble y avoir un « contrat » de type maffieux, sur le sol national, contre quiconque choisit cette voie risquée. L’élite militaire est, à présent, « otage » de tueurs potentiels issus des gangs surarmés de banlieue. Or, il s’agit là d’actes de guerre au cœur de l’Hexagone.

L’avenir reste indécidable, il dépend de facteurs multiples et il ne s’agit pas de se substituer aux Prophètes. Mais, la communauté, ses responsables et les décideurs politiques vont, à présent, devoir se confronter à toutes les configurations possibles, même aux plus imprévues, tactiques et stratégiques, en cessant, tout d’abord, d’occulter les « questions qui fâchent ». La première des libertés, c’est la sécurité physique et psychologique des citoyens.

Elle ne semble plus assurée qu’a posteriori de drames humains, qui sont assimilables à des opérations d’extermination : Ilan Halimi z’l, les enfants et l’enseignant d’Ozar Hatorah, à Toulouse, ont été traqués, identifiés comme « cibles légitimes » par des exécuteurs, planifiant froidement leurs exactions. Chaque fois, ils se pensent en droit de « diffuser leur message », par voie de caméras, de vidéos tournées en prison, de neutralisation différée durant plus de 30 heures, le temps de dire leur fait aux négociateurs, certains de trouver un écho dans l’opinion, pour fabriquer de nouveaux adeptes, émules, parmi la foule anonyme de futurs « loups solitaires ».

Leurs complices sont, d’ailleurs, rapidement libérés.

Le premier mensonge à dénoncer, c’est que l’antisionisme puisse être une opinion critique convenable, indemne des poisons de l’antisémitisme traditionnel, lorsqu’une frange de la population est susceptible d’en recueillir les germes comme un appel aux meurtres et à la haine sans bornes. Comment ose t-on, en effet, nous parler de « risques d’amalgames », lorsqu’un concitoyen juif, y compris ses enfants, est, systématiquement, identifié comme l’homme à abattre ?

Disons-le clairement : le fait que l’individu criminogène et ses complices ne soient interpellés ou neutralisés qu’à l’issue du bain de sang traduit/trahit les conséquences délétères d’une propagande dont l’imagerie est tolérée, alors qu’on s’interdit d’en analyser les causes profondes et lointaines ou d’établir les liens qui soudent les évènements entre eux.

La compassion psychologiste envers les assassins, qui ont franchi toutes les étapes, depuis l’effraction de cave d’immeuble, le rodéo sur le parking, jusqu’à leurs classes terroristes au Pakistan, sans vraiment alerter les services, et la rapide évocation des victimes, persuadent les futurs prétendants qu’ils bénéficieront de mesures exceptionnelles et d’une publicité mondialisée tous azimuts.

Le « cocooning médiatico-social » mène au sentiment de toute-puissance et produit des monstres d’ultra- violence sociologique, mentalement parés à agir selon les codes de « jeux vidéos »-tueurs de flics, de militaires ou/et de Juifs, derniers avatars d’un quelconque « ordre » social.  Le Jihad bénéficie d’une « armée de réserve » sur le sol français. Il vient de commettre un précédent. Un nouveau chapitre de l’insécurité, qui n’est pas qu’un « sentiment », mais bien une réalité tragique patente, s’est entrouvert, avec l’éxécution froide de Yonathan, Gavriel, Arieh Sandler z’l, Myriam Monsonego z’l, Abel, Imad Ibn Ziaten, Abel Chenouf, Mohammed Legouade.

Les semaines qui s’annoncent permettront à l’évènement de se décanter, pour laisser place à l’évocation des solutions qui s’imposent. Il nous incombe de lister l’ensemble des questions que soulève cet avenir incertain et d’y trouver des réponses concrètes.

Marc Brzustowski

 

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