La communauté juive du Venezuela déclare: « Personne ne sait ce qui va se passer. »

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La communauté juive du Venezuela déclare: « Personne ne sait ce qui va se passer. »

Venezuela : après l’arrestation de Maduro, la communauté juive retient son souffle

Trois jours après l’arrestation spectaculaire de Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines, le Venezuela vit dans un silence pesant. À Caracas, la communauté juive — environ 4 000 personnes — observe, attend, se tait. Pas par indifférence. Par instinct de survie.
Particulièrement après la déclaration Delcy Rodríguez.

 

Un pays figé, des rues étrangement calmes

« Samedi matin, personne n’est sorti. Le pays entier est resté chez lui. »

Ce témoignage, livré à N12 par un responsable communautaire, dit tout de l’état d’esprit qui règne depuis l’annonce de l’arrestation. Pas de liesse, pas de colère visible. Une suspension du temps.

Les rues de Caracas, habituellement bruyantes et chaotiques, sont restées calmes. Les gens ont attendu. Regarder. Écouter. Comprendre. « Personne ne sait ce qui va se passer. C’est trop tôt. Tout le monde est sous le choc », confie-t-il.

Ce n’est que le lendemain, dimanche, que la ville a timidement repris vie. « Les gens sont sortis faire des courses. Ils ont vu qu’il n’y avait pas de troubles. Alors ils ont recommencé à vivre. » Une normalité fragile, presque expérimentale.

La peur d’un dérapage, sans savoir d’où il viendra

Au sein de la communauté juive, la crainte était immédiate : pillages, règlements de comptes, violences de rue. Rien de tout cela, pour l’instant. Mais personne ne se rassure vraiment.

« Nous espérons que la colère ne se retournera pas contre nous », glisse le même responsable. La phrase est dite simplement, sans emphase. Elle est pourtant lourde. Dans un pays où les discours officiels ont souvent désigné des ennemis intérieurs, la discrétion devient une stratégie.

Une nouvelle présidente, un discours qui inquiète

L’accession au pouvoir de Delcy Rodríguez, après la capture de Maduro, n’a pas apaisé les esprits. Dans ses premières déclarations publiques, elle a dénoncé une opération américaine « à coloration sioniste ». Une phrase qui n’est pas passée inaperçue.

Pourtant, rappellent des responsables communautaires, les relations avec le pouvoir n’ont jamais été rompues. « Même sous Maduro, il y avait des contacts. Rodríguez elle-même était en lien avec la communauté. Jusqu’ici, cela s’était bien passé. »

Entre les mots prononcés aujourd’hui et les pratiques passées, l’écart interroge.

Vivre ici, aimer Israël, ne rien revendiquer

La communauté juive du Venezuela ne se cache pas de son attachement à Israël. Mais elle refuse toute instrumentalisation. « Nous soutenons Israël, nous nous sentons proches de lui. Mais nous savons aussi que nous n’avons aucune influence sur la politique étrangère du Venezuela. Ce n’est pas notre rôle. »

Cette lucidité est aussi une protection. Dans un pays exsangue, marqué par la fuite de millions de citoyens, chaque minorité sait qu’elle peut devenir un exutoire commode.

Un pays effondré, une attente angoissée

Sous Maduro, le Venezuela s’est vidé, appauvri, fracturé. Institutions démantelées, élections contestées, alliances resserrées avec l’Iran, hostilité assumée envers Israël : le décor était déjà lourd.

Son arrestation n’a pas libéré le pays. Elle l’a plongé dans une attente tendue, presque irréelle. « C’est un événement unique. Étrange. On n’a jamais vécu ça », résume le témoin.

Pour la communauté juive, comme pour des millions de Vénézuéliens, une seule certitude domine : le plus dangereux n’est pas encore arrivé — ou peut-être est-il déjà là, dans ce silence qui précède toujours les secousses.

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