Jérusalem :les Israéliens vivent dans la fiction d’une ville "réunifiée "

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massacre à Jérusalem
ANALYSE source LIBERATION.fr La tuerie dans une synagogue, mardi, et la réponse des autorités israéliennes pourraient faire basculer la Palestine dans une révolte à grande échelle. Au lendemain de l’attentat visant la synagogue Kehilat Bnei Torah de Jérusalem, la plupart des observateurs israéliens et palestiniens estiment «qu’un pas a été franchi». Que cette attaque sanglante cinq morts, une dizaine de blessés menée par Rassan et Ouday Abou Amal - deux cousins - a fait basculer dans une autre dimension, nettement plus inquiétante, les tensions croissantes dans la «ville trois fois sainte», secouée par des émeutes récurrentes depuis le 2 juillet, date de l’assassinat du jeune Palestinien Mohamad Abou Khdeir par des extrémistes juifs. Certes, à Ramallah, Mahmoud Abbas a condamné la tuerie au nom de l’Autorité palestinienne et ses services de sécurité continuent de collaborer avec ceux de l’Etat hébreu. Mais le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) a revendiqué l’attentat de mardi, et ce signe inquiète les analystes car il pourrait annoncer d’autres opérations du même style. «Si le FPLP est effectivement derrière cette attaque, les autres organisations palestiniennes voudront également se lancer dans la course au fait d’arme afin de ne pas perdre de leur prestige. On risque alors de retomber dans un nouveau cycle de violence semblable à celui du début des années 2000, estime le chroniqueur arabisant Ohad Hemo. L’hypothèse est d’autant plus probable que le gouvernement de Nétanyahou est au bord de l’explosion. Et que les partis envisagent des élections anticipées en 2015. Dans ce contexte, pas question de faire preuve de la moindre faiblesse face au terrorisme. Il faut appliquer la politique de la poigne de fer en détruisant la maison familiale des terroristes, en réprimant durement les manifestations et en multipliant les arrestations [plus de 1 200 depuis le 2 juillet, ndlr]. Le contexte est hautement explosif et volatil.» Réservistes. Ce n’est pas un hasard si l’état-major de la police a rappelé tous ses effectifs malades ou en congé et placé ses forces en état d’alerte maximal. La Michmar Ha-Gvoul (l’unité des gardes-frontières) a aussi convoqué des réservistes pour les déployer aux points de passage avec la Cisjordanie. L’objectif est d’afficher une présence massive sur le terrain et riposter au moindre jet de pierre ou de pétard. Certes, pour l’heure, les responsables israéliens refusent toujours d’envisager l’éventualité d’une troisième Intifada. Du moins en public. A l’instar du ministre de la Sécurité publique, Yitzhak Aharonovitch, qui s’est rendu mardi matin à Har Nof, le quartier orthodoxe de Jérusalem où est située la synagogue attaquée, ils préfèrent employer l’expression «vague de terreur spontanée». «De toute façon, à un certain moment, jouer avec les mots devient ridicule. Que l’on appelle cela Intifada, troubles, émeutes ou révolte, personne - y compris parmi les responsables israéliens - ne peut plus nier que la situation va en se détériorant. Peu importe le nom que vous donnez aux événements, ils sont les symptômes d’un gros problème qui ne semble pas près d’être résolu», explique Hillel Cohen, professeur à l’université de Jérusalem et spécialiste de la société palestinienne. «Bien sûr, les extrémistes juifs qui se rendent sur l’esplanade des Mosquées pour y prier font monter la pression dans la rue palestinienne. Mais les causes des émeutes et des attentats de ces derniers mois sont beaucoup plus nombreuses», précise-t-il. Et de poursuivre : «N’oubliez pas que les quartiers arabes de la ville ont été annexés en 1967 et que la municipalité ne les entretient pas ou mal. Alors que les Israéliens vivent dans la fiction d’une ville "réunifiée pour les siècles des siècles", le ressenti des Palestiniens depuis cinquante ans est celui d’une occupation pesante et humiliante. Tout cela sur fond de racisme anti-arabe et de construction accélérée dans les quartiers juifs voisins.» Les conditions d’un embrasement sont donc réunies. A Jérusalem mais également en Cisjordanie, où l’on constate une recrudescence des incidents depuis le début de l’été : tirs sur les voitures transportant des colons, jets de cocktails Molotov sur des autobus, etc. Cependant, jusqu’à présent, la plupart des émeutes déclenchées dans les quartiers arabes de Jérusalem ainsi que des attaques menées en Cisjordanie ont été le fait d’individus isolés agissant hors de toute structure opérationnelle. Car les organisations palestiniennes importantes n’ont pas (encore) décidé de passer à la lutte armée, et hésitent sur ce qui pourrait être leur stratégie. Et parce que la population arabe de Jérusalem ne dispose plus d’un leadership influent depuis la mort de Fayçal Husseini, en mai 2001. Faute de coordination, les émeutiers et les candidats à l’attentat agissent à l’aveuglette, et c’est ce qui a - jusqu’à présent - «sauvé» Israël d’un nouveau soulèvement palestinien. Mais rien ne dit que la situation va perdurer. A Ramallah, Mahmoud Abbas, 79 ans, continue toujours à s’opposer à la moukawama («résistance armée»), mais pas la génération montante de son parti, le Fatah, qui multiplie les appels en sens contraire. Dans ses discours, le président palestinien a néanmoins parfois des mots qui évoquent ceux du Hamas et du Jihad islamique. Alors que le directeur général du Shabak (la sûreté israélienne) prétend le contraire, Benyamin Nétanyahou et ses principaux ministres continuent pourtant d’accuser le président palestinien de tous les maux. A les entendre, lui et son entourage seraient en effet responsables des campagnes médiatiques incitant les émeutiers de Jérusalem à descendre dans la rue et les conducteurs de camionnette à lancer leurs véhicules contre le tramway. Nétanyahou et ses ministres voient la «main du Fatah» dans le moindre lancer de pierres et la plus petite manifestation dénonçant l’interdiction faite à certaines catégories de musulmans de fréquenter l’esplanade des Mosquées à l’occasion de la grande prière du vendredi. Relayées à l’envi par les médias locaux, ces accusations ne convainquent pas les diplomates étrangers et les observateurs en poste dans la région. Mais elles sont prises au sérieux par la plus grande partie de l’opinion israélienne qui ne croît plus guère au dialogue. Encore moins au processus de paix. Choqués par les attentats à la voiture bélier de ces dernières semaines et surtout par celui de la synagogue Kehilat Bnei Torah, appelés à «se montrer prudents» par la police et les services de sécurité, les Israéliens accepteront donc sans broncher les mesures de plus en plus répressives que Nétanyahou et ses ministres élaborent pour

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