Israël : Des centaines d'ultraorthodoxes font reculer la police militaire et libèrent un réfractaire -vidéo-

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Modiin : des centaines d'ultraorthodoxes font reculer la police militaire et libèrent un réfractaire

Modiin : des centaines d'ultraorthodoxes font reculer la police militaire et libèrent un réfractaire

Par Claudine Douillet I Le 6 octobre 2026

Pour la première fois, une foule a fait plier l'armée israélienne en pleine ville. Dans la nuit de lundi à mardi, à Modiin, des centaines d'ultraorthodoxes ont assiégé des soldats de la police militaire venus arrêter un déserteur. Les forces sont reparties sans lui.

La scène s'est déroulée en pleine nuit, au cœur d'une ville du centre d'Israël. Des soldats de la police militaire se présentent dans un immeuble de Modiin pour arrêter un jeune ultraorthodoxe qui ne s'est pas présenté à son incorporation. En quelques minutes, des centaines de manifestants convergent vers le bâtiment. Ils forcent l'entrée, encerclent les militaires et affrontent les policiers venus en renfort. Selon les médias israéliens, du gaz poivre a été projeté sur les soldats.

La police a dû déployer d'importants effectifs pour extraire les militaires coincés à l'intérieur. Le réfractaire, lui, n'a jamais été interpellé. À l'aube, les forces de l'ordre avaient quitté les lieux, les mains vides.

Une ligne d'urgence pour bloquer les arrestations

Ce rassemblement n'avait rien de spontané. Les manifestants ont été mobilisés par une ligne d'urgence créée par la Faction de Jérusalem (Peleg Yerushalmi), la frange la plus radicale du monde ultraorthodoxe opposé à la conscription. Ce dispositif fonctionne comme un service d'alerte. Dès qu'une arrestation se prépare, le réfractaire appelle le numéro et des militants sont envoyés en masse sur place pour empêcher l'interpellation.

La méthode, revendiquée ouvertement par ses responsables, repose sur un calcul simple : la foule arrive et l'armée se retire. Cette nuit, le calcul a fonctionné. La ligne d'urgence a d'ailleurs célébré l'issue de l'opération en annonçant que la police avait quitté le domicile de l'étudiant de yeshiva et que la foule dansait dans la rue.

La Faction de Jérusalem a mis en place ce réseau l'an dernier, quand Tsahal a commencé à poursuivre les jeunes ultraorthodoxes qui ignorent leurs ordres d'appel.

Une armée qui n'arrête presque personne

L'épisode de Modiin met en lumière une réalité embarrassante. Tsahal ne mène quasiment jamais d'opérations actives pour arrêter les réfractaires. Les quelques dizaines de déserteurs actuellement détenus sont presque tous des hassidim de Breslev interpellés à l'aéroport Ben Gourion ou à d'autres points de passage, au retour de leur pèlerinage annuel sur la tombe de Rabbi Nahman à Ouman, en Ukraine.

Pourtant, la Cour suprême a ordonné une application égale de l'obligation de service militaire. L'armée justifie son inaction par le manque de coopération de la police, dont l'appui est indispensable pour intervenir en zone civile. La police rejette l'argument et renvoie la responsabilité vers la police militaire. Résultat, chacun se renvoie la balle et la loi n'est pas appliquée.

« L'armée ennemie » dans les rues de Jérusalem

La violence de Modiin ne sort pas de nulle part. La semaine dernière, des milliers d'ultraorthodoxes ont défilé à Jérusalem pour accueillir des réfractaires libérés de la prison militaire. Certains manifestants brandissaient des pancartes qualifiant Tsahal « d'armée ennemie ». Selon Ynet, aucun responsable de la coalition n'a jugé bon de réagir à ces accusations contre les soldats d'Israël.

À la fin de la marche, le rabbin Yehouda Tsadka, à la tête de la yeshiva Porat Yossef, a remis à chaque réfractaire une enveloppe contenant 1 000 shekels. D'après les organisateurs, cet argent provenait de dons venus de l'étranger.

Une voix ultraorthodoxe s'élève contre les émeutiers

Fait notable, la condamnation la plus virulente est venue de l'intérieur du monde ultraorthodoxe. Moti Leitner, président du Parti public haredi, a réagi avec une rare dureté : « La place de ces sauvages est derrière les barreaux. » Il a sommé Arié Deri, Yaakov Asher et Yitzhak Goldknopf de condamner publiquement l'émeute contre les soldats de Tsahal. Selon lui, les premières victimes de cette bande violente sont les ultraorthodoxes eux-mêmes.

Sur Walla, le chroniqueur Nir Kipnis est allé plus loin en comparant les scènes de liesse de Modiin aux célébrations observées à Gaza.

À trois semaines des élections, la conscription au cœur du scrutin

L'affaire tombe au pire moment pour la coalition. Les Israéliens votent le 27 octobre et la question du service militaire des ultraorthodoxes s'impose comme l'un des enjeux majeurs de la campagne. Les réservistes accumulent des centaines de jours de service depuis le 7 octobre 2023, tandis que des dizaines de milliers de jeunes ultraorthodoxes échappent à toute obligation.

Le 3 septembre, Arié Deri, chef du Shass, avait déclaré qu'il n'avait pas à appeler les ultraorthodoxes à s'enrôler et que l'armée capable de bombarder l'Iran n'avait qu'à se débrouiller. Gadi Eisenkot lui avait répondu sèchement que cette fois, c'était lui qui allait devoir se débrouiller. Naftali Bennett, de son côté, présente ce qu'il appelle la « loi Deri » : quiconque encourage l'insoumission ne siégera pas au cabinet.

Modiin offre désormais à l'opposition une image choc : celle de soldats israéliens contraints de battre en retraite devant une foule, sur le sol d'Israël. La question posée aux électeurs devient brutale. Qui commande en Israël, l'État ou la rue ?

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