"J'ai gagné" : à 96 ans, survivante d'Auschwitz, Charlotte fait son alyah

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"J'ai gagné" : à 96 ans, survivante d'Auschwitz, Charlotte fait son alyah

"J'ai gagné" : à 96 ans, survivante d'Auschwitz, Charlotte fait son alyah entourée de cinq générations

Elle s'appelait Ilanka Lea Schwartz. À 14 ans, les nazis lui ont volé son nom, sa famille, et lui ont tatoué un numéro sur le bras. Huit décennies plus tard, Charlotte Roth a posé ses valises à Netanya. Citoyenne israélienne. Entourée de cinq générations. Et quand on lui a remis sa carte d'identité, elle n'a eu besoin que de deux mots : "J'ai gagné."

Le 18 février 2026, dans les bureaux du ministère de l'Intérieur à Tel Aviv, une cérémonie peu ordinaire s'est tenue : Charlotte Roth, 96 ans, survivante de la Shoah, recevait officiellement sa carte d'identité israélienne pour la première fois de sa vie, entourée de cinq générations de sa famille.

Elle avait attendu cela toute sa vie.

Pessah, pâques juives 1944 : le monde s'effondre

Charlotte Roth est née en Tchécoslovaquie sous le nom d'Ilanka Lea Schwartz, dans une famille nombreuse et soudée où, dit-elle, "la famille était tout".

En 1944, à 14 ans, ce monde s'effondre. Ce Pessah-là, sa famille est forcée d'entrer dans un ghetto, alors que les conditions de vie des Juifs se dégradent à une vitesse terrifiante. Quelques semaines plus tard, à la veille de Chavouot, ils sont déportés à Auschwitz-Birkenau dans un wagon à bestiaux.

À l'arrivée, le deuxième jour de Chavouot, Charlotte est séparée de sa mère et de ses frères et sœurs lors du processus de sélection. C'est la dernière fois qu'elle les voit.

Ce qui la sauve ? Un talent anodin, presque dérisoire face à l'horreur : elle sait coudre. Cette compétence la désigne pour le travail forcé, lui épargnant une mort immédiate.

Elle survit à Auschwitz. Elle survit à une marche de la mort. Elle survit à un second camp. Elle est libérée en 1945.

Mais la liberté, ce jour-là, a un goût amer. En rentrant dans son village natal, elle apprend qu'aucun membre de sa famille immédiate n'a survécu. Plus dévastateur encore : son père, convaincu quelques jours plus tôt que toute sa famille avait péri, s'était donné la mort, incapable de supporter cette perte.

De toute sa vie d'avant, Charlotte ne conserve qu'une seule chose : une bague gravée des initiales "IS" — pour Ilanka Shvartz, le nom qu'elle portait avant la guerre. Elle la porte encore aujourd'hui.

Reconstruire depuis le néant

Dans un camp de personnes déplacées, elle rencontre celui qui deviendra son mari. Ils se marient, ont leur premier enfant, puis émigrent aux États-Unis. Ils s'installent à Cleveland, Ohio. Ils élèvent quatre enfants. Ils construisent une vie.

Aujourd'hui, Charlotte Roth est la matriarche de neuf petits-enfants, vingt-six arrière-petits-enfants et onze arrière-arrière-petits-enfants. La grande majorité vit en Israël.

Pendant des décennies, elle leur rend visite deux fois par an. Jusqu'au jour où elle décide que les visites ne suffisent plus.

"J'ai décidé de rester"

En septembre dernier, à l'occasion de Roch Hachana, Charlotte arrive en Israël  et entame les démarches d'alyah avec l'aide de Nefesh B'Nefesh et de sa petite-fille.

Le 18 février 2026, entourée de cinq générations de sa famille réunies dans la salle, Charlotte Roth reçoit officiellement sa carte d'identité israélienne. Elle retrousse sa manche gauche. Le tatouage est là, pâli mais lisible : le numéro 25941, précédé d'un "A"  pour Arbeit. Le travail. Ce qui l'a maintenue en vie.

Elle regarde la salle, regarde ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants, ses arrière-arrière-petits-enfants.

Et elle dit, simplement : "J'ai gagné."

Elle s'est installée à Netanya, où vit la majorité de sa famille. Elle fait de l'exercice régulièrement, aime marcher et tient à préciser qu'elle mange ce qu'elle veut.

"De l'obscurité est née une lumière"

Le rabbin Yehoshua Fass, cofondateur de Nefesh B'Nefesh, a décrit l'alyah de Charlotte comme un moment de portée nationale : "En 24 ans de travail sur l'alyah, on croise des moments historiques remarquables. Qu'une survivante de la Shoah de 96 ans fasse son alyah et rejoigne cinq générations vivant en Israël  c'est à couper le souffle. C'est le reflet de la force et de la résilience du peuple juif, et la réalité vivante du kiboutz galouiot, le rassemblement des exilés."

Charlotte, elle, résume sa nouvelle vie avec la même simplicité désarmante qu'elle a mise dans ses deux mots de victoire : "Je marche dans ces rues avec cinq générations de ma famille. Mon cœur est rempli de joie profonde et de force. Surtout quand je vois les soldats israéliens et que je ressens la sécurité et la fierté là où il n'y avait autrefois que la peur."

La jeune fille qui était arrivée seule à Auschwitz, sans nom, avec un numéro sur le bras, vient de devenir citoyenne de l'État juif.

Elle a 96 ans. Elle a gagné.

Sources : Ynet News, Times of Israel, Jerusalem Post, Nefesh B'Nefesh — février 2026

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