Le jour où Israël fut crée

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Le jour où Israël fut créé

Il avait été décidé que la cérémonie se tiendrait au musée de Tel-Aviv, boulevard Rothschild, non pas tant parce qu'il s'agissait d'un bâtiment imposant (ce qui, d'ailleurs, était faux), mais parce qu'il était assez petit pour être aisément gardé. C'était l'une des plus anciennes constructions de Tel-Aviv : elle avait appartenu à l'origine au premier maire de la ville, qui l'avait léguée à ses concitoyens pour qu'on fît un musée d'art.

La somme fabuleuse de 200 dollars environ avait été'allouée en vue d'une décoration appropriée à la cérémonie : on avait frotté et récuré les sols, drapé pudiquement les nus des tableaux, camouflé les fenêtres en cas de raid aérien et accroché un énorme portrait de Théodore Herzl derrière la table où devaient prendre place les treize membres du gouvernement provisoire.

Bien que l'on fût censé n'avoir révélé les détails de la cérémonie qu'à deux cents invités, une foule énorme était déjà amassée devant le musée quandjy arrivai.

Quelques minutes plus tard, à 4 heures de l'après-midi exactement, la cérémonie commença. Ben Gourion, costume noir et cravate, se leva et frappa la table de son maillet. Selon le programme établi, ce devait être le signal pour que l'orchestre dissimulé dans une galerie du deuxième étage attaquât Hatikvah «( Espoir »). Mais il y eut un accroc et l'on n'entendit rien. Spontanément, nous nous dressâmes tous et nous entonnâmes l'hymne national. Puis Ben Gourion s'éclaircit la voix et dit calmement :

- Je vais maintenant donner lecture de l'Acte dIndépendance.

// ne lui fallut qu'un quart d'heure pour lire en entier la proclamation. Il s'en acquitta lentement, très clairement, et 1 e me souviens qu'il changea de voix et haussa un peu le ton en arrivant au onzième paragraphe :

- En conséquence, nous, membres du Conseil national représentant le peuple juif du pays d7sraël et le mouvement sioniste mondial, réunis aujourd'hui, jour de la cessation du Mandat britannique, en assemblée solennelle, et en vertu des droits naturels du peuple juif, ainsi que de lAssemblée générale des Nations unies, proclamons la fondation de l'État juif dans le pays d7sraël, qui portera le nom de « État d7sraël ».

L'État d'Israël ! Mes yeux étaient pleins de larmes et mes mains tremblaient. Nous avions réussi. Nous avions donné naissance à lÉtat juif et, moi, Golda Mabovitch Meyerson, j'avais vécu cette journée. Quoi qu'il arrivât désormais, quel que fût le prix que nous dussions payer pour cet acte, nous avions ressuscité le Foyer national juif. Fini le long exil ! A dater de ce jour, nous ne vivrions plus par tolérance sur la terre de nos ancêtres. Nous devenions une nation comme tant d'autres, maîtresse, pour la première fois depuis vingt siècles, de ses destinées. Le rêve s'était changé en réalité, trop tard pour sauver ceux qui avaient péri dans le grand Holocauste, mais non pour les générations à venir.

// y avait presque cinquante ans, exactement, que, lors de la clôture du premier Congrès sioniste, à Bâle, Théodore Herzl avait noté dans son journal : « A Bâle, j'ai fondé lÉtat juif. Si je le déclarais aujourd'hui, on me recevrait avec des rires. Dans cinq ans peut-être, dans cinquante ans assurément, ce sera clair pour tout le monde ». Et la prophétie venait de se vérifier.

Golda Meir ma vie , Editions Laffont , Paris 1975



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