Pourquoi la « shehita » pose problème en Europe : le problème de l’abattage ...

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Pourquoi la « shehita » pose problème en Europe : le problème de l’abattage sans étourdissement préalable

Analyse : Par Janick Dahan Maître de Conférences en Droit

Les modes d'abattage utilisés en Europe et préconisés par la réglementation impliquent un étourdissement de l'animal avant l'incision. Or pour les juifs et les musulmans, il est impératif que les animaux destinés à l’abattage soient pleinement conscients au moment de leur mise à mort, et toute technique conduisant à anesthésier l’animal est ainsi interdite. Il n’en faut pas plus aux fondamentalistes de la protection animale pour présenter l’abattage rituel comme un acte barbare causant les pires souffrances aux animaux par opposition à l’abattage avec étourdissement qui serait  indolore. Cette vision simpliste, remplie de présupposés idéologiques, se  fonde sur l’apparence : l’incision franche pratiquée selon les règles prescrites entraine un saignement rapide et des mouvements réflexes impressionnants.  En réalité,  il est établi que la shehita lorsque qu’elle est bien pratiquée provoque une anoxie (manque d'oxygène) très rapide des cellules nerveuses du cerveau,  et le cortex, centre de la douleur, cesse donc de fonctionner.  Par ailleurs, aucune étude scientifique sérieuse ne démontre que l’abattage rituel est  plus cruel que l’abattage traditionnel, certains prétendent même l inverse.

Quel est l’état du droit actuel? : une dérogation à la discrétion de chaque état.
 Le droit de l’union européen, prévoit clairement que tout abattage doit être précédé d’un étourdissement, mais laisse à chaque état la possibilité de prévoir une dérogation pour l’abattage rituel en faveur des minorités religieuses.  La plupart des pays européens, attachés au principe de liberté de culte  ont fait usage de cette  dérogation pour accepter l'abattage sans étourdissement préalable.  Mais un petit nombre de pays ont préféré faire prévaloir leur conception subjective de la protection des animaux sur  la liberté de culte et ont ainsi refusé toute dérogation à la règle.  Ainsi, après la Suisse, la Suède, la Norvège, le Luxembourg et la Nouvelle-Zélande, Les Pays-Bas sont devenus depuis peu le 6e pays à interdire l abattage sans étourdissement.   En France, notre droit prévoit expressément l’abattage rituel, et il n’est pas question pour l’instant de le remettre en cause. Mais il risque d être menacé d’une façon bien plus pernicieuse, par ce qu’on appelle : l’étiquetage.

L’étiquetage  et l’obligation de d’information et de transparence.
Parmi tous les animaux ayant fait l’objet d’un abattage rituel, seule une minorité  est  admise pour la production de viande casher, car d’une part certaines carcasses sont  considérées comme non cachères par le shohet et d’autre part la consommation du nerf sciatique étant interdite, la partie inférieure de la viande est éliminée. Ainsi, une grande partie de la viande issue d abattage rituel est écoulée dans le circuit non cacher sans que les consommateurs en soient informés.  Les  détracteurs de l’abattage rituel, exercent au niveau européen des pressions très fortes pour imposer une règlementation exigeant que la viande provenant de bêtes abattues sans étourdissement soit systématiquement identifiée comme telle. Le parlement européen a d’ailleurs failli voter très récemment une disposition prévoyant un étiquetage avec la mention «  viande provenant d’un animal abattu sans étourdissement », mais il a finalement renoncé en  se donnant le temps de la réflexion.  Il  faut comprendre,  que si une telle mesure finissait par être prise, cela aurait pour conséquence de détourner les consommateurs non juifs de ce type de viande, et rendrait  « économiquement non viable » la production de viande cachère. 
Cette pression exercée au niveau européen en faveur de l’étiquetage constitue une véritable menace, elle conduit  sous l’apparence légitime du droit à l’information et du principe de transparence  à la remise en cause de l abattage rituel.  L’argument est le suivant :   si la liberté de culte doit être respectée,  il faut aussi respecter  la liberté de conscience de chacun, notamment celle de ne pas vouloir consommer de la viande d’animaux mis à mort sans étourdissement.  Que répondre à cela ? Il faut souligner le caractère très sélectif de la volonté de transparence ainsi affichée.  Les  causes de souffrance animale sont multiples et l'élevage industriel intensif impose des conditions de traitement des animaux qui méritent à elles seules de mobiliser l'indignation de l'opinion.  Pourquoi  faudrait-il étiqueter l'abattage rituel sans étourdissement, alors que l'étiquetage des multiples formes de souffrances et douleurs animales n'est pas la norme en vigueur dans l'U.E et que rien n’établit que l’abattage sans étourdissement préalable est plus douloureux pour l animal ?
Il est pour le moins curieux, de focaliser tout le débat sur l abattage rituel alors que notre société de consommation a fait de l’animal à travers l’élevage industriel une véritable marchandise. Il nous semble au contraire que le judaïsme a certainement un éclairage intéressant à apporter sur la question des rapports de l’homme à l animal.  En effet, le respect de l’animal en tant que créature divine est aussi une notion fondamentale du judaïsme. Toutefois, l’homme doit toujours rester au sommet de la Création, il est par essence, supérieur aux autres créatures et doit toujours être considéré comme tel.  Ainsi l’homme doit pouvoir utiliser ce dernier lorsqu’un besoin vital s’impose et uniquement dans ce cas.  On peut donc  renverser complètement la question, et se demander si les pratiques actuelles  d’élevage sont bien conformes  au principe de respect de l’animal tel qu’il est si bien défini dans le judaïsme. 

Janick Dahan

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