LE KOSOVO ET LA SHOAH

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par Paul Giniewski

Un énorme effort humanitaire se déploie à travers le monde en faveur des réfugiés du Kosovo. Il appelle une comparaison qui, pour les Juifs, est douloureuse.
 
On voit des collectes de dons en argent et en nature s'organiser partout en faveur des réfugiés. Des équipes médicales installent des hôpitaux de campagne, des armées mettent leurs moyens puissants au service des exilés. Des contingents d'expatriés sont accueillis par des familles et des gouvernements. Israël lui-même est à la pointe de cette mobilisation humanitaire, exemplairement, allant jusqu'à recevoir des Kosovars musulmans sur son sol, à leur proposer de les intégrer, s'ils le désirent, définitivement.
Devant ce spectacle de chaude solidarité, inévitablement vient à la mémoire une autre situation historique: celle des Juifs il y a 55 ans.
 
La barque était Pleine
 
Dès 1933 en Allemagne, dès 1938 en Autriche, dès 1939 et 1940 dans toute l'Europe submergée par les nazis, ils étaient frappés de lois d'exception, brutalisés, pillés, torturés et bientôt livrés a l'extermination organisé industriellement.
Le monde civilisé laissait faire les nazis. Des représailles auraient arrêté leur folie , à chaque stade du crescendo. L'accueil des Juifs était, à chaque stade, faisable et nécessaire. Mais au lieu de se mobiliser en faveur des Juifs, le monde s'est cantonné dans la neutralité, dans l'indifférence, en d'autres mots, il s'est fait complice. D'immenses pays à la recherche d'immigrants fermaient leurs portes aux émigrants juifs. Des bateaux chargés de juifs fuyant les camps de concentration puis les chambres à gaz, étaient renvoyés des ports qu'ils avaient atteints, traqués par les marine de guerre d'un puissant empire en guerre contre les nazis, refoulés vers la mort. Des navires vétustes et surchargés, impropres à tenir la mer, se sont brisés ou sabordés et leur cargaison humaine s'est noyée. Des pays prospères renvoyaient les Juifs de leur frontières car, expliquaient-ils , " la barque était pleine".
 
Songeant à ce qu'eût été le sort de ces Juifs torturés et exterminés si le monde avait déployé, alors en leur faveur, l'équivalent de ce qu'il déploie aujourd'hui en faveur d'autres victimes, certes menacées de malheur, mais en aucun cas de l'équivalent d'une Shoah.
 
La Shoah Numéro Deux
 
Où peut nous conduire cette réflexion, cette comparaison? Soutiendra-t-on que jadis le monde ne savait pas? On sait aujourd'hui qu'en 1941, quand les Einsatzkommandos exterminaient à l'Est, en1942 en 1943 et en 1944, quand les chambres à gaz fonctionnaient, les gouvernements des pays civilisés savaient.
 
Ils savaient, ils se taisaient, ils laissaient faire et ils se dérobaient aux victimes.
 
On l'a redit sans cesse depuis des décennies. Le moment est opportun de le rappeler une nouvelle fois. Et de se poser la question: pourquoi?
 
Y répondre fournit des éclaircissements à la fois pour le passé et le présent.
 
Le monde était habité et reste habitué à un ordre des choses: voir les Juifs massacrés et les Juifs subir et tendre la joue. C'est pourquoi le monde civilisé, comme il y a 55 ans, laisse faire aujourd'hui les ennemis de l'Etat juif, voir les soutient, et taxe d'intransigeants et d'"obstacles à la paix", ceux des Israéliens qui tiennent tête et se défendent contre un ennemi qui médite la
Shoah Numéro Deux.
 

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