Intelligence artificielle en Israël : la clinique du futur qui soigne ses patients à Beer-Sheva

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, High-Tech, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Intelligence artificielle en Israël : la clinique du futur qui soigne ses patients à Beer-Sheva

 

Un robot qui accueille les patients, une station qui analyse les urines en quelques minutes, un algorithme qui éplucherait chaque jour les dossiers de millions d'Israéliens : ce n'est pas de la science-fiction, c'est le quotidien de la clinique Lavi, ouverte à Beer-Sheva depuis trois mois. Pendant que Clalit teste grandeur nature la médecine de demain, l'hôpital Sheba grimpe dans le classement des meilleurs établissements du monde et les Israéliens, eux, consultent de plus en plus leur téléphone avant leur médecin. Reportage sur un pays qui a fait de l'intelligence artificielle son nouveau stéthoscope.
Israël teste sa première « clinique du futur » : l'IA s'invite dans le cabinet du médecin de famille

À Beer-Sheva, dans le quartier de l'innovation qui borde l'université Ben Gourion, une clinique pas tout à fait comme les autres reçoit des patients depuis trois mois.
Baptisée Lavi, elle appartient à Clalit, la plus importante caisse d'assurance maladie du pays, qui en a fait un laboratoire grandeur nature où l'intelligence artificielle, la télémédecine et l'automatisation des tests se combinent pour repenser la médecine de proximité.

L'inauguration officielle, après trois années de conception, a eu lieu cette semaine, en présence du président de Clalit, le général de réserve Yohanan Locker, et de la directrice du district sud, Hedva Emuna. « Lavi n'est pas seulement une clinique, c'est une déclaration d'intention », a-t-elle résumé.

Un robot, une station d'analyse et des capteurs pour les patients

Le choix des mots n'est pas anodin. Concrètement, la clinique dispose d'un robot de service, d'une station automatisée d'analyse d'urine et de dispositifs permettant aux patients de mesurer eux-mêmes plusieurs de leurs constantes vitales avant même de voir un soignant. L'établissement intègre aussi le suivi à distance et l'auto-diagnostic encadré, deux outils censés désengorger les salles d'attente tout en resserrant le lien entre la clinique et le quotidien des patients. Le docteur Assi Cicurel, responsable de la médecine de famille pour le district sud de Clalit, explique que l'objectif est de faire gagner du temps médical utile, non de le remplacer par des écrans.

Le professeur Ran Balicer, directeur de l'innovation chez Clalit, tient à ce recadrage :
« Même à l'ère de l'intelligence artificielle, le but n'est pas de remplacer le facteur humain, mais d'utiliser la technologie pour libérer la ressource la plus précieuse de nos soignants, le temps et l'attention. »
Le modèle repose sur une médecine proactive plutôt que réactive. Des questionnaires et des entretiens approfondis permettent aux équipes de mieux cerner le mode de vie de chaque patient et d'anticiper ses besoins de prévention, en particulier pour le suivi des maladies chroniques, qui pèsent lourdement sur le système de santé israélien.

Le choix de Beer-Sheva, ville du désert du Néguev longtemps restée à l'écart des grands pôles technologiques israéliens, est également stratégique. Clalit entend transformer le sud du pays en terrain d'expérimentation avant un déploiement plus large dans son réseau, qui couvre plus de 4,7 millions d'assurés, ce qui en fait la deuxième caisse d'assurance maladie au monde après l'américaine Kaiser Permanente.

AI Pro, un algorithme qui analyse les données de millions de patients

Lavi n'est que la partie visible d'un mouvement bien plus large. Quelques mois plus tôt, à Tel-Aviv, plus de huit cents médecins et experts de Clalit s'étaient réunis pour présenter les outils d'intelligence artificielle déjà déployés dans le réseau.
Parmi eux, le système AI Pro occupe une place centrale : il analyse quotidiennement les données médicales de millions de patients afin d'identifier les traitements les plus adaptés à chaque profil. Selon Clalit Innovation, ces outils d'intelligence artificielle sont désormais actifs dans plus de mille cliniques du réseau, appuyés sur plus de trente ans de données cliniques longitudinales.

Le docteur Amir Ben-Nun, qui a participé à cette présentation, résume l'état d'esprit ambiant : « L'IA est un outil indispensable. » Du côté des infirmières, l'espoir porte moins sur la performance diagnostique que sur l'allègement des tâches administratives, qui grignotent le temps consacré aux patients dans la plupart des systèmes de santé occidentaux.

Cette approche n'est pas nouvelle chez Clalit. Dès 2023, l'organisme avait annoncé un partenariat avec l'éditeur américain Cloudera pour croiser en temps réel les données issues des dossiers médicaux électroniques, des objets connectés et des dispositifs de télésurveillance, dans le but de repérer les signes avant-coureurs d'une dégradation de l'état de santé avant qu'elle ne devienne critique.
Un autre programme, baptisé CPi pour Clalit Proactive and Preventative Intervention, combine big data et algorithmes pour guider le médecin pendant la consultation elle-même, avec un objectif affiché de réduction des complications majeures plutôt que la seule amélioration d'indicateurs de substitution.

Sheba, un hôpital propulsé dans le top mondial grâce à l'IA

L'intelligence artificielle irrigue aussi les grands centres hospitaliers israéliens. L'hôpital Sheba, près de Tel-Aviv, figure pour la huitième année consécutive au classement des meilleurs hôpitaux du monde établi par Newsweek, dont sept années dans le top 10, et vient d'y décrocher la septième place.
Le classement s'appuie sur la qualité des soins, la réputation auprès des professionnels de santé, le niveau de recherche, les infrastructures technologiques et la satisfaction des patients. Sheba attribue explicitement cette progression à l'intégration massive de l'intelligence artificielle dans le diagnostic, la gestion des données patients, la médecine personnalisée et la recherche clinique.

Cette montée en puissance technologique a connu un test grandeur nature dans des circonstances tragiques.
Pendant la guerre déclenchée après le 7 octobre 2023, face à un afflux massif de blessés, les hôpitaux israéliens ont eu recours à des outils d'intelligence artificielle pour trier les urgences et optimiser la prise en charge dans des services débordés, une utilisation qui a contribué à asseoir la réputation du pays en matière de médecine d'urgence assistée par la technologie.

Un recours à l'autodiagnostic qui inquiète aussi les praticiens

Le développement de ces outils s'accompagne cependant d'un usage plus spontané et moins encadré de l'intelligence artificielle par la population elle-même.
Dans un contexte d'instabilité prolongée, de nombreux Israéliens, en particulier les plus jeunes, se tournent vers des chatbots pour un auto-diagnostic numérique, séduits par la disponibilité immédiate, l'anonymat et la gratuité de ces outils, dans un moment où la confiance envers le système de santé traditionnel s'érode.

Cette pratique n'est pas sans conséquence : parmi les personnes ayant privilégié l'intelligence artificielle ou l'automédication plutôt qu'une consultation classique, treize pour cent rapportent avoir ensuite développé un problème de santé plus difficile à traiter. Un rappel utile que, malgré ses performances, l'intelligence artificielle ne remplace ni l'examen clinique ni l'expertise humaine, y compris dans le pays qui investit le plus dans son déploiement médical.

Israël exporte aussi cette expertise au-delà de ses frontières. Le pays multiplie les initiatives à destination des praticiens francophones, à l'image de l'événement MedEx Paris, organisé conjointement par le ministère de l'Alyah et de l'Intégration, le ministère de la Santé et l'Agence juive, qui vise à présenter directement aux médecins français les innovations développées dans les hôpitaux et les caisses d'assurance maladie israéliennes. Une relation à double sens, où l'expertise clinique française et l'innovation technologique israélienne se renforcent mutuellement, dans un secteur de la santé numérique et de la bio-convergence en plein essor.

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi