Hypercasher: un policier de l'assaut témoigne

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L'express a recueilli les propos d'un policier de 34 ans qui a participé à l'assaut contre l'Hypercasher le 9 janvier dernier, lors de la prise d'otages, il témoigne: 

"Je faisais partie des unités qui ont pris d'assaut l'Hyper Cacher, le 9 janvier, porte de Vincennes. Avant l'intervention, il y avait beaucoup de tension dans nos rangs mais je n'ai pas senti de peur. Après tout, nous faisons ce métier pour vivre de tels moments..."

Un métier risqué

"Chez nous, les têtes brûlées, qui roulent à fond de train à moto et se la jouent en solo, n'ont pas leur place. C'est pour cela que la plupart d'entre nous sont pères de famille. Aux yeux de la hiérarchie, c'est même un critère de sélection. Ainsi, chacun est conscient de ce qu'il risque de perdre à l'instant où il s'élance."

Le 9 janvier 2015, un jour plus dangereux que les autres...

"D'habitude, nous misons tout sur la négociation. Ce jour-là, face à Coulibaly, la situation se présentait différemment : comme dans une opération de guerre, c'était lui ou nous. Voire lui et nous : il avait une vingtaine de bâtons d'explosif dans un sac.

Juste avant l'assaut, j'ai vu mes copains se détourner pour envoyer des textos à leurs proches. J'ai téléphoné à ma femme. D'habitude, je ne le fais jamais. Mais cette fois, la part de risque dépassait celle que nous prenons d'ordinaire, quand nous allons chercher des "forcenés", des paumés dépassés par la vie ou des braqueurs pris au piège au petit matin.

Le lendemain, en allumant pour la première fois la télé, j'ai réalisé l'ampleur internationale de la crise. J'en ai eu le vertige. Nous avions traversé cet événement planétaire dans notre bulle, sans en prendre la mesure car nous étions ?dans l'oeil du cyclone?, au sens littéral de l'expression. "

Une prise de conscience difficile 

"Les nuits suivantes, j'ai eu du mal à dormir, il m'a fallu une semaine pour me remettre et reprendre un rythme de vie normal. L'opération était saluée comme une réussite totale. Et pourtant, je ne pouvais m'empêcher de penser à ce quitte ou double pour la vie des otages. Je le revivais encore et encore. J'ai conscience de la frontière, si fragile, qui sépare la réussite de l'échec dans une pareille opération.

Avec mes enfants, j'ai dédramatisé. Je pensais que ça avait marché. Et puis, un soir, il y a quelques jours, j'ai trouvé un petit mot dans la poche du jean de mon fils, dans le linge sale, comme s'il voulait que je le trouve. Au milieu de ses interrogations d'ado couchées sur le papier, cette phrase : "Je ne suis jamais sûr que papa rentrera le soir."

Caroline Haïat

Avec l'Express

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